En 2019, un peu moins d'un an avant que le coronavirus ne se répande dans le monde, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) publiait une liste des dix plus grandes menaces planétaires pour la santé publique. À côté de dangers bien connus comme le changement climatique, les maladies de civilisation et la résistance aux antibiotiques, on y trouvait également le scepticisme croissant vis-à-vis des vaccins. Lever entièrement ces doutes permettrait de sauver près d'un million et demi de vies supplémentaires, selon son rapport, qui évoque notamment les milliers de morts provoqués chaque année par la résurgence de la rougeole du fait des réticences envers la vaccination.
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En 2019, un peu moins d'un an avant que le coronavirus ne se répande dans le monde, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) publiait une liste des dix plus grandes menaces planétaires pour la santé publique. À côté de dangers bien connus comme le changement climatique, les maladies de civilisation et la résistance aux antibiotiques, on y trouvait également le scepticisme croissant vis-à-vis des vaccins. Lever entièrement ces doutes permettrait de sauver près d'un million et demi de vies supplémentaires, selon son rapport, qui évoque notamment les milliers de morts provoqués chaque année par la résurgence de la rougeole du fait des réticences envers la vaccination. À l'époque, il n'était évidemment pas encore question de ce coronavirus qui a déjà tué 2,7 millions de personnes ; et l'impact du "vaccinoscepticisme" sur la pandémie reste impossible à évaluer à l'heure actuelle. "Il s'agit certainement d'un problème majeur à l'échelon mondial, commente le Pr Ramaekers. Au niveau belge, une grande partie de la population semble toutefois disposée à se faire vacciner. Au cours de la phase 1A (vaccination des résidents et du personnel des maisons de repos), la compliance était extrêmement élevée, particulièrement en Flandre. La situation est un peu plus compliquée en Belgique francophone, influencée par la France, où le scepticisme vaccinal est fort." Le Pr Dirk Ramaekers est médecin, spécialiste en médecine interne et docteur en pharmacologie ; c'est lui qui, en 2002, a présidé à la naissance du Centre Fédéral d'Expertise des Soins de Santé (KCE). Il est également professeur d'evidence-based healthcare à la KU Leuven. Il occupait jusqu'il y a peu le poste de directeur médical de l'hôpital Jessa à Hasselt. Depuis ce 1er mars, il se consacre à temps plein et avec un formidable dynamisme à la gestion de la Task Force et de la campagne de vaccination. "Il existe deux grandes catégories de sceptiques: les personnes qui ont des doutes et des questionnements justifiés concernant les vaccins covid, et les vrais opposants, les antivaccins", explique le Pr Dirk Ramaekers. Si la Task Force consacre beaucoup d'énergie à bien informer le premier groupe, notamment par le biais de la presse, de webinaires avec des spécialistes ou de sites internet, elle ne s'attarde guère sur le second. "Ceux qui se méfient de la science ou qui pensent que la campagne de vaccination est motivée par de mauvaises intentions changeront rarement d'avis", résume le médecin. Même ceux qui se tâtent ne sont pas toujours faciles à convaincre, notamment du fait des questions qui restent sans réponse comme le risque d'effets secondaires à plus long terme des vaccins ou leur efficacité contre les variantes futures du coronavirus. Même la science ne peut donc pas toujours apaiser les craintes. "Là encore, nous pouvons expliquer la situation avec des informations claires et transparentes ; la population peut comprendre que nous n'avons pas réponse à tout. En contrepartie, elle constate les bénéfices de ces vaccins sur la charge des infections sévères, les hospitalisations et la mortalité associées à la covid-19." Le spécialiste admet néanmoins que les retards de livraison des vaccins ne contribuent pas à rassurer les foules. "Malheureusement, nous n'avons aucune prise sur ces problèmes. Le programme doit être adapté sans cesse en fonction des vaccins disponibles." Une réalité qui n'est pas moins frustrante pour la Task Force que pour la population... Président de la Task Force vaccination, on imagine que ce n'est pas un emploi routinier. "Non, vraiment pas, confirme Dirk Ramaekers en riant. La cadence est infernale et il ne se passe pas un jour sans imprévu. J'ai presque perdu l'habitude d'avoir du temps libre! On a un peu l'impression d'être en permanence sur des montagnes russes. Il faut donc une bonne dose de résistance au stress. Heureusement, je peux m'appuyer sur une équipe solide, motivée et portée par un même objectif, ce qui génère une formidable énergie positive. Sans eux, ce serait la débandade. Et la vision de Pedro Facon (commissaire au coronavirus, ndlr.) représente une aide précieuse." Dans l'ensemble, Dirk Ramaekers pose un regard plutôt positif sur la gestion belge de la crise. "Il y a parfois quelques lenteurs du fait des différents niveaux de pouvoir, mais le fait que le monde politique écoute les scientifiques est un réel soulagement. Une stratégie evidence-based a toujours été le fil rouge de ma carrière et le travail est infiniment plus agréable quand les ministres ont à coeur de respecter les recommandations scientifiques." Mi-mars, la Belgique a ainsi été l'un des rares États-membres de l'Union européenne à ne pas suspendre la vaccination par le vaccin AstraZeneca, parce que les données scientifiques ne le justifiaient pas. Les pays qui ont choisi de le faire ont tous repris la vaccination quelques jours plus tard.