A force de ne plus vraiment s'y sentir la bienvenue, l'eau ne s'y attarde plus trop. Jusqu'à prendre l'inquiétante valeur d'un or bleu, d'une ressource de moins en moins disponible et de plus en plus convoitée. La Flandre en conçoit un gros waterstress, comme disent les experts. "Aussi intense qu'en Afrique du Nord", commentait le quotidien De Standaard à l'annonce de l'ambitieux plan gouvernemental adopté fin juillet avec la ferme intention d'enrayer la raréfaction.
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A force de ne plus vraiment s'y sentir la bienvenue, l'eau ne s'y attarde plus trop. Jusqu'à prendre l'inquiétante valeur d'un or bleu, d'une ressource de moins en moins disponible et de plus en plus convoitée. La Flandre en conçoit un gros waterstress, comme disent les experts. "Aussi intense qu'en Afrique du Nord", commentait le quotidien De Standaard à l'annonce de l'ambitieux plan gouvernemental adopté fin juillet avec la ferme intention d'enrayer la raréfaction. Les autorités flamandes se mouillent et prient instamment tout le monde d'en faire autant afin de rendre la terre de Flandre à nouveau moins sèche, moins aride, moins hostile à la conservation de l'eau. Une population dense, une économie vorace, une surface bien trop bétonnée lui mènent trop la vie dure. La mobilisation générale est décrétée derrière un Blue Deal. Il y a urgence dès lors que, depuis plusieurs étés d'une chaleur accablante, la Flandre souffre particulièrement de la dure réalité climatique. Jamais, depuis 119 ans, elle n'a eu à subir si tôt dans la saison une sécheresse qui l'a contrainte à décréter dès la mi-mai un premier état d'alerte. Par crainte de manquer cruellement d'eau. "Nous sommes résolus à rendre la Flandre plus humide et à améliorer notre approvisionnement en eau", assure Zuhal Demir (N-VA), ministre flamande de l'Environnement, aux manettes d'un Blue Deal positivement accueilli sous réserve d'un réel passage à l'acte. Au menu, septante chantiers concrets assortis des moyens financiers indispensables, avec une tranche de 75 millions d'euros débloqués. Pour une Région qui en un demi-siècle aurait perdu 75% de sa nature humide, ce premier investissement relève du minimum vital. La chasse intensive au gaspi, aux fuites d'eau et à la surconsommation est ouverte. Entreprises, agriculteurs, propriétaires de maisons neuves ou à rénover : tous au rapport. Il faudra à l'avenir montrer patte blanche, prouver qu'il est ou qu'il sera fait un usage raisonnable et intelligent du précieux liquide. Ici, il faudra se soumettre à un audit, là, se plier au devoir de communiquer les quantités d'eau pompées dans les rivières. Tout sera désormais question de mesure, sous peine de se voir refuser un permis. Partout, la priorité sera à la recherche d'un équilibre harmonieux entre l'offre et la demande d'eau. Avec des pénalités financières à la clé, comme la suppression de subsides. Ce sera la sanction infligée aux communes flamandes qui, d'ici à 2024, n'auront pas adopté un plan de gestion de l'eau de pluie qui s'applique dans tous les domaines (mobilité, voiries) ou qui n'auront pas engagé les actions nécessaires pour donner une touche nettement plus verte à leurs superficies. Même la reconquista des jardinets, jolis carrés de verdure devant les maisonnettes, est décrétée. Mais la nature flamande a surtout soif de marécages, de lacs, de zones historiquement inondées et de gras pâturages. Foi d'experts, on n'a encore rien inventé de mieux ni de moins cher que leur réhabilitation pour rendre au sol les qualités d'une éponge, revenir à un biotope plus résistant à l'érosion et qui emprisonne le carbone. Le Blue Deal est sur les traces du Betonstop, l'autre grande croisade lancée pour une urbanisation nettement moins envahissante d'ici à 2040. La Flandre opte pour le retour en classe verte.