L'aviation a tenu un rôle important durant la Seconde Guerre mondiale. Dès 1939, la Grande-Bretagne a déployé ses bombardiers de façon stratégique contre les ports allemands. A partir de mai 1940, lorsque l'Allemagne a conquis la Belgique, les Pays-Bas et la France, les bombardements aériens des sites industriels allemands sont restés un des seuls moyens de contre-offensive jusqu'au Débarquement. C'est durant cette période que la Royal Air Force a vu naître son Commandement des bombardiers, au sein duquel un million de personnes (des pilotes mais aussi du personnel d'entretien, de restauration, de formation et de production) ont été impliqués au cours des cinq années de guerre. Ses équipages figurent parmi les corps de la RAF ayant subi les plus lourdes pertes durant le conflit, avec la mort de 55 000 jeunes hommes.
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L'aviation a tenu un rôle important durant la Seconde Guerre mondiale. Dès 1939, la Grande-Bretagne a déployé ses bombardiers de façon stratégique contre les ports allemands. A partir de mai 1940, lorsque l'Allemagne a conquis la Belgique, les Pays-Bas et la France, les bombardements aériens des sites industriels allemands sont restés un des seuls moyens de contre-offensive jusqu'au Débarquement. C'est durant cette période que la Royal Air Force a vu naître son Commandement des bombardiers, au sein duquel un million de personnes (des pilotes mais aussi du personnel d'entretien, de restauration, de formation et de production) ont été impliqués au cours des cinq années de guerre. Ses équipages figurent parmi les corps de la RAF ayant subi les plus lourdes pertes durant le conflit, avec la mort de 55 000 jeunes hommes. Les missions de bombardement à bord des lourds quadrimoteurs, dont l'Avro Lancaster, s'avéraient particulièrement périlleuses : lourdement chargés de bombes et de carburant à l'aller, ces avions prenaient feu rapidement lorsqu'ils étaient touchés par des chasseurs allemands, ce qui fut d'autant plus souvent le cas à partir de 1941, lorsque les Allemands s'équipèrent de stations radars qui leur permettaient de guider leurs avions de chasse vers leurs cibles, même dans l'obscurité... Seul un membre d'équipages de bombardiers de la RAF sur quatre survécut ! Des passionnés recherchent aujourd'hui les épaves des 4 000 à 5 000 avions abattus sur le continent durant le conflit, pour mieux retracer leur histoire. A Glabbeek, la carcasse du bombardier Lancaster qui s'était écrasé dans un pré, rue Pamelen, le 5 mars 1945, a conservé ses mystères durant plus de septante et un ans. Quel événement avait provoqué sa chute ? L'avion revenait-il bien d'une mission de bombardement en Allemagne ? Restait-il encore sur place des restes des sept membres de l'équipage ? Comme les 169 autres bombardiers qui avaient décollé ce jour-là de Waterbeach, près de Cambridge, en Angleterre, pour attaquer une raffinerie de pétrole située à Gelsenkirchen, au nord-ouest de l'Allemagne, le Lancaster NN775 de la 514e escadrille de la RAF transportait sept aviateurs : un pilote, un navigateur, un bombardier, un opérateur radio, un ingénieur de vol et deux mitrailleurs. Aux côtés du pilote, le lieutenant d'aviation irlandais Holman Kerr (23 ans), avaient pris place le sergent Sidney Smith (21 ans), le bombardier Frank Clarke, le sergent Christopher Hogg (20 ans), le sergent William Marsden (20 ans), tous les cinq originaires du Royaume-Uni, ainsi que le sergent Allan Olsen (20 ans), venu de Toowoomba, dans le Queensland, en Australie, et du sergent Herbert Thomas (23 ans), provenant de la Jamaïque. L'ancienne île aux esclaves, après avoir gagné son autonomie au milieu des années 1940, venait d'accéder, en 1944, au suffrage universel, mais est restée, depuis lors, membre du Commonwealth, même après son indépendance en 1962. La présence dans les troupes de la RAF de jeunes hommes des Caraïbes, noirs de peau, a sans doute contribué à faire reculer les discriminations raciales dans la société de l'époque. International, cet équipage avait la particularité, comme beaucoup d'autres, d'être constitué de jeunes recrues, pas pour autant sans expérience : chacun de ses membres avait reçu une instruction de plusieurs années, et comptait de nombreuses heures d'entraînement... Opérationnels depuis le 18 février 1945, Holman Kerr et ses hommes avaient déjà mené à bien six missions de bombardement. Un équipage devait en réaliser une trentaine avant d'être retiré temporairement des opérations, mais le moral était excellent : le jour de la septième mission, cela faisait un mois que la 514e escadrille n'avait perdu aucun bombardier. Ce 5 mars au matin, le Lancaster NN775 a décollé de la piste de Waterbeach chargé d'une bombe de 2 000 kg et de 12 autres projectiles de 250 kg chacun. L'avion a sans doute atteint sa cible, la raffinerie de pétrole de Gelsenkirchen, cachée sous les nuages, mais sans qu'on sache encore aujourd'hui pourquoi, il s'est écrasé sur la route du retour dans une prairie du petit village belge de Bunsbeek (fusionné depuis 1977 avec celui de Glabbeek), à une vingtaine de kilomètres