Volatilité. Si l'année financière 2016 ne devait se résumer qu'à un mot, ce serait sans conteste celui-là. Pas la peine de chercher quelque éclaircie à l'horizon, après la période de turbulences économiques traversée depuis 2008. Les prévisions augurent un ciel sinon complètement sombre, du moins sérieusement troublé. Un violent orage venu de Chine ou des Etats-Unis peut s'abattre à tout moment sur la planète finance. Mais il peut aussi bien passer son chemin sans même avoir déversé quelques gouttes...
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Volatilité. Si l'année financière 2016 ne devait se résumer qu'à un mot, ce serait sans conteste celui-là. Pas la peine de chercher quelque éclaircie à l'horizon, après la période de turbulences économiques traversée depuis 2008. Les prévisions augurent un ciel sinon complètement sombre, du moins sérieusement troublé. Un violent orage venu de Chine ou des Etats-Unis peut s'abattre à tout moment sur la planète finance. Mais il peut aussi bien passer son chemin sans même avoir déversé quelques gouttes... Les spécialistes du climat boursier ne sont, du coup, pas unanimes quant aux scénarios concrets à envisager, rappelant en préambule que les prévisions financières ne sont pas une science exacte mais souvent un pari, qui peut se révéler chanceux ou malheureux. Tous s'accordent néanmoins sur une trame de fond : incertitude, risques, prudence ! Mais pas de panique, s'empressent-ils d'ajouter : mieux vaut faire le gros dos en attendant le retour de la stabilité. Quelques conseils avisés peuvent même permettre de garder le cap. Voici les dix principales tendances qui devraient rythmer 2016. La hausse des taux des comptes d'épargne, ce ne sera pas pour demain. Voilà bien la seule certitude en 2016. Epargnants, il faudra vous y résoudre : l'argent qui dort sur vos livrets continuera à ne rien vous rapporter, ou si peu. En 2013, la meilleure offre émanant des banques flirtait avec les 2,5 % et beaucoup trouvaient déjà cela riquiqui. Trois ans plus tard, la proposition la plus alléchante atteint péniblement les 1,20 % (0,10 % de taux de base et 1,10 % de prime de fidélité). Plus bas, ce serait indécent. Pourtant, une baisse des rendements n'est pas à exclure. "Si la loi ne l'interdisait pas, beaucoup appliqueraient un taux à zéro, voire négatif", assure Thierry Ternier, CEO de Keytrade Bank. Il existe effectivement un garde-fou légal, empêchant de descendre sous les 0,01 % de taux de base et 0,10 % de prime de fidélité. Certaines banques les frôlent déjà et d'autres pourraient les imiter. Merci qui ? Merci la Banque centrale européenne (BCE) ! C'est elle qui fixe le taux directeur, "taux de référence dans l'économie, décrit Oscar Bernal, professeur de finance à l'université de Namur. S'il est très bas, tous les autres acteurs s'alignent". Or, il reste inchangé (0,05 %) et historiquement faible. Le contexte économique européen, encore fébrile, n'incitera pas la BCE à revoir sa position. " Pour cela, il faudrait une forte accélération de la croissance et une hausse de l'inflation, ce qui n'est pas à l'ordre du jour", estime Bernard Bemelmans, senior investment advisor chez Belfius. La BCE n'a pas prévu de modifier sa politique, basée sur le rachat de dettes publiques et privées, avant mars 2017. Voire au-delà si nécessaire. D'ici là, les comptes d'épargne continueront à rapporter des clopinettes. Certaines banques se montrent plus généreuses que d'autres. Un lot de consolation pour les épargnants, même s'il se révèle plutôt maigre. Etant donné le contexte global, personne ne peut promettre de rendement follement supérieur à la moyenne. Cela vaut tout de même le coup de vérifier. Prenons un épargnant qui placerait 10 000 euros sur un livret et n'y toucherait plus. Au bout d'un an et un mois, il pourra recevoir 121 euros de la part de la banque la plus généreuse du moment (soit Optima, selon le simulateur Wikifin). Contre à peine... 