En soi, elle était sans grande difficulté apparente mais le patient avait une maladie peu connue qui demandait des précautions particulières. En début d'intervention, le professeur Primo interroge l'anesthésiste (qui était par ailleurs son épouse, chef du service d'anesthésie) :

- "Est-ce qu'on a bien pris tous les renseignements à propos du cas particulier de cet homme ?".

- "Oui, oui, Georges, rassure-toi".

Il insiste :

- "Mais je voudrais savoir si l'on s'est complètement informé ?".

- "Oui, oui, deux assistants ont passé la journée d'hier à la bibliothèque pour se documenter sur cette maladie".

Il réattaque : "Moi, je voudrais savoir si on a demandé aux gens qui savent".

Et là il a enfin eu la réponse qu'il attendait : "Oui, j'ai moi-même téléphoné à Hambourg et à Paris, où ils ont eu récemment un cas de ce genre, ils m'ont fait part de leur expérience et j'ai reçu tous les renseignements".

Chez nous, on a appelé des botanistes et des météorologistes pour nous renseigner sur comment accommoder un fruit tout-à-fait inconnu et en faire un plat goûteux. C'est raté. Mieux aurait valu faire appel à des cuisiniers et des jardiniers de potagers, d'horizons différents, mais avec la même culture, celle du bien manger, qui auraient pu s'adjoindre des spécialistes variés, connaisseurs des fruits d'apparence similaire, des goûts, des modes de cuisson, ... Si vous voulez un beau jardin, demandez à un paysagiste, un potager de qualité, à un jardinier, mais pas à un botaniste. Et pourtant la botanique est une science, pas le jardinage.

De même, pour le Covid on a rassemblé des virologues, qui voient les choses au travers d'un microscope et des épidémiologistes, qui les regardent avec une longue vue, bref quasi personne qui les observe à hauteur de l'être humain. C'est raté. Ces scientifiques ont donné des avis évolutifs forcément faux, puisque face à ce virus inconnu aucun d'entre eux n'était devin, dominés qu'ils ont été par un principe de précaution autoritaire, qui est ancré sur le danger de l'inconnu et de la peur qu'il inspire et bloque donc par définition toute anticipation, bref rien de constructif ni de rassurant.

Pour les incohérences, on a été servi : Walibi et Aqualibi, oui, la Foire du Midi, non. Dans le Thalys et les avions, côte à côte oui, dans les théâtres et les salles de concert, non, les musées aux grands espaces vidés des habituels seniors qui se tiennent à l'abri, refusés aux écoles, pourtant bien encadrées. Le masque à vélo mais pas pour le joggeur, qui avancent pourtant à la même vitesse sur des pistes similaires (en France, c'est l'inverse !).

Pour le Covid, nous aurions dû rassembler "les gens qui savent", c'est-à-dire des médecins (savants), qui ont pour même culture de soigner des malades, provenant d'horizons différents (internistes, généralistes, infectiologues, intensivistes, microbiologistes, ...), qui se seraient adjoints d'autres spécialistes connaisseurs de l'être humain et de notre société, en épidémiologie mais aussi en psychologie, sciences sociales, économie (commerce et industrie), enseignement, éducation, vie culturelle, ... Ils auraient pu se concerter pour indiquer aux autorités politiques les options de dépistage adaptées au moment et donner des opinions en prise directe sur la vie quotidienne, à les transformer en avis motivés, en mesures claires et simples que chacun pouvait comprendre et allait donc appliquer, que l'on pouvait insérer dans une logique explicative incorporant la certitude évolutive que la vérité d'aujourd'hui ne serait pas celle de demain, même si on la comprenait de mieux en mieux, ce qui était rassurant et c'était important de le dire.

Nombre de voix bien plus éminentes que la mienne, en particulier médicales, mais aussi économiques, sociales, éducatives, s'élèvent ces derniers temps pour exprimer des sentiments similaires.

Les politiques prennent leurs décisions dans l'intérêt général, on peut l'espérer, mais dans l'urgence, c'est souvent à courte vue et surtout avec un oeil attentif sur l'influence qu'elles auront sur leur avenir personnel. La crise politique qui semble aujourd'hui prendre le dessus n'aide pas à rassembler des responsables qui aient la (bonne) volonté de se rendre prêts à écouter "des gens qui savent", connaisseurs de l'être humain, de ses maladies, de ses comportements et de ses réactions, pour communiquer des messages raisonnables et des mesures simples à comprendre et à appliquer. Mais même si l'humilité n'est pas une grande vertu politique, on peut espérer que tout ne soit pas perdu, car il est grand temps de redresser la barre, avec un retour à la sagesse de mesures cohérentes et de conseils équilibrés et crédibles, qui prennent en compte l'intérêt de tous les citoyens.

