Le moment n'est sans doute pas choisi par hasard. Alors que les jeunes souffrent davantage que les autres des restrictions sanitaires, et que leur avis n'est pas pris en compte, des partis de la majorité - écologistes et libéraux ensemble - déposent sur la table du parlement une proposition de loi pour anticiper le droit de vote à 16 ans aux élections européennes.
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Le moment n'est sans doute pas choisi par hasard. Alors que les jeunes souffrent davantage que les autres des restrictions sanitaires, et que leur avis n'est pas pris en compte, des partis de la majorité - écologistes et libéraux ensemble - déposent sur la table du parlement une proposition de loi pour anticiper le droit de vote à 16 ans aux élections européennes.Le sujet fait l'objet d'un accord politique figé dans la déclaration gouvernementale de la Vivaldi. "Le droit de vote à 16 ans (pour les élections européennes), c'est l'opportunité de montrer aux jeunes que leur opinion compte alors qu'ils ont démontré leur capacité de mobilisation politique", souligne le député Ecolo Guillaume Defossé. "C'est un choix pro-politique, pro-jeunes, pro-Europe", insiste son collège Groen Kristof Calvo. La proposition est cosignée par les libéraux flamands Egbert Lachaert (président de l'Open VLD) et Patrick Dewael. "Nous cosignerons le texte avec grand plaisir", précise lui aussi Georges-Louis Bouchez, président du MR." L'ambition de renouveler notre démocratie est exprimée dans l'accord de gouvernement, qui vise en effet à "renforcer la confiance des citoyens dans la politique en tant que force positive, en faisant du renouveau démocratique une priorité", précise le préambule de la proposition de loi. Concrètement, l'accord de la Vivaldi prévoit cette avancée en ces termes : "Nous abaisserons l'âge de vote aux élections euro-péennes à 16 ans. Le jeune qui souhaitera voter dans ce cadre devra s'inscrire au registre des électeurs de sa commune. Dès lors qu'il se sera inscrit, il sera soumis à l'obligation de voter.""La discussion sur l'abaissement à seize ans de l'âge requis pour voter ne date pas d'hier, des individus et des organisations plaidant en effet depuis plusieurs années pour l'abaissement de cet âge, soulignent les auteurs de la proposition. En 1997, par exemple, le Conseil de l'Europe proposait déjà d'abaisser à seize ans l'âge requis pour voter à certaines élections. Cette proposition a désormais près de vingt-cinq ans. Quelques années plus tard, en mai 2002, le Sénat belge a organisé une réunion du Parlement de la jeunesse qui a réuni des jeunes de douze à dix-huit ans. Au cours de cette séance, une résolution réclamant le droit de vote pour tous dès l'âge de seize ans, à tous les niveaux de pouvoir, et quelle que soit leur nationalité a été adoptée à l'unanimité."Le sujet a tardé à se concrétiser parce que le renouveau démocratique a rarement fait l'objet d'une priorité dans les discussions politiques belges. En outre, les calculs politiques ne sont jamais absents de ce genre de modifications : certains partis pourraient en profiter davantage que d'autres. Les études réalisées dans des pays où la décision a été prise montrent que les partis radicaux et les écologistes sortent les grands gagnants devant les libéraux là où le vote n'est pas obligatoire. Dans tous les cas de figure, ce sont les socialistes qui sont les grands perdants - ce n'est pas pour rien que le PS a mis du temps à s'y résigner.Les mentalités ne sont pas toujours prêtes à intégrer cette avancée, non plus. Les jeunes de 16 ans ont-ils une culture politique assez développée que pour prendre part au débat? Un préalable n'est-il pas le développement de l'éducation citoyenne à l'école ? Ne risquent-ils pas d'être tentés par des votes 'extrêmes' ? Ces débats reviennent chaque fois que le sujet est sur la table, en Belgique comme ailleurs.Ce n'est pas un hasard si l'on souhaite avant tout débuter l'expérience au niveau européen. Le compromis politique s'est mis d'accord sur cette piste parce que c'est là que se jouent les enjeux d'avenir. "L'Europe est L'ENJEU d'avenir et cet avenir appartient aux jeunes, souligne Georges-Louis Bouchez. Les intégrer plus fortement au débat permettra les réformes nécessaires." Le non-dit ? En réalité, l'Europe est surtout une forme de laboratoire, là où les modifications des résultats seraient les plus faibles. Histoire de ne fâcher aucun membre de la Vivaldi.