Samedi 25 septembre, à Mons, le Parti socialiste organisait sa rentrée, la première, pandémie et négociations obligent, depuis l'accession à la présidence de Paul Magnette. La journée, jalonnée d'ateliers sur le travail, la mobilité ou l'alimentation encadrés par l'Institut Emile Vandervelde et Présence et Action culturelles, était conclue par un "drink militant festif" après le discours présidentiel. Voilà pour la tradition. La nouveauté était ailleurs. Elle était dans l'intitulé de la journée, les "rencontres écosocialistes", dans celui des tartines du midi, un "pique-nique écosocialiste", et dans l'identité de l'invitée d'honneur, venue, après le pique-nique, donner une grande conférence sur la transition: la jeune militante pour le climat Adélaïde Charlier.
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Samedi 25 septembre, à Mons, le Parti socialiste organisait sa rentrée, la première, pandémie et négociations obligent, depuis l'accession à la présidence de Paul Magnette. La journée, jalonnée d'ateliers sur le travail, la mobilité ou l'alimentation encadrés par l'Institut Emile Vandervelde et Présence et Action culturelles, était conclue par un "drink militant festif" après le discours présidentiel. Voilà pour la tradition. La nouveauté était ailleurs. Elle était dans l'intitulé de la journée, les "rencontres écosocialistes", dans celui des tartines du midi, un "pique-nique écosocialiste", et dans l'identité de l'invitée d'honneur, venue, après le pique-nique, donner une grande conférence sur la transition: la jeune militante pour le climat Adélaïde Charlier. Quelques semaines plus tôt, début septembre, les écologistes tenaient leur habituel "Vert Pop", où balades "plantes comestibles", ateliers de lactofermentation, débats sur le nucléaire et conférences sur le dernier rapport du Giec voisinaient avec des tables rondes sur la justice fiscale et la lutte contre la pauvreté. Le PS et Ecolo sont-ils désormais entrés en communion? Presque partout où c'était arithmétiquement possible, à la notable exception de l'échelon provincial, rouges et verts sont alliés: aux gouvernements fédéral, bruxellois, wallon, et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, bien sûr, mais aussi dans les villes de Tournai, Mons, La Louvière, Charleroi, Bruxelles ou Ottignies-Louvain-la-Neuve. Les uns, à gauche comme ils s'y situent toujours plus bravachement, disent désormais pratiquer un socialisme plus conscient que jamais des questions environnementales. Les autres, à gauche aussi quoiqu'ils s'en défendent encore assez mollement, affirment mettre en oeuvre une écologie très ancrée dans la question sociale. Les restants, à droite, se régalent de ces convergences à gauche, y voyant comme la définitive confirmation de leur théorie de la pastèque, selon laquelle les écologistes, comme la juteuse cucurbitacée, seraient verts à l'extérieur, mais bien rouges à l'intérieur. Dans une veine moins fruitière mais pas moins subtile, le ministre David Clarinval (MR) expliquait ainsi dans le dernier numéro du trimestriel Médor que "les apôtres de la décroissance utilisent le climat pour faire passer leur message politique, qui est du communisme classique". Le verdissement des rouges et le rougissement des verts n'avait pourtant rien d'une évidence historique. Et les deux phénomènes n'ont pas la profondeur de teinte qu'y voient des yeux bleu foncé: la pastèque n'est pas encore un smoothie.Les écologistes francophones ont mis du temps à clarifier une position, sur l'axe gauche-droite, que les fondateurs du parti disaient vouloir dépasser. "Nous ne serons pas la bonne conscience de la gauche", répétait souvent Jacky Morael, figure emblématique des verts des années 1990. La décennie suivante, pourtant, vit, en 2002, Ecolo s'engager avec le PS dans des "convergences à gauche", et contester, de moins en moins mollement, ce classement sur l'échiquier, notamment à la suite de la popularisation des textes de l'anarchiste américain Murray Bookchin, penseur d'une "écologie sociale" très engagée dans le combat contre les inégalités économiques. A l'échelle du continent, cette fixation sur la gauche socio-économique n'est pourtant pas si évidente: les écologistes, dans l'Europe germanique notamment, sont plutôt transversaux sur ces questions. Il y a même, en Suisse, un parti écologiste libéral. "Si être de gauche c'est être du côté des progressistes et du combat pour l'égalité et les libertés, oui, je suis de gauche", répond toujours, dans un coquet aveu, Jean-Marc Nollet, que beaucoup de ses camarades de parti ne sont pourtant pas loin de traiter de capitaliste. Comme son parti, le coprésident a battu au printemps 2019 une campagne législative sous un programme socio-économique assez remarquablement similaire à celui du Parti socialiste: verts comme rouges évoquaient le retour de la retraite à 65 ans, la hausse de la pension minimale à 1 500 euros, le salaire minimal horaire à 14 euros, la taxation sur la fortune, la réduction du temps de travail, etc. Les socialistes francophones ont pris longtemps à embrasser des positions, sur les questions environnementales, que les héritiers du Parti ouvrier ne considéraient que marginalement. Le terme même d'écosocialisme