La lune de miel PS-Ecolo était un leurre. Derrière les visages souriants des négociateurs de la coalition "coquelicot" mort-née, la réalité est plus sombre. Ce n'est pas vraiment une surprise, beaucoup de socialistes sont exaspérés par les Verts.

Donneurs de leçons

Ce qui insupporte les socialistes, c'est d'abord le côté donneur de leçons de certains écologistes, qui adorent laver plus blanc que blanc. Ils ont pour habitude de caricaturer les socialistes en ripoux, motivés davantage par l'appât du gain que par la redistribution des richesses au profit des classes populaires.

Ecolo flingue sans sommation les socialistes liégeois, coupables de s'être lié au MR de Christine Defraigne pour gérer la Ville de Liège. Les Verts raillent la "coalition Publifin", un étiquetage provocateur qui a le don d'horripiler la majorité des socialistes, sincèrement choqués par le "capitalisme rouge" des ex-camarades Stéphane Moreau and Co.

Baguette magique "verte"

Les socialistes n'ont pas de mots assez durs - en off car publiquement il faut ménager les futurs alliés - pour fustiger la démagogie socio-économique des Verts. Ceux-ci sont convaincus de posséder la baguette magique qui permettra la création d'emplois à la pelle : "entre 145.000 et 265.000 emplois seront créés sur la Belgique en dix ans", certifie dans la Dernière Heure, le député vert, Olivier Biérin, "grâce à l'environnement, l'économie circulaire et les énergies renouvelables". Le même écologiste dénonce "la vision archaïque, passéiste, de l'économie du PS et du MR" qui veulent développer l'aéroport de Liège, et qui se comportent comme un troisième parti, le PS-MR liégeois".

C'est peu dire que les socialistes de Liège et d'ailleurs, ne goûtent guère la leçon d'économie dispensée par Ecolo. Les dogmes de la nouvelle religion verte n'ont rien à envier, dans un autre registre, aux dogmes de la vieille religion marxiste.

Pureté dangereuse

L'un des principaux reproches adressé par les socialistes aux écologistes porte sur leur quête constante et parfois obsessionnelle de la pureté . Une pureté environnementaliste qui serait incontournable pour sauver la planète de l'apocalypse. Ce catastrophisme fait ricaner beaucoup de socialistes, qui comparent l'attitude des Verts à un nouveau discours religieux, férocement sectaire.

Parmi la base et les dirigeants du PS, beaucoup doutent que la radicalité verte soit conciliable avec les valeurs de la gauche. Ils soulignent, au contraire, le caractère dangereux de la pureté fantasmée par les écologistes les plus radicaux. Une pureté d'autant plus suspecte qu'elle diabolise les "mécréants" qui n'adhèrent pas aux nouvelles Tables de la Loi verte.

Catalogué "écolo réaliste et pro-business", l'ancien président d'Ecolo, Jean-Michel Javaux, actuellement bourgmestre d'Amay et président du fonds d'investissement liégeois "Noshaq" (ex-Meusinvest), fait entendre une petite musique différente et finalement plus intéressante. Personnalité atypique, Javaux n'est pas pétri de certitudes, contrairement aux écologistes dogmatiques. Il incarne une écologie tout sauf sectaire. Il n'est pas certain qu'il soit suivi par la majorité de ses coreligionnaires au sein du parti vert.

Quelle laïcité ?

Les socialistes, enfin, apprécient peu les attaques d'Ecolo contre la laïcité. Lors des négociations pour la formation du gouvernement bruxellois, Zakia Khattabi, coprésidente d'Ecolo, a fait le forcing pour obtenir la levée de l'interdiction du port des signes convictionnels (dans les faits, essentiellement le voile islamique) à l'école, dans le troisième degré de l'enseignement obligatoire. Le PS, soutenu par Défi, s'y est opposé. Seule concession, le voile ne sera plus interdit dans l'enseignement supérieur, s'agissant des établissements gérés par la Commission communautaire française (Cocof).

La quasi totalité des socialistes wallons et une partie, actuellement majoritaire des socialistes bruxellois, s'inquiètent de la dérive communautariste des Verts. Un contentieux supplémentaire entre PS et Ecolo, deux partis tout sauf proches, qui auront bien du mal à gouverner ensemble, sans bisbrouilles ni controverses incessantes.