L'affaire Jürgen Conings entraîne avec elle de nombreux questionnements légitimes sur les dysfonctionnements de nos services de renseignement, sur la circulation de l'information au sein de la Défense nationale, sur l'état de décrépitude de ce département en termes de politique du personnel et d'infrastructures et sur ce qui semble être l'incapacité de notre pays à tirer les leçons des événements du passé. Il est certain que toute la lumière doit être faite au plus vite sur ce qu'il s'est réellement passé pour qu'un militaire fiché au niveau 3 sur 4 par l'OCAM comme radical d'extrême-droite potentiellement violent puisse avoir accès à des armes et les voler malgré qu'on lui ait retiré son habilitation de sécurité. De ces enquêtes, les responsabilités hiérarchiques et politiques devront évidemment être établies et assumées. Et bien sûr, les failles mises au jour devront être comblées sans délai.

Mais limiter l'affaire Conings au fonctionnement d'une caserne ou d'un département serait une grave erreur. Après tout, le militaire recherché n'est que la matérialisation de cette idéologie haineuse qui se répand à nouveau et qui s'oppose à une société où le "vivre ensemble" et l'"égalité" sont notre boussole. Car dans toute la population, du Nord comme du Centre et du Sud de la Belgique, dans notre pays comme dans les pays voisins, en Europe comme dans le reste du monde, se propagent de manière alarmante les idées et comportements d'extrême-droite. Or, soyons clairs, nous connaissons les résultats de l'exercice du pouvoir par les prêcheurs de haine. Il est d'ailleurs bon de rappeler que notre armée, dont est issu Jürgen Conings, s'est battue avec héroïsme contre le nazisme quand celui-ci a fondu sur notre pays.

Cette affaire amène donc en réalité une réflexion qui doit être nécessairement plus large sur l'atmosphère de notre société. Une réflexion qui doit étreindre avec force le monde politique et le mettre face à une réalité cruelle. Jürgen Conings n'est pas seul. En Belgique, comme ailleurs, l'extrême-droite s'installe et nous regarde. Elle s'assoit sur les bancs parlementaires, elle se diffuse sur des médias traditionnels ou s'affirme avec succès sur les réseaux sociaux. Elle entretient le flou pour infiltrer et encourager 50 000 personnes sur Facebook à afficher leur soutien à un potentiel terroriste dont elle fait l'apologie. Avec un sourire mesquin, elle profite des peurs et des colères légitimes des citoyens et nous fait finalement de grands signes à chaque sondage. Et face à cela, pour la liberté, pour la démocratie, pour la défense des droits de chacune et de chacun, il va falloir se battre de toutes nos forces.

Or, si ces constats déjà réalisés par d'autres sont inquiétants, les réactions d'une partie du monde politique sont, elles, démoralisantes et doivent nous alerter. L'arme du tweet de 280 caractères est trop souvent dégainée de manière irréfléchie. Les uns et les autres considèrent que quelques commentaires sous la publication de leurs certitudes suffisent à recréer du dialogue avec les citoyens. Et pendant ce temps-là, les citoyens épuisés par des mois de Covid et des années d'austérité sont lassés. L'espace démocratique se retrouve dangereusement rouillé et le dégoût des citoyens suscité par ces attitudes politiques ne fait que le réduire. Il nous faut donc urgemment garantir un espace sain, serein et respectueux au débat d'idées sans outrance, sans insulte, sans malhonnêteté intellectuelle, sans mauvaise foi. Car le discours de l'extrême-droite se base au moins autant sur un fond nauséabond que sur une forme spécifique. User de la rhétorique de l'extrême-droite, c'est donc en emporter avec soi les arguments et les faire percoler dans la société. Et cela, les démocrates ne peuvent se le permettre. Alors que l'extrême-droite prend les armes, les démocrates ne peuvent leur fournir les munitions.

