Ces dernières semaines, la Flandre a vécu au rythme des sorties fracassantes des tenants du pouvoir. A commencer par celle de la ministre flamande de l'Enseignement, pour qui les mauvais résultats des élèves issus de l'immigration sont à imputer à une " mauvaise volonté " de leurs parents. Dans la foulée, Hilde Crevits (CD&V) a revendiqué une idée quelque peu inhabituelle pour son parti : " Nous devons oser nommer notre identité flamande, nos normes et nos valeurs ", a-t-elle scandé, sans doute inspirée par les chrétiens-démocrates néerlandais qui n'ont pas hésité, durant leur campagne, à suivre une ligne dure sur l'immigration, et ...

Ces dernières semaines, la Flandre a vécu au rythme des sorties fracassantes des tenants du pouvoir. A commencer par celle de la ministre flamande de l'Enseignement, pour qui les mauvais résultats des élèves issus de l'immigration sont à imputer à une " mauvaise volonté " de leurs parents. Dans la foulée, Hilde Crevits (CD&V) a revendiqué une idée quelque peu inhabituelle pour son parti : " Nous devons oser nommer notre identité flamande, nos normes et nos valeurs ", a-t-elle scandé, sans doute inspirée par les chrétiens-démocrates néerlandais qui n'ont pas hésité, durant leur campagne, à suivre une ligne dure sur l'immigration, et à miser sur le nationalisme identitaire. Sans surprise, dans ce qui semble devenir une obsession envers ceux que les Flamands appellent les " allochtones ", la N-VA y met également du sien. A défaut de pouvoir légalement supprimer la double nationalité, le parti a proposé l'improbable, par l'intermédiaire de sa députée Sarah Smeyers : imposer un examen de citoyenneté à l'âge de 18 ans, y compris pour les enfants dont seul un parent dispose de la nationalité belge. La condition est plus stricte encore que celle prônée par le Vlaams Belang. Il n'est pourtant pas surprenant de voir la N-VA chasser sur le terrain de l'extrême droite. D'après les derniers sondages, les nationalistes flamands perdraient des voix en faveur du VB. L'effet de vase communicant entre ces deux formations n'est pas nouveau et s'apparente à celui qui lie le VVD du Premier ministre néerlandais sortant Mark Rutte, et le PVV de son principal adversaire, Geert Wilders. Subissant la même difficulté que De Wever, Rutte a, lui aussi, adopté un discours plus musclé, n'hésitant pas à heurter les esprits : " Soyez normaux ou partez ", avait-il lancé dans la presse en janvier dernier, s'adressant aux immigrés de son pays. Au fil des jours, les médias flamands relaient, parfois malgré eux, des sujets d'actualité tournant toujours plus autour des étrangers. On évoquera, en vrac, le " problème " de la communauté turque, l'" affaire " du voile en entreprise, la " subjectivité " d'Unia qui " défend trop les allochtones ", les familles syriennes qui veulent " profiter " des visas belges, ou encore les Roms qui squattent la propriété d'un couple gantois se trouvant à l'étranger. Les sites d'extrême droite s'emparent de ces thèmes. Les responsables politiques aussi. Toutes les excuses sont bonnes pour escamoter les problèmes, électoralement moins sexy, de déficit budgétaire, de chômage ou de pollution, pour ne citer qu'eux. La dérive ouvertement populiste de certains élus peut paraître nécessaire pour contrer le " printemps patriotique " qui menace l'Europe. En Flandre aussi, tous les moyens sont jugés bons pour empêcher le retour du Vlaams Belang. Quitte à créer des citoyens de second rang ? Face aux risques de cette stratégie malsaine, un plan B s'impose. Les partis traditionnels pourraient, par exemple, oeuvrer au rétablissement d'une vision politique plus positive, pour éliminer les thèmes d'extrême droite du débat public.