La commission a entendu vendredi après-midi les présidents des commissions des Finances et des Relations extérieures du parlement libyen, Omar Tantush et Yousef Alagouri, ainsi que l'ancien ambassadeur à Bruxelles, Murad Hamaima. Les trois hommes tentent de savoir ce qui a été fait avec l'argent de la Libye qui se trouvait à l'étranger après la chute du dictateur Mouammar Kadhafi.

La Belgique, où est établi Euroclear, les intéresse particulièrement. L'institution financière détient sur ses comptes près de 14 milliards d'euros appartenant notamment à la Libyan Investment Authority (LIA) dont les présidents précédent et actuel ont été arrêtés dans le cadre d'une enquête diligentée par la justice libyenne.

Outre les 2 milliards d'euros dégelés au titre d'intérêts, ces officiels libyens s'interrogent aussi sur l'utilisation de 100 millions d'euros. Les documents fournis jeudi soir par les Affaires étrangères à la demande du Premier ministre donnent une explication. En septembre 2011, la Belgique demande l'autorisation au comité des sanctions des Nations-Unies de dégeler cette somme pour des raisons humanitaires, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité. Le comité donne son feu vert. Le ministre des Finances de l'époque, Didier Reynders, en parle dans une interview à un quotidien, en insistant aussi sur le paiement des entreprises belges qui ont une créance en souffrance en Libye. Au moment où les Affaires étrangères s'informent auprès de la Trésorerie sur la procédure à suivre pour dépenser la somme, celle-ci leur répond qu'une grande partie a été saisie à titre conservatoire par un tribunal belge pour indemniser des entreprises belges et étrangères, et qu'une autre partie a servi pour payer des contrats conclus "in tempore non suspecto".

Interrogée par le panel d'experts du comité des sanctions des Nations-Unies, la Belgique a demandé la confidentialité sur l'utilisation de ces fonds, et sa requête a été exaucée. Une décision qui irrite les deux parlementaires: "L'argent appartient au peuple libyen", a lancé M. Alagouri.

Le cas des entreprises belges qui ont une créance en Libye revient en 2012. M. Reynders, devenu ministre des Affaires étrangères et du Commerce extérieur, écrit le 1er août à son homologue libyen pour lui indiquer les montants libyens gelés en Belgique, lui exposer le cas de plusieurs entreprises (FN Herstal, Siemens, CK Tehcnology, etc.) en attente de paiement ainsi que la possibilité d'un dégel des fonds pour raisons humanitaires. Le 6 janvier 2013, il reçoit pour réponse que les fonds ne peuvent servir à effacer les dettes de l'État libyen et que les entreprises concernées doivent s'adresser à leurs clients.

En 2019, les fonds libyens sont toujours gelés. A court terme, les trois officiels estiment qu'ils doivent rester en l'état pour éviter tout abus, jusqu'à ce que le pays dispose d'une Constitution et d'un gouvernement stable.