L'an passé, en interview au Vif/ L'Express, le sénateur Alain Destexhe déplorait que son parti, le MR, n'ait " hélas, jamais fait de ces questions un enjeu électoral ". Ces questions, l'immigration et l'intégration, Alain Destexhe en parle tant qu'il en est presque devenu, au prix aussi de quelques provocations, un des dépositaires attitrés en Belgique francophone. Entre sa candidature à la tête de liste MR aux élections régionales et une sortie décisive sur le label halal du Toblerone, il publie Avant qu'il ne soit trop tard (1), 250 pages de plaidoyer en faveur d'une réduction draconienne de l'immigration. " Je ferai campagne sur les thèmes de ce livre ", nous annonce-t-il déjà alors que le MR, sonné par des communales décevantes et la rupture avec la N-VA sur fond de pacte migratoire, n'a pas encore fixé son programme sur ces questions. " Toutes les propositions reprises dans le livre ont été envoyées dans les groupes de travail pour la confection du programme électoral 2019 ", dit encore l'Ixellois.
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L'an passé, en interview au Vif/ L'Express, le sénateur Alain Destexhe déplorait que son parti, le MR, n'ait " hélas, jamais fait de ces questions un enjeu électoral ". Ces questions, l'immigration et l'intégration, Alain Destexhe en parle tant qu'il en est presque devenu, au prix aussi de quelques provocations, un des dépositaires attitrés en Belgique francophone. Entre sa candidature à la tête de liste MR aux élections régionales et une sortie décisive sur le label halal du Toblerone, il publie Avant qu'il ne soit trop tard (1), 250 pages de plaidoyer en faveur d'une réduction draconienne de l'immigration. " Je ferai campagne sur les thèmes de ce livre ", nous annonce-t-il déjà alors que le MR, sonné par des communales décevantes et la rupture avec la N-VA sur fond de pacte migratoire, n'a pas encore fixé son programme sur ces questions. " Toutes les propositions reprises dans le livre ont été envoyées dans les groupes de travail pour la confection du programme électoral 2019 ", dit encore l'Ixellois. L'immigration, avance Alain Destexhe, n'a pas été contrôlée en Belgique, par faute principalement du regroupement familial et d'un accès trop facile à la nationalité, dont sont responsables " les hommes politiques, pas du tout les personnes qui en ont profité ". Les cinq parties de l'ouvrage décrivent cette cause universelle de toute conséquence négative en un langage dont les cinq intitulés suffisent à démontrer la neutralité axiologique de son auteur (" immigration : une fuite en avant " ; " l'asile ", " le nouvel eldorado " ; " des conséquences désastreuses " ; " le défi de l'islam " ; " l'intégration ratée "). On ne reprochera bien sûr pas à Alain Destexhe de porter un regard engagé sur un phénomène qu'il considère comme primordial, mais on pourra s'interroger à bon droit sur la façon dont son moulin conservateur fait farine de tout bon grain et de toute ivraie, tant qu'ils font tourner sa meule dans son sens, des études de l'OCDE ou de la Banque nationale, mais aussi d'enquêtes à la scientificité plus que douteuse du très libéral institut Itinera ou du très droitier Parti populaire. S'appuyant sur des constats rédigés sur mesure, il tresse ses propositions. Contre des écoles musulmanes, il veut revoir le Pacte scolaire ; contre un droit d'asile trop généreux, il veut dénoncer la Convention de Genève ; contre un regroupement familial trop large, il veut réviser la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme ; et contre une intégration trop lâche des personnes immigrées, il veut s'inspirer de la très sévère politique néerlandaise. On verra bientôt si Charles Michel trouve ces idées " du mauvais côté de l'histoire ". En attendant, Le Vif/ L'Express a rencontré Alain Destexhe. " Avant qu'il ne soit trop tard ", avez-vous choisi de titrer. Mais, à lire les 250 pages qui suivent, on a l'impression que votre point de vue est qu'il est déjà trop tard, puisque vous présentez l'évolution démographique que vous redoutez comme mécaniquement inévitable désormais... Ce qui est certain, c'est que la combinaison d'un très haut niveau d'immigration historique et d'un échec relatif de l'intégration mène directement au communautarisme, à une société sans cohésion, à des problèmes économiques et sociaux majeurs, voire à la séparation du pays, compte tenu des démographies différentes entres Bruxelles et les autres régions du pays. Il est tard, oui... Mais qu'est-ce qui vous fait dire que vous pourriez arrêter cette mécanique ? L'arrêter, non. On peut la ralentir, et je pense que c'est notre devoir d'essayer de garder le contrôle de la société dans laquelle on vit. Aujourd'hui, l'immigration n'est pas contrôlée. Pourquoi ? Parce que les trois quarts de l'immigration nous échappent : c'est le regroupement familial, l'asile et la clandestinité. Là-dessus, on a peu de marge de manoeuvre, et nous devons essayer d'en retrouver, notamment sur le regroupement familial et les politiques d'intégration. Les mots que vous choisissez sont très chargés. Vous parlez d'Eldorado, de choc des