6 euros chez la plus radine (en l'occurrence Beobank et son compte d'épargne classique). Les banques en ligne offrent les conditions les plus attractives. Logique, fait remarquer Oscar Bernal (UNamur). "Contrairement aux grosses banques qui ont pignon sur rue et qui doivent mobiliser des coûts fixes importants, elles possèdent une structure de coûts plus légère qui leur permet de mieux rémunérer l'épargne collectée." Elles ne s'en privent pas. Depuis quelques années, ces nouveaux joueurs online ont déferlé sur la Belgique. MoneYou, NIBC Direct, PSA, Evi, Optima... Tous attirés comme des mouches par la colossale épargne des Belges (260,82 milliards au dernier décompte). "Il n'est pas exclu que d'autres acteurs fassent leur apparition, poursuit le professeur de finance. Mais la taille du gâteau n'est pas extensible à l'infini, or de plus en plus d'acteurs se le partagent déjà." Toute la question reste de savoir ce que ces outsiders deviendront une fois qu'ils auront capté leur part de marché. Parviendront-ils à toujours offrir des rendements supérieurs à leurs mastodontes de concurrents ? "Il n'y a rien de plus facile que d'afficher un taux important. Après, cela dépend de la manière dont ces nouveaux venus gèrent le risque", glisse Thierry Ternier. Réaliste ou mauvais perdant, le CEO de Keytrade Bank ?Elles sont quand même astucieuses, ces grandes banques. Rester les bras croisés pendant que quelques hardis tentent de leur piquer leur épargne ? Pas leur genre ! Leur position est toutefois ambiguë. D'un côté, ces dépôts leur coûtent bonbon et elles se passeraient bien de devoir les rémunérer, aussi peu le font-elles. De l'autre, elles ne peuvent se permettre de laisser filer leur clientèle. Pour évacuer ce dilemme, plusieurs d'entre elles ont créé l'épargne rationnée. C'est nouveau, ça vient de sortir. Et ce sera leur produit phare pour 2016. Le principe : des taux plus élevés que ceux pratiqués sur leurs comptes classiques. Mais - il y a un mais - les ménages ne peuvent pas y déposer plus d'un certain montant par mois ou par an. Alléchant ? Pas de réjouissance hâtive, répond Nicolas Claeys, analyste financier chez Test-Achats. "Cela démontre toute l'ingéniosité des banques pour tenter de contenter leurs clients insatisfaits", pointe-t-il, n'hésitant pas à qualifier ce mécanisme d'" arnaque légale". A trois niveaux, selon lui. "D'abord, grâce à cela, elles continuent d'apparaître dans le haut des classements sur les simulateurs. Les gens voient qu'elles sont en bonne position, sont contents et ne vont pas chercher plus loin. Ensuite, elles proposent de très faibles taux de base et une prime de fidélité élevée. Ce qui signifie que l'argent doit rester en compte un an pour en bénéficier." Or, lorsque l'épargne est rationnée mensuellement, la prime de fidélité au bout d'un an ne s'appliquera qu'au premier mois de versement. Et ainsi de suite. "On n'obtient jamais le rendement total. Les banques ne paient jamais ce qu'elles ont annoncé, certifie Nicolas Claeys. Pour que ce soit intéressant, il faut laisser son argent au moins trois ans. Ou alors en retirer un douzième tous les mois. Mais qui fait ça ?" Cerise sur le gâteau, puisque les montants sont limités, le risque d'un transfert massif de l'épargne est évité. Ou comment les grandes institutions bancaires ont inventé le triple win. Mais pas win-win. Les Belges sont-ils " durs de comprenure ?" Voilà des années que les spécialistes répètent que les comptes d'épargne rapportent des clopinettes. Pourtant, ils s'y accrochent massivement. En fait, les Belges sont surtout prudents, toujours marqués par les débâcles boursières et les crises successives. " Ils l'adorent, leur livret, sourit Thierry Ternier (Keytrade Bank). Malgré la baisse des taux, on constate une certaine inertie. Mais c'est en train de changer." Il faudrait presque se pincer pour y croire, mais les banques sont formelles. Leurs clients commencent à s'intéresser à d'autres types de placements, davantage rémunérateurs. Bon, ce n'est guère la ruée vers l'or. Plutôt une évolution timorée. " Pas mal d'investisseurs ont attendu que les taux des comptes d'épargne remontent, or ça fait cinq ans qu'ils chutent. Ils sont passés à côté