En effet, dans l'interview accordée, au Le Soir, parue le vendredi dernier, Rajae Maouane, la coprésidente d'Ecolo, se frotte les mains de la condamnation de la STIB dans l'affaire qui l'oppose à une plaignante voilée s'estimant lésée en raison de ses convictions et de son genre. Cet enthousiasme de la coprésidente d'Ecolo ne fait que confirmer la stratégie adoptée par son parti qui consiste à visibiliser le port du voile islamique au parlement, dans l'administration publique et dans l'enseignement, quitte à liquider le principe absolu de la neutralité de l'Etat et de ses agents qui garantit, pourtant, une rigoureuse égalité des droits entre tous les citoyens et entre toutes les organisations convictionnelles. Quant à l'insinuation d'étendre la portée d'un tel jugement, Patrick Charlier, le président d'Unia, (partie prenante dans le litige aux côtés de la plaignante) affiche un peu plus de prudence. Dans la même édition du journal Le Soir, le patron d'Unia, souligne que "le "poids" jurisprudentiel d'une décision prise par un tel tribunal n'est par ailleurs pas égal à un arrêt de la Cour de cassation ou de la Cour européenne de justice."

Ecolo : un appétit immodéré pour le communautarisme

D'ailleurs, depuis l'éviction brutale, en septembre dernier, du conseiller communal Ecolo de Molenbeek, Karim Majoros, le parti assume une ligne intransigeante sur le port des signes convictionnels dans la fonction publique, avec en prime une absence de débat à l'interne. L'affaire Majoros aura révélé trois choses sur le fonctionnement de cette formation politique, la brutalité de ses méthodes, son manque de transparence, et son appétit immodéré à instrumentaliser la "diversité" pour flatter un électorat potentiel. Pour illustrer ce dernier point, il suffit de rappeler la triste histoire du tract Ecolo des élections de 2019, distribué au marché de Laeken, préconisant notamment le port du voile islamique dans les administrations et dans l'enseignement en plus d'autoriser l'abattage sans étourdissement. En effet, contrairement à la Flandre et à la Wallonie, Bruxelles n'interdit pas l'abattage sans étourdissement préalable, on aurait pu penser que le bien-être animal aurait constitué une cause prioritaire pour les écologistes, or, ils se sont montrés discrets y compris à la suite de l'arrêt de la Cour de Justice européenne du 17 décembre dernier, rendant un jugement concernant la Région flamande qui a interdit l'abattage d'animaux sans étourdissement. N'est-ce pas un bon exemple à suivre pour la Région bruxelloise ? Défendre l'idée que la Région Bruxelles-Capitale serait un cas à part sur ce point est un non-sens. Que faut-il voir, alors, dans ce positionnement ?

Un islam rigoriste de plus en plus revendicateur

Pour situer les enjeux, il y a, certainement, une sociologie bruxelloise à considérer avec une guerre ouverte assumée qui met en rivalité Ecolo avec le PS. Disons que sur le terrain de la chasse aux voix de la diversité, le PS a joué la carte du clientélisme dans plusieurs communes. Il a participé à installer le profil du musulman plus enclin à faire valoir l'affichage religieux qu'à respecter le principe de neutralité pendant ses heures de travail. Ecolo va encore plus loin dans sa démarche. Les verts cherchent, en réalité, à établir le communautarisme ethnique et religieux comme référentiel social pour siphonner le vote "musulman". Avant d'y parvenir, il faudrait casser la neutralité ! Jamais ce principe conçu au bénéfice de toutes et tous, pour ne tolérer aucun privilège au profit des uns ni aucune discrimination au détriment des autres, n'a été aussi décrié. Certains allant même le réduire à un instrument de discriminations visant exclusivement les musulmans. Faux !

