La Belgique compte 150 000 aide-ménagères qui font le ménage pour 1,2 million de clients. Ces personnes ont continué à travailler tout au long de cette crise. Dès le 26 mars, soit peu après l'annonce du premier confinement, le ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA) a estimé que leur travail ne les exposait pas au virus. "Ceux qui font le ménage travaillent souvent dans des pièces vides", avait-il argumenté. "Et si, par hasard, les clients sont chez eux, rien ne les empêche de s'asseoir dans une autre pièce".
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La Belgique compte 150 000 aide-ménagères qui font le ménage pour 1,2 million de clients. Ces personnes ont continué à travailler tout au long de cette crise. Dès le 26 mars, soit peu après l'annonce du premier confinement, le ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA) a estimé que leur travail ne les exposait pas au virus. "Ceux qui font le ménage travaillent souvent dans des pièces vides", avait-il argumenté. "Et si, par hasard, les clients sont chez eux, rien ne les empêche de s'asseoir dans une autre pièce". Un parti pris que tout le monde ne partage pas. Ainsi dans son livre noir, soit un ouvrage intitulé Huishoudhulpen aan het woord (Paroles d'aides ménagères) dont le Knack a pris connaissance, le syndicat, y trouve même beaucoup de choses à redire.Le syndicat a recueilli une centaine de témoignages via un point d'information en ligne. Nombre d'entre eux concernent des clients qui ne se soucient pas de la distance sociale et du masque, ou qui laissent entrer leur famille ou leurs amis pendant que l'aide-ménagère travaille. Ou encore ceux qui ne trouvent pas nécessaire de prévenir quand ils ont des symptômes ou qui n'attendent pas le résultat d'un test covid. Mais d'autres témoignages concernent les entreprises de titre-services qui, en tant qu'employeurs, sont pourtant responsables de la sécurité des conditions de travail. Il y a ainsi une pénurie de masques, de gants et de gel, tandis que les plaintes concernant les clients irresponsables ne sont pas toujours prises au sérieux. Certains employeurs font même pression sur les travailleurs pour qu'ils continuent à travailler dans des endroits où ils ne se sentent pourtant pas en sécurité. Avec un salaire brut de 1150 euros, les aide-ménagères n'ont de toute façon souvent guère le choix, et ce, principalement pour des raisons financières. D'une part, elles ne peuvent pas se permettre de perdre des clients et si elles ne travaillent pas par crainte du covid cela signifie tout simplement qu'elles n'ont pas de revenus. Sans parler des nombreux clients inquiets pour leur santé qui ont arrêté la collaboration. Dans les faits, cela se traduit pour les aide-ménagères par un chômage temporaire où elles ne perçoivent que 70 % de leur salaire brut. "En moyenne, on estime que ces travailleurs ont été 20 à 40 jours en chômage temporaire", déclare Issam Benali, secrétaire fédéral de l'Algemene Centrale-ABVV. Cela représente une perte non négligeable de 300 à 400 euros par mois. Cela veut aussi dire que tous ceux qui n'ont pas de partenaire avec un revenu ne peuvent pas refuser un travail dangereux. Ce constat n'est cependant pas le même pour toutes les régions. En effet, Bruxelles et la Wallonie ont accordé des compensations pour les pertes de salaire, la Flandre, elle, ne l'a pas fait. En plus des inquiétudes concernant leur propre sécurité, les aide-ménagères craignent également de propager le virus. Une aide-ménagère, qui travaille à plein-temps, se rend jusqu'à chez dix clients par semaine. "Je ne comprends pas dans ce cas-ci quelle est la logique de nos politiciens et nos virologues", dit Benali. "Des secteurs entiers sont bouclés, nous vivons dans des bulles et n'avons pas été autorisés à aller dans un bar ou un restaurant depuis des mois. Mais ils ne pensent pas que c'est un problème que 150 000 travailleurs fassent la navette d'une bulle à l'autre dans des conditions dangereuses, souvent avec des clients qui sont eux-mêmes vulnérables". C'est aussi pour cela que les syndicats ont plaidé pour une fermeture temporaire lors de la première et de la deuxième vague, "mais grâce à un lobbying efficace de la part des employeurs, cela n'a pas été le cas", explique M. Benali. Selon le secrétaire du syndicat, la pandémie n'a fait qu'amplifier des problèmes structurels déjà existants. Il y a également un manque de contrôle de la part des employeurs. Après quinze ans, le secteur des titres-services a atteint sa pleine croissance. Il est donc grand temps qu'on adapte la règlementation en conséquence.