de l'opportunité. Certains se décident enfin à faire quelque chose", observe Bernard Bemelmans (Belfius). Après des années de hausse ininterrompue, l'encours sur les livrets d'épargne commence à décroître. A son paroxysme, en juin dernier, il s'élevait à 262,94 milliards. En novembre 2015, dernier décompte disponible, il était descendu à 260,82 milliards. "Il faut voir si cette diminution ne s'explique pas en partie par le fait que les ménages ne prennent plus la peine de déposer leur argent sur leur compte d'épargne et le laissent sur leur compte à vue", nuance Nicolas Claeys (Test-Achats). Reste que celui qui a décidé de partir à la recherche d'autres solutions n'a peut-être pas choisi la meilleure année, 2016 étant marquée au fer rouge par l'incertitude. Prudence ? "Oui et non, répond Bernard Bemelmans. La prudence, ce serait de laisser son argent sur un compte d'épargne. Or, ça ne rapporte rien. Donc, si on veut du rendement, il faut prendre davantage de risques. Mais pas n'importe comment. On peut se protéger en rallongeant l'horizon d'investissement et en misant sur les actions." " Il faut faire de la volatilité un allié !", ajoute Xavier Timmermans, stratège à la banque privée de BNP Paribas Fortis. Facile à dire, mais apparemment pas impossible à faire. Les actions seront les stars des portefeuilles en 2016. Tout le monde va en parler, les scruter, les courtiser. Il n'y a pas de secret : c'est vers elles qu'il faudra se tourner pour obtenir un peu de rendement. Rien de faramineux. Après cinq belles années sur le plan boursier, les experts s'attendent à un tassement. "On ne croit pas non plus dans un scénario catastrophe, insiste Xavier Timmermans (BNB Parisbas Fortis). La croissance économique mondiale est faible, mais tout de même suffisante pour engendrer une croissance des bénéfices, donc une hausse modeste de la Bourse. Par exemple, pour la Bourse européenne, 8 à 10 %, c'est le maximum qu'on peut espérer. Donc, il faut oser acheter, mais pour conserver. Garder la tête froide malgré la volatilité." En d'autres termes, ce n'est pas le moment de jouer au boursicoteur en revendant à la moindre baisse. Acheter, oui, mais pas d'un coup. "Plutôt progressivement, comme s'il s'agissait d'un plan d'épargne mensuel, conseille Thierry Ternier (Keytrade Bank). Car toujours acheter au plus bas et vendre au plus haut, ce n'est pas possible. Avoir beaucoup d'actifs et diversifier dans le temps, c'est le meilleur moyen d'éviter les grandes fluctuations dans les placements." La diversification du portefeuille reste le maître mot. Aussi au niveau géographique (lire ci-après) et sectoriel. Certains secteurs ont davantage la cote. "On pourrait envisager celui des technologies, qui semble porteur du fait de la digitalisation de l'économie, du développement de l'e-commerce, des besoins en sécurisation...", cite Bernard Bemelmans (Belfius). Des secteurs très défensifs, comme les soins de santé, ont aussi le vent en poupe car peu sensibles aux fluctuations de l'économie. Certains évoquent aussi les biotechnologies, les causes environnementales (traitement de l'eau, des déchets...), etc. En revanche, rares sont ceux à parier un kopeck sur l'énergie, crise des matières premières oblige. Du coup, l'industrie - qui en est la première impactée - ne récolte pas les faveurs des analystes. Bien mal inspiré serait l'investisseur qui placerait tout en obligations. C'est bien simple, elles ne rapportent rien. "Sur le long terme, les rendements des actions seront supérieurs à ceux des obligations", estime Jérôme van der Bruggen, head of investments private banking chez Degroof Petercam. Pire, elles pourraient faire perdre de l'argent, elles qui ont pourtant la réputation d'être si sécurisantes. "Le risque est peut-être là où on ne l'attendait pas, avance Nicolas Claeys (Test-Achats). Les taux sont actuellement très faibles. S'ils repartent à la hausse d'ici trois ou quatre ans, l'argent sera bloqué avec une obligation. Et si on la revend avant terme, ce sera à un tarif moins cher. Enfin, si l'inflation reprend vigueur, par