Qui a tué Naya ? La question est sur toutes les lèvres. Les dernières images de la première louve à avoir établi son territoire dans nos contrées depuis plus de 100 ans datent d'avant l'été. Le 10 mai, elle a été aperçue, en pleine gestation, sur l'une des cinquante caméras surveillant jour et nuit la région où elle évoluait. Elle a ensuite disparu des radars.
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Qui a tué Naya ? La question est sur toutes les lèvres. Les dernières images de la première louve à avoir établi son territoire dans nos contrées depuis plus de 100 ans datent d'avant l'été. Le 10 mai, elle a été aperçue, en pleine gestation, sur l'une des cinquante caméras surveillant jour et nuit la région où elle évoluait. Elle a ensuite disparu des radars.Une enquête a été menée par l'Agence (flamande) pour la Nature et les Forêts (ANB), "mais malgré toute une série d'efforts, il n'y a toujours pas de trace de la louve et de ses louveteaux". L'animal était suivi à la trace grâce à un collier émetteur - devenu inactif avec le temps - installé dans le cadre d'une étude scientifique menée en Pologne.Les jeunes devraient être âgés de quatre mois et demi à l'heure actuelle et aucun d'entre eux n'a été aperçu. Le loup mâle, surnommé August, qui nourrissait Naya pendant sa grossesse comme il est de coutume chez ces animaux, est indemne et a encore été aperçu ce week-end sur des images de caméras. En juin déjà, August se comportait comme s'il était à nouveau un animal solitaire.L'ANB avance: "On peut supposer que, si la louve a été tuée, les auteurs de ce crime environnemental sont entrés dans la zone de nidification afin de rechercher la louve et ses petits dans le nid et de les y tuer de manière ciblée et délibérée". Si Naya avait été tuée, ses petits n'auraient eu aucune chance de toute façon, ils seraient morts de faim.La cellule Inspection de l'Agence pour la nature et la Forêt en Flandre est convaincue qu'un acte malveillant de braconniers est à l'origine de la mort présumée de la louve. Les hypothèses de l'empoisonnement ou d'une maladie ont été écartées. La cellule a en effet mis la main sur un piège à loup, mais également vu deux chasseurs en flagrant délit disposant d'un fusil chargé et prêt à l'emploi, relève-t-elle. "Les loups se trouvaient dans une zone inaccessible où personne ne peut se trouver en principe. L'acte était donc bien préparé, par des professionnels", indique la cellule dans un communiqué lundi. Si cette dernière ne dispose pas à l'heure actuelle de preuve tangible - aucun cadavre de l'animal n'a été découvert - tous les soupçons se portent sur des chasseurs. De nombreux experts sont eux aussi convaincus que la mort de Naya leur est imputable.Hubertus Vereniging Vlaanderen, l'association qui réunit les chasseurs flamands, vérifie de son côté si une plainte pour diffamation peut être déposée contre les travailleurs du centre Natuurhulp Opglabbeek et Welkom Wolf. L'association n'accepte pas que des chasseurs soit soupçonné par ces organisations d'avoir abattu la louve.Comme de nombreux loups se trouvent dans les pays voisins, les experts pensent qu'il y a de grandes chances pour qu'un couple de loups vienne s'installer rapidement dans nos régions. Une attente que partage le WWF. "Les populations (de loups) se portent de mieux en mieux dans nos pays voisins. On compte environ 12.000 loups en Europe", souligne l'organisation de protection de l'environnement qui va jusqu'à qualifier la mort de Naya de "honte pour la Belgique!""Naya était la première louve à avoir établi son territoire en Belgique depuis plus de 100 ans", situe le WWF qui demande des mesures de protection renforcées. "La Belgique doit rapidement mettre en place des mesures améliorant la cohabitation. Nous devons renforcer les actions de sensibilisation et de communication pour permettre aux hommes et aux loups de vivre ensemble", poursuit l'antenne belge de l'organisation environnementale. L'organisation recommande notamment à la Wallonie, seule région d'Europe occidentale à ne pas avoir de Plan