Trente ans depuis l'adoption de ce texte novateur qui institue quatre principes fondamentaux - la non-discrimination, l'intérêt supérieur de l'enfant, le droit de vivre, survivre et se développer ainsi que le respect des opinions de l'enfant - imposant des obligations contraignantes aux 190 États l'ayant ratifié. Ce texte a marqué un tournant dans la manière dont les enfants sont perçus : d'objets ils deviennent des sujets de droits à part entière. Nous pouvons en être fiers.

Trente ans de droits et de principes devenus réalité pour de nombreux enfants partout dans le monde. Trente ans durant lesquels une majorité des États ont adopté des législations plus protectrices et émancipatrices pour les enfants. Les gouvernements ont agi contre les violences et l'exploitation des enfants, le taux d'éducation primaire est en augmentation alors que la mortalité infantile a décru de moitié depuis 1990. On ne peut que saluer le travail des associations de terrain et de tous les services dédiés à l'enfance qui s'évertuent à faire de ces droits une réalité quotidienne.

Trente ans d'avancées certes, mais à l'épreuve des faits, on ne peut que dresser un constat amer sur la situation actuelle des droits de l'enfant dans le monde, au sein de l'Union européenne mais aussi en Belgique. Pauvreté infantile avec un enfant sur quatre en risque de pauvreté en Europe, accès à l'éducation pas garanti, droits des enfants migrants bafoués, enfants migrants détenus avec un impact grave sur leur développement, droits des enfants et familles LGBTI menacés, enfants européens de combattants étrangers abandonnés dans les camps en Syrie, conclusion d'accords commerciaux avec des États où le travail des enfants est légion, le décès d'un enfant sur quatre dans le monde lié directement ou indirectement aux risques environnementaux... À l'épreuve des faits, les grands principes ne sont plus que chimères.

Trente ans que nous ignorons le fait que les choix politiques que nous faisons et que le projet politique que nous portons ont un impact direct sur la vie et le futur des enfants. Comme nous le rappellent les jeunes qui marchent pour le climat, les filles qui s'expriment pour faire valoir leurs droits et leur place à égalité dans nos sociétés, ce sont elles et eux les premier.e.s bénéficiaires... ou victimes, des décisions que nous prenons.

À nous, adultes d'aujourd'hui, de ne pas attendre 30 ans de plus pour rendre ce monde digne de nos enfants. N'attendons plus pour que les principes de la CIDE deviennent réalité, ayons de l'ambition et cette responsabilité pour les futures générations. Mettre en oeuvre les droits des enfants, c'est permettre à nos enfants de devenir des citoyen.ne.s critiques, actif.ve.s, créatif.ve.s, responsables et solidaires.

Trente ans. La meilleure manière de célébrer cet anniversaire, c'est d'inclure les droits consacrés par la CIDE dans l'ensemble des législations, des politiques, des fonds européens et des budgets nationaux. C'est de faire de l'intérêt supérieur de l'enfant une réalité et non plus un vain principe resté lettre morte. C'est d'agir de manière telle que nos décisions d'adultes tiennent compte de la parole des enfants et des jeunes afin de rendre leur avenir désirable et certain.

Signataires :

Saskia Bricmont, Députée européenne, co-présidente de l'Intergroupe "Droits des enfants" au Parlement européen

Antoine Bertrand, Échevin de la jeunesse (Woluwe-Saint-Pierre)

Anaïs Camus, Échevine de la petite enfance (Ixelles)

Matthieu Daele, Député Ecolo au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Valerie Delporte, Députée Wallonne et à la Fédération Wallonie-Bruxelles

Carine Henry, Présidente du CPAS (Floreffe), avec les compétences scabinales de la petite enfance et de la jeunesse

Pierre-Yves Lux, Député au Parlement Bruxellois et au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Arnaud Pinxteren, Échevin de la petite enfance (Ville de Bruxelles)

Julien Sluys, Échevin de la jeunesse (Ecaussinnes)

Michèle Visart, Échevine de la petite enfance, de l'ATL et de la jeunesse (Gesves)