En octobre dernier, Theo Francken avait déjà transmis aux demandeurs d'asile irakiens résidant en centre ouvert une première lettre, dans laquelle il les invitait à rentrer volontairement chez eux. Il disait que les demandes d'asiles avaient été gelées pour les réfugiés provenant de Bagdad et de sa banlieue, car "la situation sécuritaire y a changé depuis 2014, et n'est aujourd'hui plus telle qu'un demandeur d'asile coure un vrai risque en cas de retour", avançait-il.
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En octobre dernier, Theo Francken avait déjà transmis aux demandeurs d'asile irakiens résidant en centre ouvert une première lettre, dans laquelle il les invitait à rentrer volontairement chez eux. Il disait que les demandes d'asiles avaient été gelées pour les réfugiés provenant de Bagdad et de sa banlieue, car "la situation sécuritaire y a changé depuis 2014, et n'est aujourd'hui plus telle qu'un demandeur d'asile coure un vrai risque en cas de retour", avançait-il. Il a recommencé l'opération en durcissant le ton. Le Vif/L'Express a pu prendre connaissance du courrier écrit en arabe et envoyé aux 9469 Irakiens qui, en 2015, ont introduit une demande d'asile en Belgique.Le secrétaire d'Etat à l'Asile rappelle qu'en raison de l'afflux de réfugiés, en particulier irakiens, le traitement des demandes a pris beaucoup de retard. Et, surtout, que plus de la moitié des procédures qui ont abouti ont refusé la protection subsidiaire au demandeur venu d'Irak. Il annonce que la loi votée le 28 avril dernier limite désormais à cinq ans, renouvelables ou pas, la durée de la protection du statut de réfugié. Il ajoute que l'accès aux logements individuels n'est offert qu'aux familles issues de pays à haut taux de reconnaissance, donc les plus dangereux. Et l'Irak, dit-il, n'en est pas un. Il précise que les conditions du regroupement familial se sont compliquées. La procédure est désormais plus longue de neuf mois et peut, si elle n'aboutit pas, mener à la déchéance du statut de réfugié de celui qui l'a introduite. Il répète que les demandeurs d'asile déboutés seront rapatriés, de gré ou de force. Si c'est de force, l'expulsé peut se voir interdire d'accès pour trois ans à tout pays de l'espace Schengen. Et puis, puisqu'il a "conscience que ces informations ne sont pas agréables", il propose aux demandeurs d'asile irakiens de "profiter de l'assistance des autorités belges pour rentrer en Irak". 1500 Irakiens ont déjà emprunté cette voie du retour volontaire. Pour accélérer le mouvement, le secrétaire d'Etat N-VA lance une opération d'envergure, valable uniquement pour ce mois de mai et pour les Irakiens : 500 euros de prime de retour plutôt que la moitié, donc. Ce sont surtout les Irakiens de Bagdad et de ses environs, ici encore, qui sont concernés. Car "la situation dans cette région n'est pas celle de violences de guerre arbitraires", pose Théo Francken. Or, justement : il y a quelques jours à peine, des partisans chiites de Moqtada Al-Sadr ont saccagé le Parlement irakien, à Bagdad, au coeur de ladite "zone verte", ultra sécurisée. Personne n'avait pu entrer depuis treize ans dans ce quartier sans montrer patte blanche. Ces manifestants, qui ont chassé les députés de leur forteresse anciennement imprenable sous les cris de "lâches" et de "corrompus", veulent faire pression sur le Premier ministre chiite Haider Al-Abadi pour qu'il quitte son poste et installe un exécutif de technocrates. Ce gouvernement, déjà très faible, est encore affaibli par ces manifestations. En outre, ce gouvernement très faible d'un Etat très instable livre une guerre, largement sous-traitée aux Iraniens sur terre et aux Occidentaux dans les airs, à l'Etat islamique. Celui-ci contrôle encore plusieurs villes importantes du pays, et qui a mène renforcé, disent certains spécialistes, son influence dans certaines zones autour de Bagdad.Mais enfin, n'empêche, "salutations distinguées", termine le secrétaire d'Etat à l'Asile et aux Migrations. On devine que 9469 destinataires n'ont pas tout à fait perçu la distinction des salutations de l'envoyeur.