Cette profonde faille dans notre système de soins est aujourd'hui au coeur des débats. C'est une bonne chose. Actuellement, seulement 40 % du financement des hôpitaux provient directement de l'État. Les hôpitaux doivent compenser ce manque de budget. Comment le font-il ? Via les rétrocessions sur les honoraires des médecins et les suppléments d'honoraires. C'est un détour inutile, puisque les remboursements de ces honoraires proviennent, en fait, du même État. Cela entraîne beaucoup de confusion.

Noppen met le doigt sur ce qui ne va pas : dans notre système, le principal moteur est le volume. Plus on a recours à la technologie, plus le rendement est élevé, tant pour le médecin que pour l'hôpital. Le patient paie trois fois : la qualité des soins n'est pas optimale, la facture est trop élevée et les caisses de la sécurité sociale se vident par le remboursement d'un trop grand nombre de prestations. Sans supplément d'honoraires, la facture de l'hôpital devient beaucoup plus acceptable pour le patient. Cela permettrait aussi que les patients doivent moins avoir recours aux assurances.

Dans l'émission Terzake, diffusée sur la chaîne flamande VRT, le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (s.pa) a déclaré : "Nous devons nous débarrasser de cette machine à la prestation qui maintient nos hôpitaux à flot". Espérons que les paroles se traduiront en actes.

Car la "prestatite" est malsaine non seulement pour les hôpitaux et pour les patients, mais aussi pour les médecins eux-mêmes. Dans son livre Le super-collaborateur, Dirk Van Duppen a décrit comment l'être humain est, par nature, un être social, qui prend soin des autres. C'est aussi valable pour les médecins : ce qui les motive le plus, c'est de fournir les meilleurs soins au patient, dans une bonne équipe. Un système qui repose uniquement sur des incitants financiers pour chaque prestation supplémentaire n'est pas stimulant. C'est, au contraire, mettre en péril cette motivation profondément ancrée. Cela entraîne un certain cynisme et un risque d'épuisement professionnel chez les médecins.

Les médecins ont la santé des gens à coeur. Il faut leur laisser une marge de manoeuvre pour qu'il puissent prendre les décisions les plus adaptées sur base de leurs connaissances scientifiques. Cela ferait économiser beaucoup à la sécurité sociale. Une bonne discussion avec le patient peut parfois s'avérer beaucoup plus utile qu'une radio de plus.

Inversons la vapeur. Passons de "comment gagner le plus d'argent possible sur le dos des personnes malades" à "comment garder les gens en bonne santé". Si nous voulons saisir l'opportunité de repenser notre système de financement des soins, nous devons, en tant que société, réfléchir à ce que qui compte vraiment dans notre système de santé. Maintenir les gens en bonne santé au lieu d'attendre qu'ils tombent malades pour les soigner, mettre l'accent sur la qualité, encourager la coopération entre les professionnels et les institutions, avoir du personnel soignant en suffisance... Ce sont autant de choses dont la crise du coronavirus nous révèle à quel point elles sont importantes.

Cela ne sera possible qu'en augmentant le financement global des hôpitaux. Il leur faut une enveloppe pour fonctionner, basée sur le nombre et les spécificités de leur patientèle. La motivation passe alors de "produire plus" à "améliorer la santé". Un pas dans cette direction pourrait déjà être effectué sous cette législature : par exemple, en élaborant un projet pilote qui consisterait à allouer à certains hôpitaux un budget sur cinq ans équivalent à celui des années précédentes ; en analysant les gains qualitatifs pour les médecins, le personnel soignant et les patients ; et ensuite, en menant un débat public sur cette base.

Des pistes concrètes existent déjà pour le travail des médecins : dans les hôpitaux universitaires, les médecins ont un salaire fixe, avec une protection sociale complète et une épargne pension. Notre proposition est simple : payer aux médecins des salaires décents équivalent à ceux des professeurs d'université. Soit entre 7 000 et 12 000 euros par mois, selon l'expérience et les qualifications. Avec des compléments pour les prestations supplémentaires et la qualité.

Cela permet de rémunérer aussi bien les médecins qui font un travail plus intellectuel que les médecins qui travaillent avec des machines, sur le terrain. Nous voulons que toutes les spécialités soient attractives, car nous avons besoin des meilleurs médecins sur tous les fronts. Cette réforme libère à son tour des ressources pour davantage de personnel soignant. Au moins 10 % du budget des soins de santé est utilisé dans des domaines moins prioritaires ou de manière inefficace. D'après nos calculs, nous pourrions économiser au moins 500 millions d'euros par an sans le système à la prestation.

Renforçons davantage le système des hôpitaux universitaires. Profitons de cette crise du coronavirus pour opérer ce grand saut.

