Le match Italie-Espagne de mardi soir en fut l'illustration parfaite, avec son incroyable intensité, le sens du collectif et du sacrifice des deux équipes. Le dernier carré de l'Euro reflète des vertus qui parlent en cette période de crise et de pandémie.
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Le match Italie-Espagne de mardi soir en fut l'illustration parfaite, avec son incroyable intensité, le sens du collectif et du sacrifice des deux équipes. Le dernier carré de l'Euro reflète des vertus qui parlent en cette période de crise et de pandémie.Les dernières équipes en lice sont inspirantes, chacune à sa manière: Italie, Angleterre, Danemark, et Espagne avant son élimination à la loterie des tirs au but. Elles évoquent la nécessité de faire le gros dos ensemble, de miser sur le collectif plutôt que sur le talent individuel, même s'il peut faire la différence. Et le rejet de tout nationalisme idiot pour céder la place à une identité fière, mais ouverte.Elles sont l'illustration d'une aventure humaine, d'une revanche sur le sort et la promesse de nouveaux lendemains.L'Italie avait vécu l'absence de la Squadra Azzurra du Mondial 2018 comme une humiliation dramatique. Dans ce pays où le football est une religion, où les quotidiens sportifs égrènent le temps qui passe, c'était un échec inconcevable. Avec Roberto Mancini à sa tête, l'équipe italienne a tout reconstruit, changé son fusil d'épaule, misé sur le pressing haut et l'offensive pour accumuler les matchs sans défaite, jusqu'à cette finale de dimanche qui s'apparente à un rêve.L'Italie a séduit et son collectif n'y est pas pour rien: quel état d'esprit dans cette formation! Il suffit de voir les gestes de solidarité des joueurs depuis le début du tournoi pour s'en convaincre. Après la blessure au tendon d'achille de l'un de ses meilleurs joueurs, Spinazzola, l'équipe lui a dédié sa victoire de mardi, tous les joueurs rassemblés autour d'un Lorenzo Insigne portant son maillot numéro 4. Classe et élégance.La victoire de mardi est d'autant plus significative qu'elle a été obtenue au bout de la souffrance et de l'abnégation, alors que l'Italie a dû revenir aux fondamentaux de son jeu: celui de défendre pour vaincre. Les mauvais esprits belges préciseront que les Italiens brillent aussi dans la provocation et les pertes de temps, une fois le résultat acquis comme contre les Diables rouges, mais reconnaissons que l'unité belge était loin, très loin, de cette expression azzurie perceptible, déjà, à la façon dont les joueurs chantent leur hymne national: en chantant et en criant en choeur.La belle histoire italienne fait bien sûr écho à l'incroyable odyssée du Danemark, qui joue sa place en finale ce mercredi soir contre l'Angleterre. S'il y a une équipe qui symbolique toutes ses vertus de collectivité, d'abnégation et d'âme, c'est bien elle.Au moment de raconter cet Euro 2020 joué en 2021, on ne pourra pas passer à côté de son drame fondateur, le milieu de terrain Christian Eriksen s'effondrant sur la pelouse, victime d'un malaise cardiaque, et ses coéquipiers intervenant rapidement et faisant écran de leur corps pendant les soins.Simon Kjaer, intervenu le premier pour porter secours à Eriksen, est devenu le capitaine, mais surtout le héros de toute une nation. Qui, tant dans son jeu que dans son âme, est devenue un ciment de solidarité.L'histoire est d'autant plus belle que le Danemark séduit par son jeu et que Christian Eriksen est sorti sain et sauf de l'hôpital. Le meneur de jeu de l'Inter Milan pourrait assister à la finale à Wembley, ce sera un moment énorme. Et quoi qu'il arrive, cette équipe est déjà celle du tournoi.Dans ce contexte, n'oublions pas l'Angleterre. Bien sûr, elle est favorisée en jouant la quasi intégralité de l'Euro dans son temple de Wembley. Bien sûr, elle est sortie de l'Union européenne et son Premier ministre, Boris Johnson, est une personnalité décriée. Mais la "génération dorée" britannique, que l'on compare souvent à celle des Diables rouges, fait preuve d'un supplément d'âme incontestable.Dans les charts anglais, de nombreuses chansons reviennent pour appuyer Harry Kane et de ces jeunes joueurs au coeur incroyable: Raheem Sterling, Mason Mount, Jason Sancho... "Football is coming home": pays fondateur du foot (ou disons, pays qui l'a formaté dans ses règles modernes), l'Angleterre a retouvé une cohésion enfin digne de son histoire.Jamais sans doute les Three Lions n'auront été aussi proches de donner un successeur à son seul trophée, celui de la Coupe du monde 1966. C'était à domicile, déjà. Gareth Southgate, son entraîneur, veut dépasser les "malédictions" ou les "barrières psychologiques". Tout en reconnaissant: "Je ne peux qu'imaginer ce que ça a fait à l'équipe danoise, à quel point ça les a soudés. Ce que leur capitaine a vécu et ce que le groupe a vécu et la façon dont ils ont communié avec leurs supporters, c'est très puissant."Cette communion-là aussi marque cet Euro.Dans ce dernier carré, l'Espagne n'a pas été au bout de son rêve. Mais la Roja a retrouvé son âme collective et est en ordre de marche pour le Mondial 2022. Après un creu de la vague, elle est à même de reproduire l'incroyable époque dorée de son triplé historique de 2008-2010-2012, quand elle avait gagné deux Euros et un Mondial. A l'époque, c'était le règne du "Tiki-Taka", ce jeu de passes rapide qui assome les adversaires et qui a fait la renommée de Barcelone.L'Espagne version 2021, c'est le retour d'une nouvelle forme de Tiki-Taka, c'est l'expression de l'essence même du collectif. Mardi soir, face à l'Italie, ce jeu-là aurait mérité de l'emporter. Et son rêve a avorté en raison d'une histoire triste, celle du héros mal aimé Alvaro Morata, auteur du but égalisateur après avoir été fortement critiqué, puis après avoir raté le pénalty décisif. Comme une malédiction individuelle.Au regard de cet Euro collectif, en passant en revue ses derniers survivants, on peine à se dire que la Belgique y méritait sa place. En raison d'un manque de collectif et d'abnégation?