Premièrement - et ce n'est pas une figure de style que de le rappeler - il revient d'abord et avant tout aux électeurs d'exprimer leurs préférences et de distribuer les cartes. Estimer d'emblée, comme l'auteur, que le choix des alliances à conclure relèvera "dans beaucoup d'entités", au lendemain du 14 octobre, du seul PS est la manifestation sans doute d'une habitude, mais l'expression des urnes, singulièrement s'agissant de la gauche historique, ne confirme pas nécessairement cette tendance ces derniers temps en Europe, et dans les pays limitrophes en particulier. Quoi qu'il en soit, il est moins l'heure que jamais de formuler des diktats ou des exclusives pré-électorales.

Deuxièmement, la carte blanche regorge de nombre d'amalgames consternants et lassants. Car c'est bien mal connaître les libéraux, et leurs mandataires locaux notamment, que de les assimiler de manière arbitraire et collective à des "néolibéraux" (avec tout le côté péjoratif auquel renvoie cette qualification), de surcroît "droitisés" et "conservateurs". Comme bien d'autres autour de moi, le mandataire local que je suis (bien que par ailleurs aussi régional depuis un an) ne se sent nullement décrit par ces quelques mots, dont on ressent tout le côté insultant, ou à tout le moins ostracisant, que l'auteur cherche à tout prix à vouloir leur donner. C'est de surcroît omettre qu'il n'y a parfois pas plus conservateur qu'un mandataire de gauche bien établi. Car n'en déplaise à Monsieur Demelenne, mais les "notables en pilotage automatique" qu'il décrit, dans les grandes villes qu'il évoque et que je connais, sont très rarement - pour ne pas dire jamais - libéraux.

Troisièmement - et c'est certainement là ce qui dérange le plus le démocrate libéral que je suis - c'est cette complaisance intellectuelle récurrente envers le PTB, alors que tout extrême de droite est - et à juste titre - stigmatisé. Or, le PTB est bel et bien un parti d'extrême gauche, par ses références statutaires, par les ambiguïtés qu'il entretient - voire les affinités qu'il reconnait - à l'égard de régimes étrangers peu fréquentables, ou encore par le populisme auquel s'adonnent abondamment ses différents mandataires. Comment des intellectuels de la gauche traditionnelle et démocratique, parfois d'origine syndicale, peuvent-ils sérieusement soutenir des alliances avec un tel parti, eux qui reconnaissent pourtant par ailleurs les bienfaits de la démocratie libérale, celle qui défend et qui a construit le régime de droits et libertés dans lequel nous gardons plaisir et fierté à vivre ? Bon nombre de mandataires socialistes sont, à cet égard, souvent bien plus conscients des dangers que représente le PTB qu'un certain nombre d'intellectuels de salon qui rêvent d'une nouvelle alliance de la gauche plurielle, quelles que soient les références idéologiques de certaines des composantes de celle-ci.

Enfin, il est assez consternant de constater qu'à l'heure où le traditionnel axe gauche droite évolue - ce que l'auteur reconnait mais regrette - le réflexe d'une partie de la gauche consiste à tout faire pour que revivent des luttes passées, alors que les enjeux aujourd'hui ont fortement évolué, que les contraintes socio-économiques individuelles ont certainement pris le pas sur la traditionnelle lutte des classes, et que la population est en attente d'un débat politique moderne qui réponde aux questions contemporaines, plutôt que d'un débat reposant sur de vieux clivages dans lesquels le citoyen ne se reconnait pas.

C'est dans cet esprit que bon nombreux de libéraux - comme moi-même à Seraing - se présentent dans ces grandes villes où Monsieur Demelenne appelle le PS à leur faire barrage par principe, alors pourtant qu'ils sont notoirement porteurs de valeurs d'émancipation et de progrès social pour tous, qu'ils ont souvent voire toujours été écartés de l'exercice des responsabilités premières, et que le bilan social de la gauche peut à tout le moins y faire débat. Que l'auteur de la carte blanche commentée sache qu'en ce qui concerne ces libéraux-là, il n'y a en tout cas d'alliance impossible qu'avec l'extrémisme, de droite comme de gauche. Et qu'il laisse enfin aux électeurs le soin de s'exprimer, et aux élus ensuite et sur cette base le soin d'apprécier qui est porteur d'un projet démocratique compatible avec le leur : plutôt que des exclusives entre démocrates, c'est sans doute là la meilleure des façons de rendre confiance en la politique et de préparer les prochains scrutins.

