Elle a croulé sous les hommages et les coups de chapeau. Lundi 30 novembre, la Flandre émue aux larmes prenait congé de sa présentatrice vedette du JT sur la chaîne publique VRT. Quarante-deux ans de bons et loyaux services, l'heure pour Martine Tanghe de quitter les projecteurs pour la discrétion d'une retraite bien méritée. Sa dernière prestation a affolé les compteurs: deux millions de télé- spectateurs, du jamais-vu. Le couperet est tombé, 65 ans, le compte est bon. Place aux jeunes, il arrive un moment où chacun a fait son temps, nul n'est irremplaçable après tout. Martine Tanghe si, visiblement.
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Elle a croulé sous les hommages et les coups de chapeau. Lundi 30 novembre, la Flandre émue aux larmes prenait congé de sa présentatrice vedette du JT sur la chaîne publique VRT. Quarante-deux ans de bons et loyaux services, l'heure pour Martine Tanghe de quitter les projecteurs pour la discrétion d'une retraite bien méritée. Sa dernière prestation a affolé les compteurs: deux millions de télé- spectateurs, du jamais-vu. Le couperet est tombé, 65 ans, le compte est bon. Place aux jeunes, il arrive un moment où chacun a fait son temps, nul n'est irremplaçable après tout. Martine Tanghe si, visiblement. Sa sortie de scène remue à ce point qu'elle a viré en Flandre à la grande question: 65 ans, stop ou encore? Stijn Baert (UGent), économiste spécialisé en science du travail, a été un des premiers à dégainer. "Une fonction publique qui envoie à la pension ses "top- talenten" n'est plus de ce temps." Quel gâchis, l'Open VLD Bart Somers est aussi de cet avis, lui qui a aussitôt rebondi. S'il ne tenait qu'au ministre régional des Affaires administratives, les 30.000 fonctionnaires flamands parvenus à l'âge fatidique devraient avoir la possibilité de jouer les prolongations en toute simplicité. Rien ne doit plus entraver le goût et l'aspiration du fonctionnaire au travail, et certainement pas le poids des ans. Il faut permettre aux "talents" de continuer à exceller, aux plus motivés de rester de dévoués serviteurs de l'"Etat" flamand. Quant aux autres, rien ne les y oblige bien sûr, libre à eux de tirer un trait définitif sur le boulot une fois atteint le cap des 65 ans. Mais, déclare le ministre, il est temps "d'inverser le principe", d'en finir avec ce système archaïque qui impose aux statutaires - 70% de la fonction publique flamande - d'implorer chaque année une autorisation spéciale pour pouvoir rempiler. C'est en somme manquer de respect à celles et ceux qui veulent encore mettre les mains dans le cambouis. "Chapeau (sic) voor die mensen", lançait au parlement flamand, le 2 décembre, un Bart Somers décidé à poursuivre sur sa lancée: finissons-en aussi avec le fonctionnaire nommé définitivement, ce "nec plus ultra" d'une époque révolue. Place à un seul et unique statut et qu'il soit contractuel. "J'ai un peu l'impression que vous utilisez l'histoire de Martine Tanghe comme alibi pour soutenir votre projet de démanteler les droits des fonctionnaires nommés", s'est hasardé le député de l'opposition Tom De Meester au nom de la gauche radicale PVDA. "Aura-t-on au moins encore le droit de dételer à 65 ans sans avoir à culpabiliser pour cela?" Propos d'arrière-garde. L'économiste Stijn Baert a repris le relais de Bart Somers pour détailler dans une tribune libre le seul enjeu digne de ce nom à ses yeux: oser l'excellence, et que les meilleurs restent plus longtemps, les plus mauvais dégagent plus tôt. "Osons dire quels sont les excellents fonctionnaires et quels sont ceux qui ne le sont pas." Séparer le bon grain de l'ivraie sera une formalité à l'heure du tout mesurable. "Chez quels enseignants les étudiants décrochent-ils les plus gros gains d'apprentissage? Quels visages font grimper l'audience à la VRT ? Nous savons qui est excellent. Ou nous pourrions le savoir. Et nous devons le gratifier ." Tout qui succédera à Martine Tanghe va devoir se surpasser.