Entendons-nous bien, notre propos ne consiste pas à gommer nos différences de conviction. Bien au contraire. Mais il est temps pour tous les démocrates de ce pays, tous ceux qui se revendiquent de la défense des Droits et Libertés, tous ceux pour qui la violence n'est jamais une option pour imposer ses idées et opprimer des minorités de se rassembler et d'unir leurs forces. Refaisons de la politique dans le sens noble du terme ! Débattons de nos réalisations et de nos solutions pour une égalité entre toutes et tous, pour que nos identités puissent se vivre différentes mais ensemble, pour que nos sociétés répondent aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Chacun a besoin de percevoir un sens dans l'avenir, surtout quand celui-ci semble incertain. Alors, travaillons ensemble à ces perspectives. Établissons un contrat social 2.0, un contrat social écologique coconstruit avec les autorités publiques, les citoyens, les mouvements politiques et sociaux et les autres secteurs de la société. Un contrat qui soit un véritable tournant pour un nouveau modèle de société, un contrat qui définisse une vision de long terme emprunte de sérénité et de stabilité.

Ce contrat social écologique doit porter en lui des bases nouvelles : plus protectrices, plus durables, plus justes, plus prospères, plus émancipatrices et plus démocratiques. C'est un contrat qui envisage ces crises sanitaire, économique, sociale et démocratique sous l'angle des nouveaux risques auxquels nos sociétés seront de plus en plus confrontées au XXIe siècle si elles ne changent pas. C'est un contrat qui met la lutte contre toutes les inégalités au centre du jeu (inégalités de revenus, mais aussi inégalités de santé, de genre, d'éducation, etc.). C'est un contrat qui intègre la nécessaire transition énergétique et numérique.

Si l'on est parvenu à sortir de la Seconde Guerre Mondiale, c'est exactement en visant un contrat sociétal plus large. Pas un plan de relance qui consisterait à rétablir les paramètres du monde d'avant quitte à les faire évoluer à la marge. Et osons le faire tous ensemble, en coopérant avec fruits plutôt qu'en nous opposant de manière stérile ! Oui, la démocratie est secouée et en danger, mais elle est notre meilleur atout pour nous en sortir.

