En voilà un audit entouré du plus grand secret! Même les élus du peuple flamand n'ont été admis à jeter un oeil sur ses 140 pages que sous de strictes conditions de confidentialité. Et lors du débat parlementaire qui s'en est suivi à son propos, le 14 octobre, en séance plénière, interdiction leur a été signifiée de citer le moindre nom, de mentionner un quelconque montant, d'évoquer un fait précis.
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En voilà un audit entouré du plus grand secret! Même les élus du peuple flamand n'ont été admis à jeter un oeil sur ses 140 pages que sous de strictes conditions de confidentialité. Et lors du débat parlementaire qui s'en est suivi à son propos, le 14 octobre, en séance plénière, interdiction leur a été signifiée de citer le moindre nom, de mentionner un quelconque montant, d'évoquer un fait précis. C'est dire si l'affaire doit être sérieuse, tenir du scandale d'Etat. C'est effectivement un monstre sacré du paysage flamand qui se retrouve éclaboussé: la VRT, le pendant flamand de la RTBF. Et c'est d'une belle brochette d'estompements de la norme et d'irrégularités dont il est question, si l'on en croit celles qui ont déjà filtré. Il aura fallu un troisième audit en trois ans pour qu'une évidence s'impose: la VRT s'est muée au fil du temps en un petit paradis pour arrangements entre amis. Avec ses procédures contournées en matière de contrats conclus avec des boîtes de production externes ; ses vedettes du petit écran, ces BV que l'on raffole exhiber à longueur d'émissions, embauchées à des cachets exorbitants savamment dissimulés sous le classique filon de pseudo-missions de consultance ; ses manquements aux règles dans l'attribution de tickets VIP ; jusqu'à de coûteux meubles design et éléments de décors qui auraient disparu sans laisser de traces des studios TV, après usage. Belle mentalité. Le vénérable service public de l'audiovisuel flamand aurait fini par perdre son âme et son intégrité dans ses hautes sphères. Et la gestion de la boutique s'en ressent gravement, alors que le personnel subit une cure d'austérité sans avoir vraiment soupçonné que l'on dépensait sans trop compter en haut lieu. Pour sûr, des têtes devraient tomber. Le pouvoir de tutelle n'aura même pas à se donner cette peine puisque la plupart d'entre elles ont déjà quitté le navire. Ainsi l'ex-directeur du département Media & production, dont le licenciement avait été vainement réclamé en début d'année par le CEO de l'époque, qui avait fini par prendre lui-même la porte. Ainsi le commissaire du gouvernement qui vient de rendre son tablier à présent que l'audit a mis en lumière quelques conflits d'intérêts: ses sociétés fournissaient bouquets et coupes pour le compte de l'événement phare de la VRT, De Warmste Week. Mais qui donc savait, aurait dû savoir ou n'a peut-être pas voulu savoir? Des regards soupçonneux se tournent vers le conseil d'administration de l'institution, son président en tête, Luc Van den Brande (CD&V), ministre-président flamand dans une autre vie, qui viendra s'expliquer devant le parlement flamand sur la volonté que certains lui prêtent d'avoir tenu les administrateurs dans l'ignorance de ce qui se tramait. Benjamin Dalle, jeune ministre flamand des Médias, CD&V lui aussi, promet de faire en sorte de remettre le paquebot sous contrôle et d'en faire une maison de verre. Tandis que dans la coulisse, certains croisent les doigts pour que l'opération mains propres ne débouche sur une montée en puissance de la N-VA qui, avec le Vlaams Belang, détient la moitié des sièges au sein du conseil d'administration. Et qui, jusqu'ici, ne s'est guère montrée la meilleure alliée d'un service public de radio-télévision déjà sous pression.