Herman De Croo a fait partie des ministres libéraux qui ont quitté Martens III en 1980. Trente ans plus tard, son fils Alexander (Open VLD) retirait la prise de Leterme II sur BHV. "Historiquement, il a eu raison. Politiquement, il n'a pas été récompensé", analyse son père.
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Herman De Croo a fait partie des ministres libéraux qui ont quitté Martens III en 1980. Trente ans plus tard, son fils Alexander (Open VLD) retirait la prise de Leterme II sur BHV. "Historiquement, il a eu raison. Politiquement, il n'a pas été récompensé", analyse son père.Claquer la porte d'un gouvernement: Herman De Croo, vous avez personnellement éprouvé la sensation que viennent de vivre les ministres N-VA... C'était en octobre 1980. Les ministres libéraux ont pris la décision de se retirer de la tripartite Martens III (sociaux- chrétiens - socialistes - libéraux) pour marquer leur désaccord face au refus du partenaire CVP de plafonner les salaires pour le calcul des cotisations sociales. A l'inverse, dans le cas présent de la suédoise, la N-VA refusait d'endosser la raison d'une démission du gouvernement. Elle voulait se faire éjecter pour apparaître, non pas comme la cause mais comme la victime de la crise politique. En avril 2010, votre fils, Alexander De Croo, alors à la tête de l'Open VLD, a fait plus fort: il saborde Leterme II sur le dossier BHV et provoque des élections qui sont un triomphe pour la N-VA. Geste irresponsable? C'est l'argument B qui est toujours avancé. Mais l'argument A était que les partenaires de l'Open VLD au sein de Leterme II (CD&V - MR - PS - CDH) ne tenaient pas parole. L'avenir de l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde devait être réglé pour Pâques 2010; or, cet engagement n'était pas tenu. Alexander, en tant que président de l'Open VLD, s'est rendu compte qu'il se faisait berner: "On m'a eu", s'est-il dit. Plutôt que d'adopter une stratégie de pourrissement au sein du gouvernement, la décision a été prise de dramatiser la situation. Il n'y avait rien d'irréfléchi dans cette démarche. J'avais discrètement prévenu les autres présidents des partis de la majorité de la détermination d'Alexander, mais ils n'ont pas voulu croire qu'il oserait passer à l'acte. Sa réputation de partenaire fiable en a-t-elle souffert au sein du sérail politique? Moins de 35 ans, président de parti depuis quatre mois, et déjà tombeur d'un gouvernement... Non, en commençant sa carrière politique par un acte lourd, Alexander a été très vite pris au sérieux. On a découvert un jeune homme politique soucieux qu'une parole donnée soit tenue. Je crois qu'il en est sorti grandi. Il est d'ailleurs vice-Premier ministre depuis six ans. Faire chuter un gouvernement a valu au pays 541 jours de crise politique. Le jeu en valait-il vraiment la chandelle? Je porte un jugement mitigé sur le geste posé en 2010 mais, en tout cas, je le comprends. Historiquement, Alexander a eu raison d'agir ainsi: BHV, un problème communautaire qui pourrissait depuis quarante-deux ans, a pu être définitivement réglé et c'est le grand mérite de son acte, même s'il a fallu pour cela passer par 541 jours de crise. Mais politiquement, il n'a pas été récompensé pour ce courage. L'électeur n'a pas apprécié dans les urnes que l'Open VLD ait retiré la prise. C'est la dure loi du genre? Cela nous a effectivement coûté des voix au scrutin qui a suivi la chute, en juin 2010. Cela dit, l'Open VLD ne s'est pas retrouvé dans l'opposition pour autant: au bout des 541 jours de crise, il est entré dans le gouvernement Di Rupo puis dans le gouvernement Michel I. Le parti auquel l'opinion attribue la chute d'un gouvernement s'en sort généralement moins bien lors des élections qui suivent. Encore qu'il n'y ait pas de règle uniforme: notre sortie de Martens III, en octobre 1980, s'est révélée largement profitable sur le plan électoral et a permis aux libéraux de revenir au pouvoir après un an d'opposition seulement. Mais il est vrai que la décision d'un parti de quitter un gouvernement et de provoquer sa chute, même s'il agit ainsi pour de bonnes raisons, est rarement rentable. C'est une excellente raison pour que la N-VA y ait regardé à deux fois avant de tirer sa révérence? Le fond du problème pour la N-VA date du 14 octobre dernier. Ce soir de scrutin communal, Bart De Wever a gagné les élections à Anvers mais le président de la N-VA les a perdues en Flandre. Ce qui est en jeu, c'est un transfert de 140 .000 à 160.000 voix entre la N-VA et le Vlaams Belang qui peut coûter très cher en sièges au parti de De Wever. A condition d'endosser le rôle du martyr, la N-VA peut espérer arrêter l'hémorragie qui la menace. En restant au gouvernement, cette posture était moins évidente. Elle se retrouvait ainsi entre le marteau et l'enclume.