Fabian Culot- Député wallon

Chef de groupe MR au conseil communal de Seraing

Premièrement - et ce n'est pas une figure de style que de le rappeler - il revient d'abord et avant tout aux électeurs d'exprimer leurs préférences et de distribuer les cartes. Estimer d'emblée, comme l'auteur, que le choix des alliances à conclure relèvera "dans beaucoup d'entités", au lendemain du 14 octobre, du seul PS est la manifestation sans doute d'une habitude, mais l'expression des urnes, singulièrement s'agissant de la gauche historique, ne confirme pas nécessairement cette tendance ces derniers temps en Europe, et dans les pays limitrophes en particulier. Quoi qu'il en soit, il est moins l'heure que jamais de formuler des diktats ou des exclusives pré-électorales. Deuxièmement, la carte blanche regorge de nombre d'amalgames consternants et lassants. Car c'est bien mal connaître les libéraux, et leurs mandataires locaux notamment, que de les assimiler de manière arbitraire et collective à des "néolibéraux" (avec tout le côté péjoratif auquel renvoie cette qualification), de surcroît "droitisés" et "conservateurs". Comme bien d'autres autour de moi, le mandataire local que je suis (bien que par ailleurs aussi régional depuis un an) ne se sent nullement décrit par ces quelques mots, dont on ressent tout le côté insultant, ou à tout le moins ostracisant, que l'auteur cherche à tout prix à vouloir leur donner. C'est de surcroît omettre qu'il n'y a parfois pas plus conservateur qu'un mandataire de gauche bien établi. Car n'en déplaise à Monsieur Demelenne, mais les "notables en pilotage automatique" qu'il décrit, dans les grandes villes qu'il évoque et que je connais, sont très rarement - pour ne pas dire jamais - libéraux. Troisièmement - et c'est certainement là ce qui dérange le plus le démocrate libéral que je suis - c'est cette complaisance intellectuelle récurrente envers le PTB, alors que tout extrême de droite est - et à juste titre - stigmatisé. Or, le PTB est bel et bien un parti d'extrême gauche, par ses références statutaires, par les ambiguïtés qu'il entretient - voire les affinités qu'il reconnait - à l'égard de régimes étrangers peu fréquentables, ou encore par le populisme auquel s'adonnent abondamment ses différents mandataires. Comment des intellectuels de la gauche traditionnelle et démocratique, parfois d'origine syndicale, peuvent-ils sérieusement soutenir des alliances avec un tel parti, eux qui reconnaissent pourtant par ailleurs les bienfaits de la démocratie libérale, celle qui défend et qui a construit le régime de droits et libertés dans lequel nous gardons plaisir et fierté à vivre ? Bon nombre de mandataires socialistes sont, à cet égard, souvent bien plus conscients des dangers que représente le PTB qu'un certain nombre d'intellectuels de salon qui rêvent d'une nouvelle alliance de la gauche plurielle, quelles que soient les références idéologiques de certaines des composantes de celle-ci.Enfin, il est assez consternant de constater qu'à l'heure où le traditionnel axe gauche droite évolue - ce que l'auteur reconnait mais regrette - le réflexe d'une partie de la gauche consiste à tout faire pour que revivent des luttes passées, alors que les enjeux aujourd'hui ont fortement évolué, que les contraintes socio-économiques individuelles ont certainement pris le pas sur la traditionnelle lutte des classes, et que la population est en attente d'un débat politique moderne qui réponde aux questions contemporaines, plutôt que d'un débat reposant sur de vieux clivages dans lesquels le citoyen ne se reconnait pas. C'est dans cet esprit que bon nombreux de libéraux - comme moi-même à Seraing - se présentent dans ces grandes villes où Monsieur Demelenne appelle le PS à leur faire barrage par principe, alors pourtant qu'ils sont notoirement porteurs de valeurs d'émancipation et de progrès social pour tous, qu'ils ont souvent voire toujours été écartés de l'exercice des responsabilités premières, et que le bilan social de la gauche peut à tout le moins y faire débat. Que l'auteur de la carte blanche commentée sache qu'en ce qui concerne ces libéraux-là, il n'y a en tout cas d'alliance impossible qu'avec l'extrémisme, de droite comme de gauche. Et qu'il laisse enfin aux électeurs le soin de s'exprimer, et aux élus ensuite et sur cette base le soin d'apprécier qui est porteur d'un projet démocratique compatible avec le leur : plutôt que des exclusives entre démocrates, c'est sans doute là la meilleure des façons de rendre confiance en la politique et de préparer les prochains scrutins. Fabian Culot- Député wallonChef de groupe MR au conseil communal de Seraing