Cette profonde faille dans notre système de soins est aujourd'hui au coeur des débats. C'est une bonne chose. Actuellement, seulement 40 % du financement des hôpitaux provient directement de l'État. Les hôpitaux doivent compenser ce manque de budget. Comment le font-il ? Via les rétrocessions sur les honoraires des médecins et les suppléments d'honoraires. C'est un détour inutile, puisque les remboursements de ces honoraires proviennent, en fait, du même État. Cela entraîne beaucoup de confusion. Noppen met le doigt sur ce qui ne va pas : dans notre système, le principal moteur est le volume. Plus on a recours à la technologie, plus le rendement est élevé, tant pour le médecin que pour l'hôpital. Le patient paie trois fois : la qualité des soins n'est pas optimale, la facture est trop élevée et les caisses de la sécurité sociale se vident par le remboursement d'un trop grand nombre de prestations. Sans supplément d'honoraires, la facture de l'hôpital devient beaucoup plus acceptable pour le patient. Cela permettrait aussi que les patients doivent moins avoir recours aux assurances.Dans l'émission Terzake, diffusée sur la chaîne flamande VRT, le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (s.pa) a déclaré : "Nous devons nous débarrasser de cette machine à la prestation qui maintient nos hôpitaux à flot". Espérons que les paroles se traduiront en actes.Car la "prestatite" est malsaine non seulement pour les hôpitaux et pour les patients, mais aussi pour les médecins eux-mêmes. Dans son livre Le super-collaborateur, Dirk Van Duppen a décrit comment l'être humain est, par nature, un être social, qui prend soin des autres. C'est aussi valable pour les médecins : ce qui les motive le plus, c'est de fournir les meilleurs soins au patient, dans une bonne équipe. Un système qui repose uniquement sur des incitants financiers pour chaque prestation supplémentaire n'est pas stimulant. C'est, au contraire, mettre en péril cette motivation profondément ancrée. Cela entraîne un certain cynisme et un risque d'épuisement professionnel chez les médecins.Les médecins ont la santé des gens à coeur. Il faut leur laisser une marge de manoeuvre pour qu'il puissent prendre les décisions les plus adaptées sur base de leurs connaissances scientifiques. Cela ferait économiser beaucoup à la sécurité sociale. Une bonne discussion avec le patient peut parfois s'avérer beaucoup plus utile qu'une radio de plus. Inversons la vapeur. Passons de "comment gagner le plus d'argent possible sur le dos des personnes malades" à "comment garder les gens en bonne santé". Si nous voulons saisir l'opportunité de repenser notre système de financement des soins, nous devons, en tant que société, réfléchir à ce que qui compte vraiment dans notre système de santé. Maintenir les gens en bonne santé au lieu d'attendre qu'ils tombent malades pour les soigner, mettre l'accent sur la qualité, encourager la coopération entre les professionnels et les institutions, avoir du personnel soignant en suffisance... Ce sont autant de choses dont la crise du coronavirus nous révèle à quel point elles sont importantes.Cela ne sera possible qu'en augmentant le financement global des hôpitaux. Il leur faut une enveloppe pour fonctionner, basée sur le nombre et les spécificités de leur patientèle. La motivation passe alors de "produire plus" à "améliorer la santé". Un pas dans cette direction pourrait déjà être effectué sous cette législature : par exemple, en élaborant un projet pilote qui consisterait à allouer à certains hôpitaux un budget sur cinq ans équivalent à celui des années précédentes ; en analysant les gains qualitatifs pour les médecins, le personnel soignant et les patients ; et ensuite, en menant un débat public sur cette base.Des pistes concrètes existent déjà pour le travail des médecins : dans les hôpitaux universitaires, les médecins ont un salaire fixe, avec une protection sociale complète et une épargne pension. Notre proposition est simple : payer aux médecins des salaires décents équivalent à ceux des professeurs d'université. Soit entre 7 000 et 12 000 euros par mois, selon l'expérience et les qualifications. Avec des compléments pour les prestations supplémentaires et la qualité.Cela permet de rémunérer aussi bien les médecins qui font un travail plus intellectuel que les médecins qui travaillent avec des machines, sur le terrain. Nous voulons que toutes les spécialités soient attractives, car nous avons besoin des meilleurs médecins sur tous les fronts. Cette réforme libère à son tour des ressources pour davantage de personnel soignant. Au moins 10 % du budget des soins de santé est utilisé dans des domaines moins prioritaires ou de manière inefficace. D'après nos calculs, nous pourrions économiser au moins 500 millions d'euros par an sans le système à la prestation.Renforçons davantage le système des hôpitaux universitaires. Profitons de cette crise du coronavirus pour opérer ce grand saut.