Fasciné par la France (ça lui passera), un jeune journaliste de la RTBF me faisait remarquer l'autre jour, semblant le regretter, que son média pratique le cordon sanitaire depuis... 1992 "alors que Marine Le Pen est invitée sur toutes les chaînes de télé et de radio françaises".

La France, patrie des Droits de l'homme, est aussi voltairienne. Elle n'a pas peur des idées, quelles qu'elles soient. Des penseurs, essayistes et hommes politiques sulfureux (ultra-conservateurs, ultra-sionistes et anti-sionistes, anti-systèmes, populistes, radicaux de gauche, anti-américains rabiques, atlantistes et même trumpistes, "nouvelle droite", catholiques conservateurs, indigénistes, crypto-staliniens) paradent dans les médias.

On pense, pêle-mêle, à Eric Zemmour, Nicolas Dupont-Aignan, William Goldnadel, Yvian Rioufol, Philippe de Villiers, Elisabeth Lévy, Alain de Benoist, Alain Finkielkraut, Natacha Polony, Marion Maréchal, Michel Onfray, Alain Badiou, Alexandre Del Valle, Michel Collon, Rokhaya Diallo... Bien sûr ils ne sont pas accueillis avec la même mansuétude que les représentants de la Macronie. Mais enfin, il y a une petite place pour les iconoclastes. On les publie. On en parle...

En Flandre (un autre monde à quelques kilomètres de chez nous), les émissions politiques de la VRT, chaîne publique pourtant réputée "de gauche", invitent l'ensemble du spectre politique, du PVDA (PTB) au Vlaams Belang.

Sur les chaînes néerlandaises, vous découvrirez régulièrement les "populistes" Thierry Baudet ou Geert Wilders. La BBC fait ses choux gras de Douglas Murray, qui signe des essais sur le suicide européen face à l'invasion migratoire, et de Nigel Farage, eurosceptique bien connu et bourreau de Guy Verhofstadt au Parlement européen. Les chaînes allemandes ne considèrent pas officiellement l'AFD comme un parti d'extrême droite...

Pourrait-on imaginer, par exemple, à la RTBF ou à C'est pas tous les jours dimanche (RTL-TVI), un débat entre un Zemmour wallon (qui n'existe pas d'ailleurs) et un Alain Badiou régional ? Le premier croyant profondément au Grand Remplacement et le second niant les crimes de Pol Pot ? Impensable, évidemment...

Notre cordon sanitaire médiatique (qui, soulignons-le, est nettement moins suivi par la presse écrite), est en réalité une manière habile de conserver le pouvoir.

Comme le constate Jean Faniel du CRISP (La Libre), constatant la faiblesse de l'extrême droite au sud et sa force au nord du pays : "L'immigration n'a pas été au centre du débat en Wallonie. Il y a eu une sorte de consensus entre les partis pour que ce ne soit pas le cas, pour ne pas en faire un débat, si ce n'est pour pointer du doigt le MR. En Flandre, au contraire, le thème a été mis au centre par la N-VA. Le cadrage médiatique était différent également."

Pour Nicolas Baygert, professeur de communication à l'ULB et à l'IHECS (La Libre), "les partis situés à la droite du MR ont en général beaucoup de mal à exister médiatiquement. On le voit notamment avec le PP qui existe depuis dix ans mais qui peine à s'imposer dans les parlements. Concernant les Listes Destexhe, les représentants de ce mouvement n'ont pas été invités sur les plateaux de télévision et les propositions du parti ne se sont pas retrouvées dans les tests électoraux. Cela a débouché sur un manque de visibilité malgré le matraquage de tracts électoraux de ce parti dans les boîtes aux lettres."

La droite du MR subit également une forme d'ostracisme lorsqu'on voit la virulence des questions posées au forcément "trublion" Georges-Louis Bouchez par exemple.

En revanche, le PTB bénéficie indirectement dans nos médias d'un "négationnisme" qui minimise la barbarie communiste (il n'y a pas eu de Nuremberg du communisme, comme le rappelle l'historien Thierry Wolton dans son dernier livre*).

Le cordon sanitaire médiatique sur les principales chaînes explique partiellement le virage de plus en plus à gauche de notre Fédération Wallonie-Bruxelles

Décidé par un quarteron de directeurs de l'information sur des critères peu transparents, le cordon sanitaire médiatique sur les principales chaînes explique partiellement le virage de plus en plus à gauche de notre Fédération Wallonie-Bruxelles. Et par conséquent les difficultés grandissantes de maintenir l'unité du pays avec une Flandre plus droitière mais qui garantit davantage la liberté d'expression et le pluralisme.