Dr Patrick Guérisse, Médecine interne et Médecine d'Urgence

Professeur émérite à L'Ecole de Santé Publique de l'ULB

En soi, elle était sans grande difficulté apparente mais le patient avait une maladie peu connue qui demandait des précautions particulières. En début d'intervention, le professeur Primo interroge l'anesthésiste (qui était par ailleurs son épouse, chef du service d'anesthésie) : - "Est-ce qu'on a bien pris tous les renseignements à propos du cas particulier de cet homme ?". - "Oui, oui, Georges, rassure-toi". Il insiste : - "Mais je voudrais savoir si l'on s'est complètement informé ?". - "Oui, oui, deux assistants ont passé la journée d'hier à la bibliothèque pour se documenter sur cette maladie". Il réattaque : "Moi, je voudrais savoir si on a demandé aux gens qui savent". Et là il a enfin eu la réponse qu'il attendait : "Oui, j'ai moi-même téléphoné à Hambourg et à Paris, où ils ont eu récemment un cas de ce genre, ils m'ont fait part de leur expérience et j'ai reçu tous les renseignements". Chez nous, on a appelé des botanistes et des météorologistes pour nous renseigner sur comment accommoder un fruit tout-à-fait inconnu et en faire un plat goûteux. C'est raté. Mieux aurait valu faire appel à des cuisiniers et des jardiniers de potagers, d'horizons différents, mais avec la même culture, celle du bien manger, qui auraient pu s'adjoindre des spécialistes variés, connaisseurs des fruits d'apparence similaire, des goûts, des modes de cuisson, ... Si vous voulez un beau jardin, demandez à un paysagiste, un potager de qualité, à un jardinier, mais pas à un botaniste. Et pourtant la botanique est une science, pas le jardinage. De même, pour le Covid on a rassemblé des virologues, qui voient les choses au travers d'un microscope et des épidémiologistes, qui les regardent avec une longue vue, bref quasi personne qui les observe à hauteur de l'être humain. C'est raté. Ces scientifiques ont donné des avis évolutifs forcément faux, puisque face à ce virus inconnu aucun d'entre eux n'était devin, dominés qu'ils ont été par un principe de précaution autoritaire, qui est ancré sur le danger de l'inconnu et de la peur qu'il inspire et bloque donc par définition toute anticipation, bref rien de constructif ni de rassurant. Pour les incohérences, on a été servi : Walibi et Aqualibi, oui, la Foire du Midi, non. Dans le Thalys et les avions, côte à côte oui, dans les théâtres et les salles de concert, non, les musées aux grands espaces vidés des habituels seniors qui se tiennent à l'abri, refusés aux écoles, pourtant bien encadrées. Le masque à vélo mais pas pour le joggeur, qui avancent pourtant à la même vitesse sur des pistes similaires (en France, c'est l'inverse !). Pour le Covid, nous aurions dû rassembler "les gens qui savent", c'est-à-dire des médecins (savants), qui ont pour même culture de soigner des malades, provenant d'horizons différents (internistes, généralistes, infectiologues, intensivistes, microbiologistes, ...), qui se seraient adjoints d'autres spécialistes connaisseurs de l'être humain et de notre société, en épidémiologie mais aussi en psychologie, sciences sociales, économie (commerce et industrie), enseignement, éducation, vie culturelle, ... Ils auraient pu se concerter pour indiquer aux autorités politiques les options de dépistage adaptées au moment et donner des opinions en prise directe sur la vie quotidienne, à les transformer en avis motivés, en mesures claires et simples que chacun pouvait comprendre et allait donc appliquer, que l'on pouvait insérer dans une logique explicative incorporant la certitude évolutive que la vérité d'aujourd'hui ne serait pas celle de demain, même si on la comprenait de mieux en mieux, ce qui était rassurant et c'était important de le dire. Nombre de voix bien plus éminentes que la mienne, en particulier médicales, mais aussi économiques, sociales, éducatives, s'élèvent ces derniers temps pour exprimer des sentiments similaires. Les politiques prennent leurs décisions dans l'intérêt général, on peut l'espérer, mais dans l'urgence, c'est souvent à courte vue et surtout avec un oeil attentif sur l'influence qu'elles auront sur leur avenir personnel. La crise politique qui semble aujourd'hui prendre le dessus n'aide pas à rassembler des responsables qui aient la (bonne) volonté de se rendre prêts à écouter "des gens qui savent", connaisseurs de l'être humain, de ses maladies, de ses comportements et de ses réactions, pour communiquer des messages raisonnables et des mesures simples à comprendre et à appliquer. Mais même si l'humilité n'est pas une grande vertu politique, on peut espérer que tout ne soit pas perdu, car il est grand temps de redresser la barre, avec un retour à la sagesse de mesures cohérentes et de conseils équilibrés et crédibles, qui prennent en compte l'intérêt de tous les citoyens.Dr Patrick Guérisse, Médecine interne et Médecine d'Urgence Professeur émérite à L'Ecole de Santé Publique de l'ULB