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Le ton. Georges-Louis Bouchez a deux papas. Papa Didier (Reynders), qui l'a élevé politiquement. Et papa Charles (Michel), qui l'a élevé hiérarchiquement. Mais qui avait un autre fils préféré, au moment d'organiser sa succession européenne : Willy (Borsus). Un gentil, lui. Rond, mesuré, conciliant. Héritier parfait. Ou pas tant que ça : " non, merci ". Il préférait rester ministre. D'autres avaient aussi décliné, alors papa Charles avait porté Georges-Louis Bouchez. Un tumultueux, lui. Jeune, turbulent, avide. Héritier contesté. " Il y a un an, glisse un libéral, si quelqu'un nous avait dit qu'il prendrait la tête du MR, on l'aurait pris pour un fou. " Nul n'est prophète en son parti. Trois mois après son accession au trône de la Toison d'or, le costume présidentiel l'aurait gainé d'une nouvelle sagesse. Le costard d'agitateur qu'on lui taillait généralement, avant, n'était pas adapté à sa morphologie réelle, assure-t-il, se déclarant désormais " beaucoup plus heureux sur le plan humain ". En réalité, le Montois a moins changé que les avis à son égard. Sa jeunesse s'est muée en " souffle nouveau ", sa turbulence en " cassage de codes ", son avidité en " ambition débordante ". GLouB - de son surnom non autorisé - se veut " plus moderne, plus ouvert, plus conquérant. " Et personne ne trouve rien à y redire. Ce serait se renier, puisque tous (ou presque) avaient soutenu le choix de papa Charles. Même ceux qui, fut un temps, détestaient profondément cet enfant remuant. Personne ne trouve à y redire même anonymement, et le nouveau président se félicite d'ailleurs de la disparition des " propos en off dégueulasses dans la presse ", jadis fréquents. Les pères étant désormais absents, les limites des clans se liquéfient. L'avantage, aussi, de cette double filiation permettant la synthèse. Georges-Louis Bouchez est également avide de faire émerger de nouveaux visages à son image (jeunes, contemporains, tout ça). Lors de la tournée des voeux de janvier, même en ne buvant que de l'eau, le président avait fait toutes les fermetures, auréolé de jeunes recrues admiratives. Plus de reyndersiens ou de michéliens. Juste des modernes et des anciens. Le fond. Le nouveau président prolonge l'héritage paternel. L'économie, la fiscalité, les entreprises, l'emploi, etc. ADN droitier classique, seyant à son slogan #fierdêtrelibéral. Avec un hashtag, pour la modernité. Censée être incarnée par de nouveaux sujets de préoccupation, tels l'enseignement, la jeunesse, les sports... Georges-Louis Bouchez veut que son parti s'approprie de nouvelles thématiques et a annoncé, dès son entrée en fonction, l'organisation de grands débats internes. Par exemple sur la voiture autonome. Sous cape, certains se sont marrés de cette anecdotique idée, mais à la réflexion, beaucoup la trouvent désormais aussi moderne que magnifique. Les institutions. Un peu des poulains de papa Charles, un peu de l'écurie de papa Didier. Georges-Louis Bouchez a ainsi maintenu au secrétariat général du parti Valentine Delwart, une pure michélienne. Mais il a aussi embauché quelques profils reyndersiens. Des membres de l'équipage d'Olivier Chastel sont même restés. Sa touche personnelle la plus visible s'appelle Axel Miller, recruté par ses soins comme chef de cabinet et nouveau président du Centre Jean Gol. Un ancien banquier, qui plus est ayant dû démissionner de ce qui s'appelait encore Dexia à la suite de la crise des subprimes dont certaines communes peinent toujours à se remettre. Tous n'ont guère trouvé cela des plus judicieux. " C'est ça, vraiment, l'image qu'on veut donner du nouveau MR ? " Mais le choix était déjà fait. Le tandem, paraît-il, se complète comme l'eau et le feu. (Et Axel Miller n'est pas le feu.) D'autres recrutements suivront, annonce le président, qui n'est après tout en poste que depuis trois mois. Les familles recomposées, c'est bien. Faire naître son propre clan, c'est mieux. Les tensions. Georges-Louis wie ? Rien de tel que de tenter de constituer un nouveau gouvernement fédéral pour cesser d'être un illustre inconnu en Flandre. Même quand on ne parle pas un mot de néerlandais. Bart De Wever (N-VA) a dû apprécier. Joachim Coens (CD&V) et Gwendolyn Rutten (Open VLD) auraient bien " matché ". Mais au Nord, comme au Sud, Bouchez reste un méconnu devant faire ses preuves. La discussion avec Paul Magnette (PS) sera davantage dénuée de passif (montois) qu'elle l'aurait été avec Elio Di Rupo. Le dialogue avec Ecolo sera forcément plus facile que du temps de la haine tenace que se vouaient Charles Michel et Zakia Khattabi. Ce qui n'empêche pas Jean-Marc Nollet, nouveau coprésident des verts, de l'appeler " Bouchaise " ou " Charles-Louis " (lorsqu'il en discute avec Paul Magnette) et de se moquer allègrement de son homologue bleu, alors que celui-ci déclarait, au terme de sa mission royale, que même Jésus aurait échoué. " Je n'ai jamais autant rigolé en lisant les pages politiques des journaux. " Jésus avait bien fait rire au MR, aussi. Jaune. Comme la sortie présidentielle assassine sur le CD&V Koen Geens (" pas l'alpha et l'oméga de l'Etat belge "). Comme l'interview sur la Belgique unitaire. " A force de vouloir shooter sur toutes les balles, on finit forcément par tirer à côté ", murmure-t-on. En off, le " cassage de codes " redevient de la turbulence. Mais, publiquement, nul ne critique le tumultueux. Classique phénomène de cour : à chaque nouveau chef, de nouvelles places à occuper au soleil du pouvoir. Et classique période de grâce des débutants. Qui touchera probablement à sa fin lorsque le président devra désigner les ministres d'un futur gouvernement fédéral. Il en a déjà nommé, Philippe Goffin à la Défense et David Clarinval au Budget. Pas les noms les plus attendus. Mais dans un attelage en affaires courantes, ça ne compte qu'à moitié. Alors, en attendant les " vrais " choix, tout le MR sourit. Comme on sourit à un enfant-roi qui a fini par grimper sur la tête de parents qui l'avaient un peu trop gâté et dont on tolère les envolées pour éviter de trop l'énerver.