Un simple détour historique permet d'entrevoir que "cette neutralité s'est développée à l'encontre de la visibilité et des avantages dont bénéficiait l'Eglise catholique pour des raisons liées à l'Histoire, et c'est seulement depuis peu qu'elle est réinterprétée en référence à des cultes minoritaires, en particulier l'islam", comme l'écrit Vincent de Coorebyter, professeur à l'ULB. C'est parce que l'islam connait une poussée rigoriste que la neutralité est contestée par certains de ses coreligionnaires. En Belgique, nous sommes de plus en plus confrontés à ce phénomène. Dans l'édition du Le Monde de vendredi dernier, un article, fruit d'une large enquête, intitulé "Le "paradoxe" du fait religieux en entreprise", révèle deux tendances opposées qu'on pourrait résumer ainsi : une tendance majoritaire à la sécularisation et une autre très minoritaire provenant de revendications rigoristes dans le monde du travail. "Ces préoccupations sont principalement liées à l'islam (dans 73 % des cas observés) et, dans une moindre mesure, au catholicisme (20 %), au judaïsme (15 %) et au protestantisme évangélique (13 %). Les musulmans et les évangéliques sont "les plus visibles". Les premiers dans une proportion bien plus importante que les seconds", révèle le même article qui affirme qu'en France, plus des deux tiers des entreprises sont concernées, de façons différentes, par la question du religieux.

A Bruxelles, une pression de plus en plus forte exercée sur les musulmans laïques

Qu'en est-il dans notre pays ? Nous sommes d'avis que le phénomène de visibilisation de l'islam rigoriste sur les lieux travail est beaucoup plus répandu, à Bruxelles, qu'il n'y parait. On serait même étonné par l'ampleur de cette problématique sous-estimée et totalement sous-documentée. Plusieurs de nos membres et sympathisants sont en mesure de partager leurs expériences allant toutes dans un même sens : une pression de plus en plus forte pour se conformer au rituel du mois de ramadan, au port du voile islamique, à la consommation de repas halal, à une stricte séparation entre musulmans et non musulmans, entre femmes et hommes. Mais qui s'en préoccupe réellement ? Après la banalisation du voile islamique sur les lieux de travail, quelle sera la prochaine étape ?

Par Collectif Laïcité Yallah

Les signataires : Malika Akhdim, militante féministe et laïque, Radouane El Baroudi, cameraman ; Djemila Benhabib, politologue et écrivaine ; Yeter Celili, militante féministe et laïque ; Bahar Kimyongur, activiste des droits humains ; Kaoukab Omani, éducatrice ; Abdel Serghini, réviseur d'entreprises ; Jamila Si M'Hammed, militante féministe et laïque ; Sam Touzani, artiste-citoyen.

