Le "bout de loi" a vieilli. 354 ans au compteur, c'est un bel âge. Ce n'est pas une raison pour l'enterrer trop vite, encore moins le réduire à un vulgaire chiffon de papier. Il se pourrait même que le Brexit lui fasse reprendre du service. Le Brexit ? On finirait presque par le perdre de vue depuis que le Covid-19 lui vole la vedette. Les pêcheurs flamands, eux, ne l'oublient pas.
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Le "bout de loi" a vieilli. 354 ans au compteur, c'est un bel âge. Ce n'est pas une raison pour l'enterrer trop vite, encore moins le réduire à un vulgaire chiffon de papier. Il se pourrait même que le Brexit lui fasse reprendre du service. Le Brexit ? On finirait presque par le perdre de vue depuis que le Covid-19 lui vole la vedette. Les pêcheurs flamands, eux, ne l'oublient pas.Les pêcheurs flamands risquent gros dans la saga du retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne. C'est une bonne partie de leur gagne-pain qui est en train de se jouer si d'aventure leur droit de jeter encore leurs filets dans les eaux territoriales britanniques était mis en péril. Le bras de fer est engagé, chaque partie fourbit ses armes. Autant ne rien négliger dans la bataille. Pas même ce Privilegie der Visscherie, datant de 1666, qui accorda à Bruges le droit pour cinquante de ses navires de pêcher en eaux anglaises. Un pass attribué pour l'éternité, cadeau du roi d'Angleterre Charles II reconnaissant aux Brugeois de lui avoir offert l'hospitalité de 1656 à 1659, alors qu'il n'était qu'un héritier du trône contraint de fuir son pays pour échapper aux griffes d'Oliver Cromwell, tout-puissant Lord Protector d'une éphémère république d'Angleterre. Depuis, la charte est tombée en désuétude, notamment supplantée par une réglementation européenne de 1983 qui s'inspire néanmoins des droits de pêche historiques. L'éclipse, en théorie, ne signifie pas que la fleur jadis faite aux Brugeois par Charles II ait perdu toute force de loi puisque la royale faveur n'a jamais été rendue caduque par un parlement. En tout cas, depuis que les choses se corsent entre Albion et les continentaux, la Flandre, au contact direct de la mer du Nord, s'est souvenue du précieux document toujours en sa possession. Geert Bourgeois (N-VA), alors ministre-président du gouvernement flamand, l'avait même exhibé en 2017 sur un plateau télé. Simple piqûre de rappel à usage historique mais qui entendait au passage souligner que les pêcheurs flamands ne baisseraient pas pavillon sans lutter jusqu'au bout. C'est que l'actuelle position britannique nuit gravement aux intérêts de la pêche flamande : s'accorder le droit de revoir chaque année l'accès à ses eaux et les quotas de pêche qui peuvent y être prélevés reste "inacceptable pour la Flandre", rappelait encore, début juillet, au parlement flamand le successeur de Geert Bourgeois, Jan Jambon (N-VA). Lequel n'excluait pas de jouer, au besoin, la carte de la vieille charte, vu que "les analyses juridiques sur la validité de ces droits historiques sont contradictoires". Que Londres réfléchisse à deux fois avant de forcer la Couronne d'Angleterre à se parjurer pour un engagement pris voici quatre siècles. Rik Daems, sénateur Open VLD et intéressé par le sujet, pronostique une belle passe d'armes : "Un privilège conclu entre un Etat et une ville échapperait à la compétence de la Cour européenne de justice. Il appartiendrait aux autorités britanniques d'y mettre fin, ce qui reviendrait de leur part à reconnaître que le texte était toujours en vigueur. Espérons que les Britanniques en aient conservé un exemplaire. Sinon, nous leur enverrons avec plaisir une copie." Tirez donc les premiers, messieurs les Anglais.