loup, d'en élaborer un. Ce plan prévoirait une stratégie de suivi scientifique du loup dans la Région, une aide aux éleveurs pour protéger leurs animaux et rembourser les dommages au besoin, et une stratégie de communication vers le grand public et vers certains acteurs clés de l'environnement: les éleveurs, les naturalistes ou les chasseurs. En Wallonie, cinq loups ont été repérés ces deux dernières années, deux dans les Hautes-Fagnes, un près de Neufchâteau, un autre à Havelange. Le premier signalement remonte à 2016, près de La Roche en Ardenne. Un de ces grands carnivores, au moins, a élu domicile dans le sud du pays.Cinq signalements, cela ne signifie pas pour autant que cinq loups se sont installés en Wallonie, précise Le Soir. Certains y élisent domicile comme le loup repéré sur le plateau des Hautes Fagnes mais les autres loups repérés en Wallonie sont peut-être juste de passage. "Au moins une vingtaine de loups pourraient avoir traversé la Wallonie en passant sous les radars", estime Alain Licoppe, coordinateur du Réseau Loup wallon dans Le Soir. "On voit que le loup revient de plus en plus chez nous, détaille de son côté dans le quotidien francophone Corentin Rousseau, expert au WWF. C'est dans la logique des choses : une centaine de meutes sont installées en Allemagne et autant en France. Ces meutes "produisent" des jeunes qui partent à la recherche de nouveaux territoires. Il est logique qu'ils arrivent chez nous. On peut s'attendre à ce que de plus en plus de loups passent par notre pays et potentiellement s'établissent dans nos forêts".Selon les informations du Soir, le Réseau Loup finalise un plan de gestion d'une durée de cinq ans qui sera présenté prochainement au ministre de l'environnement. Outre une stratégie de communication à destination des professionnels et du grand public, il proposera la possibilité d'adapter à la baisse des plans de tir dans les chasses les plus impactées par le loup. Il y a 57.500 moutons en Wallonie (et 11.350 chèvres) dont 34 % dans des élevages professionnels de 50 brebis et plus. Le dispositif actuel d'indemnisation en cas de dégâts - entre 125 et 12.500 euros - est limité aux exploitants. Or, plus de 50 % des moutons wallons sont détenus par des particuliers détaille le quotidien. On pourrait leur étendre la possibilité d'indemnisation comme en Allemagne. Par ailleurs, le plan évoquera l'introduction d'un soutien public aux mesures de protection des élevages (clôtures, chiens, etc.). L'Europe autorise une indemnisation à 100 %.En Flandre, où le loup (plus précisément la louve Naya) a fait sa réapparition début 2018 après 100 ans d'absence, le WWF a lancé une "wolf fencing team", des équipes de bénévoles qui vont assister les éleveurs dans l'érection de clôtures. L'organisation est prête à en faire de même en Wallonie, là où un loup est considéré comme installé. Mais il faut qu'un cadre légal soit prêt. Entre-temps, il y a des preuves qu'au moins un autre loup est passé dans le Limbourg cette année. L'Institut de Recherche Naturelle et Forestière (RIOB) le confirme dans une de ses dernières publications. Des rapports indiquent qu'un nouveau loup a fait surface. Quoi qu'il en soit, il est clair que les loups continueront à venir en Flandre. S'il reste où il est maintenant, le mâle August ne sera pas seul longtemps."La mort de Naya n'est en aucun cas la fin de l'histoire du loup en Flandre", avance L'Institut de Recherche Naturelle et Forestière (RIOB). Ce n'est que le début. La première tentative de reproduction a peut-être échoué, mais il ne fait aucun doute que de nombreuses autres tentatives suivront. Pourchassé par l'homme, repoussé par l'industrialisation et l'urbanisation, le loup sauvage avait progressivement disparu de la quasi-totalité de l'Europe de l'ouest depuis le début du XXème siècle. Mais il a entamé un retour depuis les années 1990, comme en France où il est remonté vers le nord depuis les Alpes italiennes. Le loup s'est très bien comporté cette année en Allemagne et une reproduction réussie a été observée aux Pays-Bas.