Le ministre de l'Enseignement néerlandophone n'est pas homme à tolérer que l'on y badine avec les compétences scolaires fixées par la législation flamande. Or, le voilà saisi d'un doute affreux, pris d'une envie féroce d'y voir clair du côté de cette poignée d'établissements scolaires qui échappent à son radar, à l'abri de l'écran protecteur des facilités linguistiques.
...

Le ministre de l'Enseignement néerlandophone n'est pas homme à tolérer que l'on y badine avec les compétences scolaires fixées par la législation flamande. Or, le voilà saisi d'un doute affreux, pris d'une envie féroce d'y voir clair du côté de cette poignée d'établissements scolaires qui échappent à son radar, à l'abri de l'écran protecteur des facilités linguistiques. Six écoles communales du primaire (une par commune à facilités) et deux établissements libres (l'un à Rhode-Saint-Genèse, l'autre à Drogenbos) sont chasse gardée de la Communauté française en terre flamande. On y applique ses objectifs pédagogiques, on se soumet au contrôle de ses inspecteurs de l'enseignement. Tout au plus doit-on se donner la peine de demander chaque année aux autorités flamandes le droit de continuer à jouir de ce régime particulier. Délivrée en se pinçant le nez, la dérogation ne se refuse pas. Ce manège déplaît depuis toujours à la Flandre qui, voici dix ans, a tenté d'y mettre fin par décret. L'affaire est alors remontée en haut lieu, jusqu'à la Cour constitutionnelle, qui a confirmé le bon droit de la Communauté française. Pas de quoi clore l'incident. Ni apaiser la frustration de la Flandre, privée même du modeste droit de regard reconnu à son inspection scolaire qui attend toujours vainement le rapport d'évaluation, en néerlandais s'il vous plaît, de son homologue francophone. Ce contrôle flamand sur le contrôle francophone n'est que pure fiction, s'insurge Ben Weyts. Qui juge que cette absurdité n'a que trop duré, n'entend plus délivrer le précieux sésame les yeux fermés et prétend se mêler de la popote interne d'établissements que la Flandre subsidie à hauteur de treize millions d'euros. "Ces écoles demandent des millions à la Flandre en encadrement et en moyens de fonctionnement et nous n'avons aucune vue sur la qualité de leur enseignement." Que le bon usage de l'argent du contribuable flamand au profit d'écoles francophones reste un mystère insondable relève de l'intolérable. Assez ri. Au rapport, inspection des journaux de classe. Une commission indépendante est chargée de vérifier le bon respect par les écoles francophones des attentes pédagogiques de la législation flamande. Prière aux experts de porter une attention particulière à l'apprentissage du néerlandais en classe : quatre heures par semaine en 3e et 4e années, huit heures en 5e et 6e années, stipule la loi sur l'emploi des langues en matière administrative. Sur ce point, Ben Weyts se veut intraitable : "Nous devons placer la latte haut dans toutes les écoles qui fonctionnent avec des moyens flamands." Au terme de l'enquête de qualité, gare aux punitions. Couper les vivres aux écoles prises en défaut ? Le passage à l'acte s'annonce juridiquement boiteux, Ben Weyts en est le premier conscient. Le monde politique francophone aussi, qui ne semble guère tracassé, à observer jusqu'ici le silence assourdissant réservé à tout non-événement. Rendez-vous fin de l'année lorsque Ben Weyts, son rapport sous le bras, invitera le gouvernement flamand à prendre attitude sur les dérogations. Et à éventuellement aller au-delà du plaisir de faire un peu de foin pour rien.