exemple à 3-4 %, mais que le coupon est à 1 %, on aura perdu de l'argent. C'est une fausse sécurité." Cela ne veut pas dire qu'il faille toutes les éjecter de son portefeuille. Une bonne diversification rime aussi avec (un peu) d'obligations. "Depuis presque trente ans, elles ne font que baisser. Alors d'ici sept, voire dix ans, il y a des chances que les taux remontent, prédit Geert Van Herck, chief strategist pour la banque privée Keytrade. Ce qu'il faut, c'est diminuer la duration du portefeuille, à deux, trois, quatre ans maximum." Mieux vaut éviter pour l'instant celles émises par les Etats, dont la performance est au ras des pâquerettes. Par contre, pourquoi pas quelques obligations d'entreprises. Notamment les high yield, soit les émissions obligataires à haut rendement. Quid des obligations convertibles, ces produits hybrides pouvant à terme être transformés en actions ? Chez BNP Paribas Fortis, on est pour, estimant qu'il s'agit là d'un moyen d'être exposé à des actifs risqués sans trop s'enhardir. Chez Degroof Petercam, en revanche, on n'affiche pas de préférence. La volatilité se manifeste aussi dans les avis d'experts...Dans le monde boursier, il n'est pas rare que les premiers deviennent les derniers. Et vice versa. Alors qu'auparavant l'Europe n'était pas franchement la destination la plus recommandée, elle se retrouve désormais au top de toutes les prévisions des analystes ! "L'économie européenne est celle qui nous rend le plus enthousiaste, clame Jérôme van der Bruggen (Degroof Petercam). C'est là que nous identifions le plus de potentiel et même le plus de surprises positives. " Ah bon, l'économie européenne va si bien que cela et on ne nous dit rien ? "Ce n'est pas non plus une croissance fulgurante. Peut-être autour des 1,5 - 1,6 %", ajoute-t-il. Cela reste toutefois suffisant pour produire un impact positif sur la Bourse. "La zone euro n'est pas bon marché, mais elle n'est pas excessivement chère non plus. Les perspectives de croissance sont intéressantes, la politique de la BCE rend le coût de l'argent accessible, la consommation reprend et l'euro faible soutient les entreprises exportatrices", synthétise Bernard Bemelmans (Belfius). Les grands pays (France, Allemagne, Pays-Bas, voire même l'Espagne) restent les plus attractifs. Par contre, certains experts conseillent d'éviter les pays hors zone euro. Comme la Grande-Bretagne, sur laquelle plane la crainte du "brexit" et dont les industries ont déjà été plus performantes. Ou encore la Suisse, surévaluée. L'Europe de l'Est, bien que toujours exposée à des risques géopolitiques avec la Russie, ne serait pas à bannir. "En 2015, cette zone ne s'est pas trop mal comportée. Cela pourrait continuer en 2016", présage Xavier Timmermans (BNP Paribas Fortis). Les apparences sont trompeuses. A première vue, les Etats-Unis semblent avoir le vent en poupe depuis plusieurs années. A contrario, la Chine semble mal en point, handicapée par un ralentissement économique. Et si c'était juste l'inverse ? Personne n'osera affirmer le contraire : la Chine n'est pas au mieux de sa forme. Elle qui était la championne de la croissance perd de sa superbe. L'usine du monde connaît un fléchissement dans ses exportations. Puis son marché boursier, encore adolescent, doit évacuer ses maladies de jeunesse. Prendre ses distances serait toutefois une erreur. "Les doutes à l'égard de la Chine sont exagérés, pense Geert Van Herck (Keytrade). Elle est dans une phase de changement et on risque quelques chocs. Mais il ne faut pas oublier que l'économie croît annuellement de 5 à 6 %, nettement plus qu'en Europe !" La consommation interne sauve l'empire du Milieu. Les salaires s'améliorent, la classe moyenne consomme de plus en plus, ce qui compense la baisse des exportations. "Nous ne pensons pas qu'il y aura un risque d'atterrissage brutal ou de récession, abonde Jérôme van der Bruggen (Degroof Petercam). A nos yeux, les pouvoirs publics disposent des moyens financiers et techniques nécessaires pour piloter un changement en douceur." La Chine reste incontournable sur