La problématique est sanitaire d'une part, éthique d'autre part. Sanitaire, puisque la santé des employés est en jeu pour un retour au bureau qui se profile plus intense en septembre. Ethique, puisque les données sur la santé des employés relèvent en principe de la sphère privée. Comment, dès lors, entrevoir le futur sanitaire en entreprise ?
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La problématique est sanitaire d'une part, éthique d'autre part. Sanitaire, puisque la santé des employés est en jeu pour un retour au bureau qui se profile plus intense en septembre. Ethique, puisque les données sur la santé des employés relèvent en principe de la sphère privée. Comment, dès lors, entrevoir le futur sanitaire en entreprise ? Aux Etats-Unis, CNN a annoncé à son personnel que trois salariés avaient été licenciés pour avoir enfreint la politique sanitaire de la chaîne, venus travailler sans être vaccinés contre le Covid-19, selon les médias américains. "Permettez-moi d'être clair: nous avons une politique de tolérance zéro à cet égard", a déclaré le président de la chaîne américaine. La chaîne avait mis en place un système basé sur la confiance, exigeant que les salariés se fassent vacciner mais sans qu'ils aient à en apporter la preuve. Mais cela pourrait changer à l'avenir, selon CNN. Le gouvernement fédéral des Etats-Unis avait d'ailleurs estimé que les employeurs pouvaient légalement exiger que le personnel présent sur le lieu de travail soit vacciné contre le coronavirus.En ce moment, en Belgique, la vaccination obligatoire en entreprise n'est pas à l'ordre du jour. "Pour l'instant, on se base sur des critères scientifiques", nous explique Kris De Meester, expert santé et bien-être au travail à la FEB (Fédération des entreprises de Belgique). "Il faut d'abord que cinq critères scientifiques soient remplis avant qu'on puisse penser à une obligation. Avec les vaccins actuels, au moins deux des cinq critères ne sont pas encore remplis", détaille l'expert. "Premièrement, on n'a pas encore la certitude que le vaccin nous protège dans le temps. Deuxièmement, on n'est pas non plus certain que le vaccin nous protège contre d'autres variants futurs. Comme ces deux critères ne sont pas remplis, une obligation est contre-productive. La FEB s'oppose donc à l'obligation vaccinale en entreprise, compte-tenu des conditions actuelles."Juridiquement, en Belgique, l'entreprise n'a pas le droit de savoir si son employé est vacciné ou non. "Ce n'est pas un critère d'aptitude au travail. Une personne vaccinée n'est pas plus apte pour une fonction", précise Kris De Meester. Et d'ajouter : "Il n'y pas d'intérêt à le savoir, car ce n'est pas un critère pour le bon fonctionnement au travail. Jusqu'au mois de mai, on a fonctionné sans vaccination. On a organisé le travail avec les mesures du guide générique corona, et ça a bien fonctionné. Alors pourquoi une personne vaccinée serait maintenant plus apte ?", s'interroge-t-il.Du point de vue bien-être au travail et ressources humaines, il n'y aurait donc aucun intérêt de rendre la vaccination obligatoire. Selon l'expert de la FEB, "les entreprises doivent par contre stimuler et informer sur la vaccination, car il y a un intérêt commun : l'économie dans son entièreté. Avec une obligation, on risque de complètement bloquer l'économie." Comment trouver le juste équilibre entre sécurité sanitaire, éthique, et bon fonctionnement de l'économie ? "Dans le futur, il faut organiser les campagnes de vaccination aussi en entreprise, par le biais du médecin du travail. Mais ça ne doit pas devenir une obligation. Cela doit rester une offre de l'employeur".En septembre, les retours en présentiel seront probablement plus nombreux, mêlés aux retours de vacances pour certains employés. Mais pas de quoi s'inquiéter, selon l'expert santé de la FEB. "On va encore vivre avec les mesures du guide générique corona au moins jusque fin août. Les mesures principales restent les mêmes, à savoir mettre en place une distance entre les employés, avec les mesures d'hygiènes classiques. Pour le moment, ce sont des mesures suffisantes, qui fonctionnent. Il n'y a pas de raison d'agir différemment pour le retour. Le taux de vaccination dans la société belge est aussi très bon."Par ailleurs, le son de cloche n'est pas tout à fait le même du côté de l'organisation patronale flamande Voka.Connaître la situation vaccinale des employés serait "dans l'intérêt de l'entreprise et de tous les employés", relevait Martine Taeymans (Voka). "En tant qu'employeurs, nous sommes responsables de la sécurité et du bien-être sur le lieu de travail et devons donc tout faire pour que chacun travaille dans un environnement sûr et sain."Le débat sera en tout cas sur la table du prochain Comité de concertation. Le cabinet du ministre du Travail Pierre-Yves Dermagne (PS) l'a confirmé la semaine passée dans les journaux de Mediahuis.