La majestueuse et monumentale tortue de Jan Fabre domine Namur du promontoire le plus avancé de sa Citadelle. Envisagée sous l'angle de la métamorphose en cours de la capitale wallonne, l'oeuvre, baptisée Searching for Utopia, en devient une formidable métaphore. L'animal incarne la lenteur du processus avec sur son dos un cavalier impatient d'accélérer le mouvement. Tel le bourgmestre Maxime Prévot s'escrimant à transformer Namur en profondeur, et cela depuis 2012.
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La majestueuse et monumentale tortue de Jan Fabre domine Namur du promontoire le plus avancé de sa Citadelle. Envisagée sous l'angle de la métamorphose en cours de la capitale wallonne, l'oeuvre, baptisée Searching for Utopia, en devient une formidable métaphore. L'animal incarne la lenteur du processus avec sur son dos un cavalier impatient d'accélérer le mouvement. Tel le bourgmestre Maxime Prévot s'escrimant à transformer Namur en profondeur, et cela depuis 2012. "A l'époque, je relevais que notre ville s'est trop longtemps comportée en bourgade de province, conservatrice, craintive du changement, endormie. Qu'il fallait à nouveau bomber le torse, assumer pleinement notre statut de capitale de la Wallonie et propulser Namur et son potentiel créatif dans le XXIe siècle sans sacrifier son charme et sa richesse." Voilà pour l'intention. Quant à la vision, elle tient en un masterplan de réaménagement de la corbeille namuroise façon puzzle dont les pièces, lentement mais sûrement, se découpent et s'emboîtent. Avec à la manoeuvre... Prévot lui-même! "Notre bourgmestre est aussi notre bouwmeester", ironise Stéphanie Scailquin, l'échevine de l'Urbanisme. Le "maître-architecte" est en tout cas satisfait que les premiers éléments de son meccano urbain prennent enfin forme: la passerelle l'Enjambée, le téléphérique, le parking Confluence... Et que d'autres se terminent: l'aménagement du Grognon/Confluence accueillant le NID, un espace techno-futuriste d'interaction citoyenne bientôt inauguré, comme l'a été le pôle musical du Grand Manège ce 3 septembre et, au printemps 2022, sa nouvelle salle de spectacle classique de huit cents places. Maxime Prévot croise à présent les doigts pour que ses projets pour la zone nord de la corbeille, notamment ceux controversés du quartier Léopold/gare, clôturent enfin leur interminable parcours d'obtention de permis et autorisations pour sortir de terre avant la fin de son deuxième mandat en 2024. Le maïeur explique: "Il y a plus de dix ans, on a d'emblée identifié toutes les pièces du puzzle à interconnecter. Je comprends qu'on s'interroge sur la pertinence de chaque chantier pris isolément. Mais plus on élargit la vue hélicoptère, plus la logique d'ensemble d'un schéma cohérent saute aux yeux." Cohérence, vision, logique? Hélène Ancion, chargée de mission chez Inter-Environnement Wallonie, en doute. "Les projets de ville, c'est souvent un grand sac dans lequel on fourre toutes les demandes qui arrivent, les envies des politiques de traiter certains quartiers, les souhaits d'entrepreneurs de bâtir des projets, assène la spécialiste aménagement du territoire et urbanisme de l'IEW. Enquiller des projets monumentaux ici et là ne résout rien. Surtout en matière de mobilité, qui est le casse-tête endémique de Namur." Ce jugement et les critiques récurrentes des associations réunies sous la coupole "Ramur" glissent sur la carapace du bourgmestre, aussi dure que celle de la tortue de Fabre. Prévot se tient à sa logique précise et argumentée. Le meilleur exemple étant le choix d'accueillir un grand centre commercial dans la zone nord de la corbeille namuroise, à hauteur du quartier Léopold/gare appelé à être réaménagé de fond en comble. Un projet sur lequel tirent à boulets rouges les associations Amis de la Terre et Namur 2080... "Ce n'est pas plutôt Namur 1880?", tacle le bourgmestre. Les associations lui rendent bien sa férocité en jouant l'obstruction systématique depuis une décennie. Concernant l'implantation du pôle commercial, le débat s'est cristallisé sur la sauvegarde du square Léopold. La disparition du petit parc prévue par le projet de la ville fait grimper ses détracteurs aux arbres en péril. Maxime Prévot justifie la création du pôle commercial comme une réponse à un défi plus global. "Ce choix est réfléchi et répond à deux réalités. Primo, depuis plus de vingt ans, Namur a systématiquement éteint toutes les velléités d'opérateurs privés et promoteurs à créer des gigapôles commerciaux dans sa périphérie. Tous étaient alléchés par notre pouvoir d'achat supérieur à la moyenne wallonne et notre offre commerciale loin d'être saturée. Mais nous savions que partout ailleurs, les centres commerciaux périurbains ont tué le coeur des villes. In fine, on s'est dit: pour éliminer cette menace, autant saturer nous-mêmes l'offre commerciale en accueillant un grand centre commercial au coeur de la ville, à l'image de Maastricht." Le bourgmestre poursuit: "Etudes et experts sont toujours arrivés à la même conclusion, c'est au quartier Léopold/Nord que ce nouveau pôle de commerces doit s'installer, mais en connexion directe avec l'axe commercial existant des rues de Fer et de l'Ange vers le sud. Nous faisons le pari qu'une porosité naturelle opérera entre le futur grand centre commercial et la myriade de plus petits commerces de l'hypercentre. Mais que de temps perdu en blocages, notamment sur la disparition nécessaire du square Léopold, qui sera largement compensée par un nouveau parc urbain d'une superficie double dans le quartier des Dames Blanches. L'intention de la ville est aussi de reverdir l'ensemble de ses espaces publics réaménagés en y plantant à terme un total de dix mille arbres. Le square doit aussi disparaître car on veut que ne subsiste aucun obstacle (naturel ou artificiel) entre les zones nord et sud du nouvel axe commercial afin que s'installe une communication naturelle, fluide entre les deux pôles, une réelle dynamique d'émulation urbaine au profit des commerces du centre en pleine mutation et fragilisés, notamment par des loyers exorbitants." A son tour, l'échevine de l'Urbanisme et de l' Attractivité urbaine, Stéphanie Scailquin plaide: "Notre politique est ambitieuse, volontariste, tournée vers l'augmentation de l'offre de nouveaux logements pour accueillir plus de familles. Que ce soit au futur quartier Léopold ou dans celui des Casernes repensé et totalement modernisé pour début 2023, nous voulons densifier les quartiers, les verduriser et redynamiser l'économie locale. On revitalise aussi des lieux culturels comme le Musée africain. Nous allons créer un nouveau palais de justice, une nouvelle bibliothèque, une halle aux produits frais, etc. Plusieurs quartiers namurois en souffrance iront mieux grâce à ce projet global d'aménagement. Après s'être d'abord occupés du bas de la ville - avec la Confluence, le téléphérique, la place Maurice Servais, libérée des voitures, piétonne et enrichie de terrasses -, le nouveau défi est vraiment la réhabilitation du quartier de la gare et la métamorphose du centre-ville, passé il y a un an en zone 20 et où le piétonnier sera élargi vers le nord."