En effet, dans l'interview accordée, au Le Soir, parue le vendredi dernier, Rajae Maouane, la coprésidente d'Ecolo, se frotte les mains de la condamnation de la STIB dans l'affaire qui l'oppose à une plaignante voilée s'estimant lésée en raison de ses convictions et de son genre. Cet enthousiasme de la coprésidente d'Ecolo ne fait que confirmer la stratégie adoptée par son parti qui consiste à visibiliser le port du voile islamique au parlement, dans l'administration publique et dans l'enseignement, quitte à liquider le principe absolu de la neutralité de l'Etat et de ses agents qui garantit, pourtant, une rigoureuse égalité des droits entre tous les citoyens et entre toutes les organisations convictionnelles. Quant à l'insinuation d'étendre la portée d'un tel jugement, Patrick Charlier, le président d'Unia, (partie prenante dans le litige aux côtés de la plaignante) affiche un peu plus de prudence. Dans la même édition du journal Le Soir, le patron d'Unia, souligne que "le "poids" jurisprudentiel d'une décision prise par un tel tribunal n'est par ailleurs pas égal à un arrêt de la Cour de cassation ou de la Cour européenne de justice."Ecolo : un appétit immodéré pour le communautarismeD'ailleurs, depuis l'éviction brutale, en septembre dernier, du conseiller communal Ecolo de Molenbeek, Karim Majoros, le parti assume une ligne intransigeante sur le port des signes convictionnels dans la fonction publique, avec en prime une absence de débat à l'interne. L'affaire Majoros aura révélé trois choses sur le fonctionnement de cette formation politique, la brutalité de ses méthodes, son manque de transparence, et son appétit immodéré à instrumentaliser la "diversité" pour flatter un électorat potentiel. Pour illustrer ce dernier point, il suffit de rappeler la triste histoire du tract Ecolo des élections de 2019, distribué au marché de Laeken, préconisant notamment le port du voile islamique dans les administrations et dans l'enseignement en plus d'autoriser l'abattage sans étourdissement. En effet, contrairement à la Flandre et à la Wallonie, Bruxelles n'interdit pas l'abattage sans étourdissement préalable, on aurait pu penser que le bien-être animal aurait constitué une cause prioritaire pour les écologistes, or, ils se sont montrés discrets y compris à la suite de l'arrêt de la Cour de Justice européenne du 17 décembre dernier, rendant un jugement concernant la Région flamande qui a interdit l'abattage d'animaux sans étourdissement. N'est-ce pas un bon exemple à suivre pour la Région bruxelloise ? Défendre l'idée que la Région Bruxelles-Capitale serait un cas à part sur ce point est un non-sens. Que faut-il voir, alors, dans ce positionnement ? Un islam rigoriste de plus en plus revendicateurPour situer les enjeux, il y a, certainement, une sociologie bruxelloise à considérer avec une guerre ouverte assumée qui met en rivalité Ecolo avec le PS. Disons que sur le terrain de la chasse aux voix de la diversité, le PS a joué la carte du clientélisme dans plusieurs communes. Il a participé à installer le profil du musulman plus enclin à faire valoir l'affichage religieux qu'à respecter le principe de neutralité pendant ses heures de travail. Ecolo va encore plus loin dans sa démarche. Les verts cherchent, en réalité, à établir le communautarisme ethnique et religieux comme référentiel social pour siphonner le vote "musulman". Avant d'y parvenir, il faudrait casser la neutralité ! Jamais ce principe conçu au bénéfice de toutes et tous, pour ne tolérer aucun privilège au profit des uns ni aucune discrimination au détriment des autres, n'a été aussi décrié. Certains allant même le réduire à un instrument de discriminations visant exclusivement les musulmans. Faux ! Un simple détour historique permet d'entrevoir que "cette neutralité s'est développée à l'encontre de la visibilité et des avantages dont bénéficiait l'Eglise catholique pour des raisons liées à l'Histoire, et c'est seulement depuis peu qu'elle est réinterprétée en référence à des cultes minoritaires, en particulier l'islam", comme l'écrit Vincent de Coorebyter, professeur à l'ULB. C'est parce que l'islam connait une poussée rigoriste que la neutralité est contestée par certains de ses coreligionnaires. En Belgique, nous sommes de plus en plus confrontés à ce phénomène. Dans l'édition du Le Monde de vendredi dernier, un article, fruit d'une large enquête, intitulé "Le "paradoxe" du fait religieux en entreprise", révèle deux tendances opposées qu'on pourrait résumer ainsi : une tendance majoritaire à la sécularisation et une autre très minoritaire provenant de revendications rigoristes dans le monde du travail. "Ces préoccupations sont principalement liées à l'islam (dans 73 % des cas observés) et, dans une moindre mesure, au catholicisme (20 %), au judaïsme (15 %) et au protestantisme évangélique (13 %). Les musulmans et les évangéliques sont "les plus visibles". Les premiers dans une proportion bien plus importante que les seconds", révèle le même article qui affirme qu'en France, plus des deux tiers des entreprises sont concernées, de façons différentes, par la question du religieux. A Bruxelles, une pression de plus en plus forte exercée sur les musulmans laïques Qu'en est-il dans notre pays ? Nous sommes d'avis que le phénomène de visibilisation de l'islam rigoriste sur les lieux travail est beaucoup plus répandu, à Bruxelles, qu'il n'y parait. On serait même étonné par l'ampleur de cette problématique sous-estimée et totalement sous-documentée. Plusieurs de nos membres et sympathisants sont en mesure de partager leurs expériences allant toutes dans un même sens : une pression de plus en plus forte pour se conformer au rituel du mois de ramadan, au port du voile islamique, à la consommation de repas halal, à une stricte séparation entre musulmans et non musulmans, entre femmes et hommes. Mais qui s'en préoccupe réellement ? Après la banalisation du voile islamique sur les lieux de travail, quelle sera la prochaine étape ? Par Collectif Laïcité Yallah Les signataires : Malika Akhdim, militante féministe et laïque, Radouane El Baroudi, cameraman ; Djemila Benhabib, politologue et écrivaine ; Yeter Celili, militante féministe et laïque ; Bahar Kimyongur, activiste des droits humains ; Kaoukab Omani, éducatrice ; Abdel Serghini, réviseur d'entreprises ; Jamila Si M'Hammed, militante féministe et laïque ; Sam Touzani, artiste-citoyen.