la carte des pays émergents. Et bien plus recommandée que l'Amérique du Sud ou le Brésil, gros producteurs de matières premières qui souffrent pleinement de l'actuelle chute du baril. Pour les Etats-Unis, en revanche, les avis sont nettement plus mitigés. D'un côté, l'industrie américaine montre des signes de faiblesse. De l'autre, la consommation interne bat toujours son plein. Les salaires ont progressé, le chômage a reculé, la politique longtemps conciliante de la Fed (la banque centrale américaine) a permis d'emprunter à bon compte. Il y a ceux qui voient le verre à moitié plein et qui recommandent le pays de l'oncle Sam, comme Test-Achats ou BNP Paribas Fortis. "Ils vont ralentir, il y aura peut-être 2 % de croissance en 2016, mais ce sera suffisant pour avoir une hausse des bénéfices de l'entreprise", entrevoit Xavier Timmermans.Puis il y a ceux qui émettent des réserves, comme Belfius ou Keytrade Bank. "On évite la Bourse US parce qu'elle est chère. Et le dollar est élevé, c'est pénalisant. Enfin, la Fed relève ses taux, donc le coût du financement pour les entreprises et les ménages augmente, ce qui pourrait freiner la consommation et les investissements", énumère Bernard Bemelmans (Belfius). Les paris sont ouverts. Faites vos jeux ! Dans le langage financier, l'immobilier n'est pas constitué de briques, mais de trois lettres : SIR, pour société immobilière réglementée. Bien que beaucoup lui préfèrent encore l'ancienne appellation, Sicafi. Peu importe le terme utilisé, le principe reste identique. Il s'agit d'investir dans des sociétés cotées qui elles-mêmes investissent dans l'immobilier (immeubles, maisons de repos, kots...) La Belgique en compte des tas. Et les spécialistes voient cela d'un bon oeil. "C'est un bon moyen de diversification, plaide Geert Van Herck (Keytrade). Il s'agit d'un secteur très défensif, qui en plus offre des dividendes intéressants." "On est favorable aux Sicafi belges et à l'immobilier européen en général", approuve Xavier Timmermans (BNP Paribas Fortis). Par contre, la situation n'est pas la plus propice pour commencer à acquérir immeubles et maisons à tout-va. "Ce n'est pas un investissement de tout repos et beaucoup d'incertitudes planent", prévient Bernard Bemelmans (Belfius). Et de citer l'éventualité d'une taxe sur les revenus locatifs, les incertitudes au niveau des pensions (permettront-elles encore de se payer un loyer une fois le troisième âge atteint ?), les risques de tomber sur des mauvais payeurs... Bref, "ce n'est plus un aussi bon investissement qu'avant". Non, les investisseurs ne se découvrent pas tout à coup une conscience. La plupart d'entre eux restent obnubilés par le rendement, tant pis si cela engendre des dégâts éthiques collatéraux. Toutefois, l'intérêt pour les investissements socialement responsables croît lentement mais sûrement. "C'est une petite tendance, pas encore très marquée, relate Bernard Bemelmans (Belfius). Même si les gens restent en général préoccupés par le court terme, agissent dans l'urgence, tentent de réagir face à la volatilité..." "On note une demande provenant d'une certaine clientèle", constate Jérôme van der Bruggen (Degroof Petercam). Certains ne souhaitent pas placer leurs billes dans telle ou telle firme, parce que son secteur d'activité est contestable, parce que leur politique sociale est douteuse, parce qu'elles font peu de cas de l'environnement... Et préfèrent privilégier les sociétés non polémiques et les secteurs "propres". Cette petite vague va-t-elle se transformer en lame de fond et bouleverser les us et coutumes ? Trop tôt pour le dire. La réponse à cette question dépendra sans doute de celle apportée à une autre interrogation : l'alternative éthique offre-t-elle les mêmes rendements ? "Ce sujet fait débat, ce n'est pas tranché", admet Jérôme van der Bruggen. Vu les tumultes annoncés en 2016, il y a fort à parier que les investissements socialement responsables resteront l'exception plutôt que la priorité. Un dossier de Mélanie Geelkens, coordonné par Philippe Berkenbaum Illustrations : Sonia Klajnberg