Les enfants qui commencent l'école primaire en présentant des lacunes linguistiques prennent également du retard dans d'autres domaines. Les inégalités au départ demeurent à l'arrivée, explique le ministre. À présent que l'âge de la scolarité obligatoire a été baissé à cinq ans, tous les enfants sont obligés de s'inscrire en troisième maternelle. Et pour le ministre c'est une excellente opportunité de détecter et de remédier à temps aux déficiences linguistiques de tous les enfants. "C'est le seul moyen de donner aux enfants souffrant d'un déficit linguistique les mêmes chances que les autres enfants", affirme Ben Weyts dans un communiqué.
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Les enfants qui commencent l'école primaire en présentant des lacunes linguistiques prennent également du retard dans d'autres domaines. Les inégalités au départ demeurent à l'arrivée, explique le ministre. À présent que l'âge de la scolarité obligatoire a été baissé à cinq ans, tous les enfants sont obligés de s'inscrire en troisième maternelle. Et pour le ministre c'est une excellente opportunité de détecter et de remédier à temps aux déficiences linguistiques de tous les enfants. "C'est le seul moyen de donner aux enfants souffrant d'un déficit linguistique les mêmes chances que les autres enfants", affirme Ben Weyts dans un communiqué.Les tests linguistiques doivent avoir lieu entre le 10 octobre et le 30 novembre. Les écoles peuvent choisir le moment elles-mêmes et, par exemple, choisir de faire passer les tests aux enfants les plus âgés à la mi-octobre et aux plus jeunes seulement fin novembre. Les dates sont choisies de manière à ce que les enfants aient le temps de rattraper leur retard après les vacances d'été, mais aussi de manière à ce qu'il y ait suffisamment de temps dans l'année scolaire pour remettre à niveau les élèves ayant des lacunes linguistiques. Reporter le passage à l'école primaire Si le retard à la fin de la classe maternelle est encore trop important, le conseil de classe peut conseiller de reporter le passage à l'école primaire. Si les parents ne suivent pas ce conseil, l'enfant devra suivre un parcours d'intégration linguistique en première année. En principe, il s'agit d'une classe d'immersion linguistique, ou d'une alternative. L'outil de screening linguistique sera livré aux écoles en juillet, prêt à l'emploi, avec un manuel.Interrogé par le quotidien De Morgen, Piet Van Avermaet, professeur de linguistique à l'Université de Gand, ne cache pas son scepticisme, même s'il approuve l'idée en elle-même. Pour lui, le screening linguistique peut aider à combattre les préjugés des instituteurs envers les enfants. "Quand un enfant parle une langue différente à la maison, l'instituteur s'attend à un problème, ce qui l'incite inconsciemment à se comporter différemment envers l'élève. Ce screening offre un outil de travail plus objectif aux enseignants."Le linguiste s'inquiète toutefois que Weyts ne propose pas de seconder et professionnaliser les instituteurs de maternelle. Il constate en effet qu'en classe les enfants plus doués en langue ont tendance à prendre la parole et à attirer l'attention de l'enseignant alors que les autres le font beaucoup moins. "Dans le cadre de notre étude, nous avons constaté que parfois, sur une journée de classe, l'interaction entre l'enseignant et l'enfant se limite à moins d'une minute. Ce n'est pas une critique contre l'instituteur, mais cela tient surtout à la structure dans laquelle un tel enseignant doit travailler", explique Van Avermaet au Morgen.Il estime également que sortir les enfants qui présentent des retards linguistiques de la classe pour les remettre à niveau n'est pas la bonne méthode. "Ce qui fonctionne, c'est le soutien dans la classe ordinaire, où les enfants plus faibles en langue se trouvent parmi les plus forts et sont tirés vers le haut grâce à ce qu'on appelle l'interaction entre pairs", déclare-t-il.Annick Comblain, chargée de cours en logopédie à l'Université de Liège et spécialiste du multilinguisme, rappelle que le bilinguisme n'est pas vecteur de retard d'acquisition chez les enfants. "Je peux déjà prédire les résultats de ces tests : ceux qui parlent néerlandais à la maison performeront mieux que les autres, mais ça ne veut pas dire que ces derniers ne sont pas capables d'entamer un parcours scolaire ordinaire", déclare-t-elle à la RTBF."Le redoublement démolit" Pour Sandrine Grosjean du mouvement socio-pédagogique Changement pour l'égalité, empêcher les élèves qui échoueraient au test de passer en primaireest la dernière chose à faire. "La seule chose qu'un élève apprend avec le redoublement, c'est qu'il est nul. Plus il est jeune et plus ça le démolit. On pense souvent que dans les petites classes ce n'est pas si grave, mais l'enfant comprend bien que les autres continuent et pas lui", met-elle en garde.Interrogée par la RTBF, elle craint également que le screening pénalise les élèves défavorisés. Les familles plus aisées qui ne parlent pas néerlandais à la maison auront en effet les moyens d'aider leurs enfants à obtenir de meilleurs résultats. (Avec Belga)