C'est une bonne chose que nous ayons encore trois partis dits traditionnels et défenseur de l'état fédéral, car sinon il n'y aurait eu personne avec qui se disputer rue de la loi au cours des dernières semaines estivales. La " main tendue " de Bart De Wevers au SP.A - une réduction de la TVA sur l'électricité - a été rejeté par Bruno Tobback qui qualifie la manoeuvre de " perles pour les cochons". De son propre aveu, il ne parlera avec De Wever que s'il signe le "Manifeste communiste". Ce "niet" à une éventuelle participation socialiste dans un gouvernement flamand de centre-droit est plus qu'un simple doigt d'honneur en direction de De Wever. Tobback se paye aussi le président de son propre parti, John Crombez. Il utilise le manque de leadership de ce dernier pour ouvrir une nouvelle ligne de front dans la sourde la lutte des clans qui fait rage depuis des années au sein de la SP.A.

Chez les libéraux ça cogne encore plus fort. Un conflit entre les dirigeants de la section bruxelloise et la présidente du parti, Gwendolyn Rutten, a dégénéré en une lutte ouverte pour le pouvoir. Il faut dire que la présidente Rutten a omis de couvrir ses arrières, ce qui n'est jamais une bonne idée lorsqu'on a un collègue de parti comme Vincent Van Quickenborne. Son argument : l'Open VLD est beaucoup trop à gauche et il faudrait un nouveau président (lui-même donc ) pour y remédier. Les libéraux bleu foncé tels que Dirk Verhofstadt n'ont pas tardé à réagir. Ils craignent que le "Quick", autrefois si à gauche, n'échange l'héritage violet-libéral contre un virage nettement plus à droite. Il y a quinze ans, des gens comme Jean-Marie Dedecker et Hugo Coveliers préconisaient déjà ce changement, sauf que le duo sera exclu du parti pour précisément ces raisons. Avaient-ils raison trop tôt ? Est-ce que l'avenir du libéralisme se trouve dans une évolution de l'Open VLD vers une sorte de PVV light, à l'instar de l'ex-libéral néerlandais Geert Wilders ?

Le timing du bourgmestre de Courtrai est aussi étrangement similaire à celui choisi par son collègue d'Aalter. Pieter De Crem critique lui aussi le chemin pris par son parti : pour lui le CD&V est aujourd'hui trop à gauche, voire trop vert. C'est pourquoi il envisage également de poser sa candidature au poste de président. Plus que par ambition personnelle, De Crem estime que le CD&V doit rompre avec " les piliers " - lire : Beweging.net, l'ancien ACW (la confédération des syndicats chrétiens de Belgique). Pourtant De Crem sait bien qu'un CD&V sans ses piliers n'est plus un parti chrétien-démocrate. De plus, il dit que le CD&V n'entrera pas sans la N-VA dans un gouvernement fédéral. De quoi donner l'impression qu'il souhaite un nouveau (et officieux) cartel flamand. Il est évident que la direction d'un tel cartel reviendrait aujourd'hui à la N-VA. Ce qui voudrait dire que dans un tel scénario, le CD&V version De Crem se positionne comme petit partenaire préférentiel pour la N-VA, en lieu et place du Vlaams Belang.

Les querelles au sein de ces trois partis pourraient être considérées comme des tentatives osées de la part de personnalités ambitieuses. Des personnes opportunistes qui auraient vu en la défaite électorale de leur parti l'opportunité pour s'imposer. Ce serait là l'explication la plus simple, mais là aussi très facile - et- peut-être - pas non plus la bonne. Même sans Tobback, les socialistes seraient profondément divisés sur une éventuelle participation au gouvernement. Même sans Van Quickenborne, la frustration libérale resterait grande autour des pires élections depuis de nombreuses années. Et même sans De Crem, la relation entre le CD&V et les piliers restent à l'agonie.

Ne se pourrait-il pas dès lors que les partis connaissent la même évolution que leur électorat des années plus tôt ? Qu'ils soient tout simplement en train de s'effondrer ?

Après quatre ans dans le gouvernement de centre-droit de Michel, certains libéraux et démocrates-chrétiens concluent que la politique menée était encore loin d'être assez à droite et pas assez dure. Tandis que le SP.A salue lui soudainement les écrits de Marx. Ils ne vont plus seulement chercher leurs propositions chez le PVDA, mais aussi leurs lectures. Dans ces trois partis, les politiciens s'égarent dans toutes les directions en étant à la poursuite de leurs électeurs. En agissant ainsi, ils mettent leur partie en pièces.

En ce sens, les paroles de Tobback, Van Quickenborne et De Crem ne peuvent tout simplement pas être comprises comme étant seulement une revanche un peu tardive aux pertes électorales. Au contraire, il se peut qu'elles soient le prélude à une tragédie qui pourrait éclore dans les années à venir : qu'on assiste à la désintégration des trois partis classiques. C'est typique d'un poids qu'on lâche dans une pente : s'il faut un certain temps pour qu'il se mette en branle, une fois lancé, plus rien ne l'arrête.