Le 15 juin dernier, le Belge d'origine rwandaise Thomas Ngeze (27 ans), qui a vécu à Bruges, étudié le droit à Gand, et travaillait depuis peu dans un bureau d'avocats à Johannesburg, était retrouvé mort, pendu, dans une chambre d'hôtel de la métropole sud-africaine. Un mois et demi plus tard, le 29 juillet, Pieter-Jan Staelens (35 ans), ancien avocat et actif dans le domaine de l'énergie verte, périssait dans sa voiture en flammes le long d'une route d'Hermanus, toujours en Afrique du Sud. Des coups de feu auraient été entendus juste avant.
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Le 15 juin dernier, le Belge d'origine rwandaise Thomas Ngeze (27 ans), qui a vécu à Bruges, étudié le droit à Gand, et travaillait depuis peu dans un bureau d'avocats à Johannesburg, était retrouvé mort, pendu, dans une chambre d'hôtel de la métropole sud-africaine. Un mois et demi plus tard, le 29 juillet, Pieter-Jan Staelens (35 ans), ancien avocat et actif dans le domaine de l'énergie verte, périssait dans sa voiture en flammes le long d'une route d'Hermanus, toujours en Afrique du Sud. Des coups de feu auraient été entendus juste avant. Les deux hommes s'étaient connus à Bruges. Pieter-Jan était devenu le mentor de Thomas, l'avait soutenu dans ses démarches en Belgique (où il est arrivé en 1997) et prenait régulièrement de ses nouvelles. C'est donc tout naturellement que la famille Ngeze a pris contact avec Pieter-Jan afin qu'il s'occupe des formalités de rapatriement et tente d'en savoir plus sur cette mort jugée suspecte, qu'elle attribue aux services rwandais. Pieter-Jan en aurait-il eu confirmation, et l'aurait-on fait taire ? Thomas Ngeze souffrait d'un lourd passé familial. Son père, Hassan Ngeze, a été condamné par le Tribunal pénal international d'Arusha à la prison à vie pour son rôle durant le génocide de 1994. Ce Hutu était le fondateur de Kangura, un des " médias de la haine " qui avait appelé à exterminer les Tutsis. En 2007, sa peine (qu'il purge au Mali) a été commuée en trente-cinq ans de détention, et l'heure d'une libération anticipée approche. Cette éventualité a suscité beaucoup d'émoi au Rwanda. Le régime de Kigali aurait-il voulu envoyer un " message " à son père ? A moins que le fils n'ait été puni pour avoir refusé de jouer le jeu des autorités, après avoir accepté en 2014 une invitation à retourner au pays. Si la famille Ngeze est persuadée qu'il y a une connexion entre les deux décès, le père de Pieter-Jan ne croit guère à une implication de Kigali. Il n'empêche que cette affaire en évoque d'autres, notamment l'assassinat, en 2014, de Patrick Karegeya, l'ex-chef des services secrets rwandais, qui a fui son pays en 2007. La scène de crime ? Egalement une chambre d'hôtel de Johannesburg, Karegeya ayant été étranglé à l'aide d'un cordon de rideau. L'enquête n'a rien donné, mais deux mois plus tard, la maison à Johannesburg d'un autre dissident rwandais, le général Faustin Nyamwasa, qui a déjà échappé à deux tentatives d'attentat, était mise à sac. Pretoria avait fini par expulser trois diplomates rwandais. Les exécutions à l'étranger d'opposants rwandais incitent désormais ceux-ci à la plus grande prudence. En Belgique, qui abrite une importante diaspora, certains exilés bénéficient d'une protection de la Sûreté de l'Etat. " Nous avons été informés de l'existence d'escadrons de la mort rwandais en Europe ", révélait récemment Guy Rapaille, président sortant du comité R (qui chapeaute les services de renseignement, lire aussi page 22). " Quiconque trahit notre cause ou souhaite du mal à notre peuple deviendra une victime. Il reste seulement à savoir comment il le deviendra ", a proféré un jour Paul Kagame. Concernant les deux décès, le parquet fédéral belge a ouvert des enquêtes distinctes. Reste à voir si un lien sera établi.