à l'est de Louvain, dans le Brabant flamand. Quelques reliques à peine, non reconnaissables, et ici et là un vêtement avec l'un ou l'autre nom (ceux de Frank Clarke, Sidney Smith, Christopher Hogg et Allan Olsen), retrouvés sur place après le drame puis lors de nouvelles recherches menées l'année suivante ont pu permettre de comprendre que les hommes du bombardier étaient vraisemblablement tous décédés. Mais l'absence de dépouilles complètes a laissé les familles devant un deuil difficile à accomplir. En mars 1946, l'officier Clowes, qui avait la triste mission d'investiguer tous les sites de crashs à la recherche des disparus, écrivait que les reliques étaient dans un tel état que leur examen n'avait pas permis de savoir si elles appartenaient à cinq ou sept victimes... Ces restes ont néanmoins été enterrés dans le jardin de l'hôpital d'Heverlee, dans une tombe collective surmontée de sept pierres. Un temps remplie d'eau, la fosse que l'avion avait creusée dans le sol en s'y écrasant fut plus tard comblée de terre par l'exploitant de la prairie. Ce sont deux habitants du village, André Bruyninckx et Ben Cleynens qui, en 2015, ont sollicité le bourgmestre Peter Reekmans concernant cet épisode oublié de l'histoire locale de la Seconde Guerre mondiale, qu'ils avaient redécouvert. La commune a alors décidé d'entreprendre une recherche plus approfondie avec l'aide de deux associations belges d'archéologie aéronautique, Bahaat (Belgian Aviation History Association Archaeology Team) et Planehunters. Un sondage mené au printemps 2016 a permis de vérifier l'emplacement précis de l'épave, enfouie dans le sol. Au mois d'août, la société de dépollution pyrotechnique Bom-Be a réalisé une détection supplémentaire, au moyen d'un magnétomètre, pour délimiter de façon plus précise les contours des vestiges, et pour s'assurer que la carcasse ne contenait aucune bombe. " L'étude menée par l'expert Jan Bellemans a d'emblée permis de découvrir des correspondances assez claires avec le profil d'un Avro Lancaster ", explique Cynrik De Decker, président de Bahaat et historien employé par Bom-Be. " On a ainsi pu établir la position des quatre moteurs et du fuselage, et déterminé que les vestiges étaient enfouis à une profondeur de 2 à 4 mètres dans le sol. " Ces données ont été intégrées au dossier de demande de permis de fouille envoyé à l'Agence pour le patrimoine de la Région flamande. C'est avec une certaine émotion que des fouilles ont été entamées le 11 novembre dernier. Les travaux ont duré trois jours, durant lesquels le petit village flamand de Bunsbeek a connu une effervescence inédite. Plus de 2 000 badauds se sont pressés aux abords du terrain éventré pour observer les 60 bénévoles au travail sous la direction de Simon Verdegem et Maarten Bracke, deux archéologues spécialistes des champs de bataille. Parmi eux, quelques " anciens ", comme la propriétaire du terrain Julia Van Stockstraete, se souvenaient par bribes de la stupeur qu'avait suscité, à l'époque, le fracas de l'avion sur les lieux. Des membres de l'entourage des aviateurs disparus assistaient, eux aussi, avec grande émotion, aux opérations. Présent avec sa soeur Susan, Jeffrey Temple, le neveu de Sidney Smith s'est exprimé sur les blessures vives encore ressenties par les familles endeuillées : " Sidney n'est jamais sorti de notre mémoire. Sa photo trône encore sur la cheminée, à la maison. Ces fouilles nous font faire un bond de septante ans en arrière, et nous projettent à nouveau dans la guerre. Il ne faut pas oublier, pour que cela ne recommence pas. C'est pour cela que nous avons voulu être présents. Pas seulement pour Sidney, mais pour tous les autres membres de l'équipage et pour que la mémoire subsiste. " A l'aide de bulldozers, plusieurs tonnes de vestiges du Lancaster ont été extraites de l'argile dont émanait encore une forte odeur du carburant que contenait l'avion au moment de son crash. Le matériel était déposé sur de grandes bâches, sommairement trié et conditionné pour être emmené au nettoyage et à l'inventaire, deux phases de travail toujours en cours. Les pièces découvertes seront montrées dans une exposition organisée par la commune de Glabbeek au mois de mai 2017. Avec l'étude des données enregistrées au cours de cette fouille, les pièces récupérées, telles que le fuselage, les propulseurs, les moteurs et l'alimentation en carburant, les accessoires d'oxygénation, la soute à bombes, permettront sans doute de mieux retracer les dernières heures de l'équipage du Lancaster NN775. Mais ce sont d'autres vestiges du drame qui ont provoqué le plus grand émoi lors de leur découverte : quelques objets personnels, tels que des pièces de monnaie ou une montre-bracelet, mais aussi d'autres fragments de corps humains. Selon les emplacements d'où ces vestiges ont été extraits, ils pourraient appartenir à Christopher Hogg, Holman Kerr et Allan Olsen. Après leur examen par l'anthropologue April Pijpelink, les ossements devraient rejoindre le cimetière d'Heverlee, au cours d'une cérémonie à venir, permettant peut-être enfin aux familles d'aller au bout de leur deuil.