vient, d'abord, des écologistes allemands: ainsi se qualifiaient, dès les années 1980, les militants de leur faction la plus à gauche. Mais c'est à la gauche de la gauche que la notion prendra le plus d'épaisseur: au début du millénaire, le Franco-Brésilien Michael Löwy, directeur de recherche au CNRS, cosigne un manifeste éco-socialiste qui sera endossé par le NPA (Nouveau parti anticapitaliste), en France, et par les autres formations membres de la Quatrième internationale, trotskyste. Une décennie plus tard, Jean-Luc Mélenchon y rattachera son Parti de gauche, qui organise encore, chaque année, ses "assises de l'écosocialisme". Le concept, réputé trop peu clair, est un peu mis de côté par les stratèges de la France insoumise, à laquelle est associé le Parti de gauche. Mais il n'échappe pas à l'attention d'un voisin. En Wallonie en effet, Elio Di Rupo termine sa longue présidence par un travail de réflexion doctrinale, le Chantier des idées. Il publie, à l'été 2017, Nouvelles conquêtes, un ouvrage de réflexion censé accompagner le Chantier. Le Montois s'y déclare écosocialiste. "Ma conviction personnelle est la suivante: de nos jours, on ne peut plus être socialiste sans être écologiste. Socialisme et écologie vont nécessairement de pair", dira Elio Di Rupo, que beaucoup de ses camarades de parti ne sont pourtant pas loin de traiter de boomer. Et son parti suit, puisque, en novembre 2017, le deuxième des seize chapitres ramassant "170 engagements pour un futur idéal" s'intitule "écosocialisme". Le président, comme son parti, ont battu au printemps 2019 une campagne législative sous un programme environnemental assez remarquablement similaire à celui d'Ecolo: rouges comme verts évoquaient les 100% d'énergie renouvelable en 2050, la fermeture des centrales nucléaires, des investissements dans les transports en commun rendus plus attractifs par la gratuité, etc. Paul Magnette, qui avait brièvement milité chez Ecolo à la fin de son adolescence, amplifie le mouvement lancé par son prédécesseur. Il publiera d'ailleurs, au printemps prochain, un livre pour "créer une intersection entre le social et l'écologie". Ces évolutions doctrinales s'accompagnent bien entendu de questionnements électoraux. Alors que les programmes des deux partis se ressemblent de plus en plus, leurs électorats semblent résolument différents. D'un point de vue géographique, c'est là où les socialistes sont les plus forts (dans les villes du bassin industriel wallon, dans le nord-ouest de Bruxelles) que les écologistes sont les plus faibles, et c'est là où les écologistes sont les plus forts (dans certaines zones de l'axe Namur-Bruxelles via le Brabant wallon, dans les communes plus aisées de Bruxelles) que les socialistes sont les plus faibles. D'un point de vue sociologique également, les électeurs socialistes et écologistes se distribuent symétriquement. Les deux s'auto-positionnent plutôt à gauche, selon l'enquête postélectorale 2019 du Centre d'étude de la vie politique de l'ULB (et c'est particulièrement le cas pour les électeurs citadins d'Ecolo), mais les premiers sont tendanciellement moins diplômés, moins actifs et plus âgés que les seconds. Les électeurs écologistes sont donc plutôt plus diplômés, plutôt jeunes et plutôt plus actifs, comme salariés ou comme indépendants, que leurs homologues socialistes. Ces évolutions électorales peuvent expliquer la convergence doctrinale, mais elles installent PS et Ecolo dans une relation bien plus concurrentielle qu'amicale. A l'échelle bruxelloise, par exemple, on tient les classes populaires du croissant pauvre pour potentiellement plus sensibles aux inégalités sociales et économiques qu'aux bienfaits de la lactofermentation. Et les riverains de la deuxième couronne, surtout méridionale (à Uccle, Ixelles, Auderghem, les Woluwe, voire Saint-Gilles et Forest) sont réputés avoir davantage marché pour le climat que pour la hausse du salaire minimum. L'écosocialisme des uns et l'écologie sociale des autres sont en fait moins censés faire collaborer les uns avec les autres que permettre aux uns de récupérer l'électorat parti chez les autres, et aux autres d'intéresser un électorat resté chez les uns. Les socialistes lorgnant par leur écosocialisme les classes moyennes salariées qui les ont un peu désertés, les écologistes guignant avec leur écologie sociale les classes populaires bigarrées qu'ils ont effrayées. Par l'effet cumulé de ce rapprochement doctrinal et de cette concurrence électorale, la pratique gouvernementale verte-rouge est nécessairement compliquée. Les convergences programmatiques obligent au partenariat, mais les objectifs sociologiques forcent à l'affrontement. C'est ainsi qu'à Bruxelles, les socialistes reprochent au projet de taxation kilométrique écologiste de n'être pas assez social, tandis qu'en Wallonie, les écologistes reprochent aux projets de développement économique socialistes de n'être pas assez écolo, et qu'au fédéral les socialistes reprochent aux écologistes de ne pas assez soutenir les projets des ministres socialistes et que les écologistes reprochent aux socialistes de ne pas assez soutenir les initiatives des ministres écologistes. Il y a encore pas mal de pépins dans la pastèque.