Guillaume Defossé et Simon Moutquin, députés fédéraux Ecolo

L'affaire Jürgen Conings entraîne avec elle de nombreux questionnements légitimes sur les dysfonctionnements de nos services de renseignement, sur la circulation de l'information au sein de la Défense nationale, sur l'état de décrépitude de ce département en termes de politique du personnel et d'infrastructures et sur ce qui semble être l'incapacité de notre pays à tirer les leçons des événements du passé. Il est certain que toute la lumière doit être faite au plus vite sur ce qu'il s'est réellement passé pour qu'un militaire fiché au niveau 3 sur 4 par l'OCAM comme radical d'extrême-droite potentiellement violent puisse avoir accès à des armes et les voler malgré qu'on lui ait retiré son habilitation de sécurité. De ces enquêtes, les responsabilités hiérarchiques et politiques devront évidemment être établies et assumées. Et bien sûr, les failles mises au jour devront être comblées sans délai.Mais limiter l'affaire Conings au fonctionnement d'une caserne ou d'un département serait une grave erreur. Après tout, le militaire recherché n'est que la matérialisation de cette idéologie haineuse qui se répand à nouveau et qui s'oppose à une société où le "vivre ensemble" et l'"égalité" sont notre boussole. Car dans toute la population, du Nord comme du Centre et du Sud de la Belgique, dans notre pays comme dans les pays voisins, en Europe comme dans le reste du monde, se propagent de manière alarmante les idées et comportements d'extrême-droite. Or, soyons clairs, nous connaissons les résultats de l'exercice du pouvoir par les prêcheurs de haine. Il est d'ailleurs bon de rappeler que notre armée, dont est issu Jürgen Conings, s'est battue avec héroïsme contre le nazisme quand celui-ci a fondu sur notre pays.Cette affaire amène donc en réalité une réflexion qui doit être nécessairement plus large sur l'atmosphère de notre société. Une réflexion qui doit étreindre avec force le monde politique et le mettre face à une réalité cruelle. Jürgen Conings n'est pas seul. En Belgique, comme ailleurs, l'extrême-droite s'installe et nous regarde. Elle s'assoit sur les bancs parlementaires, elle se diffuse sur des médias traditionnels ou s'affirme avec succès sur les réseaux sociaux. Elle entretient le flou pour infiltrer et encourager 50 000 personnes sur Facebook à afficher leur soutien à un potentiel terroriste dont elle fait l'apologie. Avec un sourire mesquin, elle profite des peurs et des colères légitimes des citoyens et nous fait finalement de grands signes à chaque sondage. Et face à cela, pour la liberté, pour la démocratie, pour la défense des droits de chacune et de chacun, il va falloir se battre de toutes nos forces.Or, si ces constats déjà réalisés par d'autres sont inquiétants, les réactions d'une partie du monde politique sont, elles, démoralisantes et doivent nous alerter. L'arme du tweet de 280 caractères est trop souvent dégainée de manière irréfléchie. Les uns et les autres considèrent que quelques commentaires sous la publication de leurs certitudes suffisent à recréer du dialogue avec les citoyens. Et pendant ce temps-là, les citoyens épuisés par des mois de Covid et des années d'austérité sont lassés. L'espace démocratique se retrouve dangereusement rouillé et le dégoût des citoyens suscité par ces attitudes politiques ne fait que le réduire. Il nous faut donc urgemment garantir un espace sain, serein et respectueux au débat d'idées sans outrance, sans insulte, sans malhonnêteté intellectuelle, sans mauvaise foi. Car le discours de l'extrême-droite se base au moins autant sur un fond nauséabond que sur une forme spécifique. User de la rhétorique de l'extrême-droite, c'est donc en emporter avec soi les arguments et les faire percoler dans la société. Et cela, les démocrates ne peuvent se le permettre. Alors que l'extrême-droite prend les armes, les démocrates ne peuvent leur fournir les munitions.Entendons-nous bien, notre propos ne consiste pas à gommer nos différences de conviction. Bien au contraire. Mais il est temps pour tous les démocrates de ce pays, tous ceux qui se revendiquent de la défense des Droits et Libertés, tous ceux pour qui la violence n'est jamais une option pour imposer ses idées et opprimer des minorités de se rassembler et d'unir leurs forces. Refaisons de la politique dans le sens noble du terme ! Débattons de nos réalisations et de nos solutions pour une égalité entre toutes et tous, pour que nos identités puissent se vivre différentes mais ensemble, pour que nos sociétés répondent aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Chacun a besoin de percevoir un sens dans l'avenir, surtout quand celui-ci semble incertain. Alors, travaillons ensemble à ces perspectives. Établissons un contrat social 2.0, un contrat social écologique coconstruit avec les autorités publiques, les citoyens, les mouvements politiques et sociaux et les autres secteurs de la société. Un contrat qui soit un véritable tournant pour un nouveau modèle de société, un contrat qui définisse une vision de long terme emprunte de sérénité et de stabilité.Ce contrat social écologique doit porter en lui des bases nouvelles : plus protectrices, plus durables, plus justes, plus prospères, plus émancipatrices et plus démocratiques. C'est un contrat qui envisage ces crises sanitaire, économique, sociale et démocratique sous l'angle des nouveaux risques auxquels nos sociétés seront de plus en plus confrontées au XXIe siècle si elles ne changent pas. C'est un contrat qui met la lutte contre toutes les inégalités au centre du jeu (inégalités de revenus, mais aussi inégalités de santé, de genre, d'éducation, etc.). C'est un contrat qui intègre la nécessaire transition énergétique et numérique.Si l'on est parvenu à sortir de la Seconde Guerre Mondiale, c'est exactement en visant un contrat sociétal plus large. Pas un plan de relance qui consisterait à rétablir les paramètres du monde d'avant quitte à les faire évoluer à la marge. Et osons le faire tous ensemble, en coopérant avec fruits plutôt qu'en nous opposant de manière stérile ! Oui, la démocratie est secouée et en danger, mais elle est notre meilleur atout pour nous en sortir.Guillaume Defossé et Simon Moutquin, députés fédéraux Ecolo