*"Le négationnisme de gauche" (Grasset, 224 p., 18 euros).

Fasciné par la France (ça lui passera), un jeune journaliste de la RTBF me faisait remarquer l'autre jour, semblant le regretter, que son média pratique le cordon sanitaire depuis... 1992 "alors que Marine Le Pen est invitée sur toutes les chaînes de télé et de radio françaises". La France, patrie des Droits de l'homme, est aussi voltairienne. Elle n'a pas peur des idées, quelles qu'elles soient. Des penseurs, essayistes et hommes politiques sulfureux (ultra-conservateurs, ultra-sionistes et anti-sionistes, anti-systèmes, populistes, radicaux de gauche, anti-américains rabiques, atlantistes et même trumpistes, "nouvelle droite", catholiques conservateurs, indigénistes, crypto-staliniens) paradent dans les médias. On pense, pêle-mêle, à Eric Zemmour, Nicolas Dupont-Aignan, William Goldnadel, Yvian Rioufol, Philippe de Villiers, Elisabeth Lévy, Alain de Benoist, Alain Finkielkraut, Natacha Polony, Marion Maréchal, Michel Onfray, Alain Badiou, Alexandre Del Valle, Michel Collon, Rokhaya Diallo... Bien sûr ils ne sont pas accueillis avec la même mansuétude que les représentants de la Macronie. Mais enfin, il y a une petite place pour les iconoclastes. On les publie. On en parle... En Flandre (un autre monde à quelques kilomètres de chez nous), les émissions politiques de la VRT, chaîne publique pourtant réputée "de gauche", invitent l'ensemble du spectre politique, du PVDA (PTB) au Vlaams Belang.Sur les chaînes néerlandaises, vous découvrirez régulièrement les "populistes" Thierry Baudet ou Geert Wilders. La BBC fait ses choux gras de Douglas Murray, qui signe des essais sur le suicide européen face à l'invasion migratoire, et de Nigel Farage, eurosceptique bien connu et bourreau de Guy Verhofstadt au Parlement européen. Les chaînes allemandes ne considèrent pas officiellement l'AFD comme un parti d'extrême droite...Pourrait-on imaginer, par exemple, à la RTBF ou à C'est pas tous les jours dimanche (RTL-TVI), un débat entre un Zemmour wallon (qui n'existe pas d'ailleurs) et un Alain Badiou régional ? Le premier croyant profondément au Grand Remplacement et le second niant les crimes de Pol Pot ? Impensable, évidemment... Notre cordon sanitaire médiatique (qui, soulignons-le, est nettement moins suivi par la presse écrite), est en réalité une manière habile de conserver le pouvoir.Comme le constate Jean Faniel du CRISP (La Libre), constatant la faiblesse de l'extrême droite au sud et sa force au nord du pays : "L'immigration n'a pas été au centre du débat en Wallonie. Il y a eu une sorte de consensus entre les partis pour que ce ne soit pas le cas, pour ne pas en faire un débat, si ce n'est pour pointer du doigt le MR. En Flandre, au contraire, le thème a été mis au centre par la N-VA. Le cadrage médiatique était différent également."Pour Nicolas Baygert, professeur de communication à l'ULB et à l'IHECS (La Libre), "les partis situés à la droite du MR ont en général beaucoup de mal à exister médiatiquement. On le voit notamment avec le PP qui existe depuis dix ans mais qui peine à s'imposer dans les parlements. Concernant les Listes Destexhe, les représentants de ce mouvement n'ont pas été invités sur les plateaux de télévision et les propositions du parti ne se sont pas retrouvées dans les tests électoraux. Cela a débouché sur un manque de visibilité malgré le matraquage de tracts électoraux de ce parti dans les boîtes aux lettres."La droite du MR subit également une forme d'ostracisme lorsqu'on voit la virulence des questions posées au forcément "trublion" Georges-Louis Bouchez par exemple. En revanche, le PTB bénéficie indirectement dans nos médias d'un "négationnisme" qui minimise la barbarie communiste (il n'y a pas eu de Nuremberg du communisme, comme le rappelle l'historien Thierry Wolton dans son dernier livre*). Décidé par un quarteron de directeurs de l'information sur des critères peu transparents, le cordon sanitaire médiatique sur les principales chaînes explique partiellement le virage de plus en plus à gauche de notre Fédération Wallonie-Bruxelles. Et par conséquent les difficultés grandissantes de maintenir l'unité du pays avec une Flandre plus droitière mais qui garantit davantage la liberté d'expression et le pluralisme. *"Le négationnisme de gauche" (Grasset, 224 p., 18 euros).