civilisations, d'islamisation de l'Europe. Ce sont les mots des droites populistes qui émergent partout en Europe... J'assume tout ça. Les partis traditionnels, en particulier ceux du centre et de la droite, ont commis l'erreur historique d'abandonner les questions d'immigration à des partis d'extrême droite ou très à droite. Tout le monde est en train d'en revenir. Un récent Eurobaromètre montre que la première préoccupation des Belges et des Européens est l'immigration, donc ce n'est pas un sujet d'extrême droite. Malheureusement, vous tombez dans cette caricature qui consiste à dire que si on s'attaque, à partir de faits, à ces préoccupations, on est amalgamé à l'extrême droite. Je trouve inacceptable ce chantage journalistique et intellectuel, parce que les problèmes sont là ! Sur le fond, alors, que trouvez-vous d'inadmissible dans ce que fait Matteo Salvini en Italie, par exemple ? Il a arrêté l'arrivée des bateaux, non ? Ça aurait dû être fait bien avant par des gouvernements du centre ou de la droite. Personne ne critique non plus l'accord migratoire avec la Turquie. Qu'est-ce qui vous distingue de lui ? Il y a un ton négatif à l'égard des immigrés et des étrangers que je n'aime pas... Mais vous venez de dire que vous assumiez ce ton chargé de sens... Je ne suis pas d'accord, je n'emploie jamais de terme négatif par rapport aux étrangers. Jamais ! La différence par rapport à l'extrême droite, c'est que, un, je ne suis pas contre l'immigration, je ne veux pas l'arrêter mais la freiner. Deux, je suis pour l'intégration. Beaucoup d'étrangers s'intègrent, c'est tant mieux, et c'est une évidence ! Mais je ne me sens pas obligé de le dire à chaque phrase, sachant qu'il faut bien constater qu'il y en a trop qui ne se sont pas intégrés. Trois, je ne m'en prends aucunement aux immigrés, mais bien aux politiques menées par la Belgique. J'ai des liens profonds et personnels avec des pays africains et je n'accepte pas ces amalgames. Vous demandez une révision du Pacte scolaire qui, pourtant, fait partie de nos valeurs... C'est peut-être le point le plus sensible du livre. Il y a un problème avec les écoles musulmanes. Dans l'une d'elles, à Etterbeek, on voit des petites filles voilées de 8 ou 10 ans à peine... Il n'y en a pas encore beaucoup, mais dans le système actuel, il n'y a aucune raison qu'elles ne se multiplient pas. Je ne dis pas qu'il faut interdire les écoles musulmanes, mais il faut, je pense, interdire le financement par l'Etat des écoles musulmanes. Le seul moyen de le faire est de revoir le Pacte scolaire... Alors on doit choisir : soit le réseau unique, neutre, soit on ne finance que le réseau confessionnel catholique, et donc on installe le catholicisme en religion d'Etat... L'objectif doit être de refuser de financer les écoles musulmanes, qui pourraient former des citoyens tentés par le fondamentalisme. Le moyen, je ne l'ai pas. Il faut en débattre. De même, je propose d'interdire le financement de l'islam par l'étranger, et je n'ai pas pour ça de solution miracle non plus. Une piste pourrait être l'impôt philosophiquement dédicacé. Je pense qu'une majorité des Belges partage ce refus d'une société multi- culturaliste. Chez nous, je suis désolé, on ne porte pas de signe religieux, confessionnel, politique dans les écoles et dans les services publics... Le nom même des écoles et des hôpitaux catholiques est un signe d'appartenance religieuse. C'est un signe religieux apaisé, pas une manifestation de supériorité par rapport aux autres. La religion catholique n'a plus rien d'extrémiste ou de fondamentaliste. Il y a vingt ou trente ans, il n'y avait pas de voile en Turquie, peu en Egypte ou même en Palestine. Il y a un fondamentalisme qui n'est pas simplement le fait de quelques illuminés mais un courant profond. Nous ne voulons pas de ce courant chez nous ! Il y a dans ce livre une forme de relativisme : les dimensions de l'immigration et d'intégration qui vous dérangent ne le sont vraiment que quand elles concernent les musulmans et l'islam... Par exemple, sur l'homophobie. Vous la dénoncez lorsque vous pouvez la rattacher à l'islam, mais pas lorsqu'elle se manifeste dans d'autres communautés, y compris immigrées... Je ne vois pas d'incidents communautaristes, en Belgique, liés à des Polonais, des Bulgares, des Roumains ou des Africains chrétiens, qui iraient harceler des homosexuels. Je pense effectivement que l'intégration est plus difficile pour les personnes d'origine musulmane que pour les autres. Il y a davantage de familiarité culturelle entre un Polonais et un Belge qu'entre un Pakistanais et un Belge. Un récent sondage montre que 75 % à 80 % des Roumains et des Bulgares sont opposés au mariage homosexuel. Or, ce sont les deux nationalités qui, depuis quelques années, arrivent le plus en Belgique. Avouez que si ça avait été les Marocains, vous en auriez parlé, non ? C'est possible, mais c'est indémontrable... Et admettons, même. Il y a un problème d'intégration des Arabo- musulmans. Le problème de l'islam est beaucoup plus vaste que l'homophobie, c'est un ensemble : c'est l'égalité hommes-femmes et le droit à changer de religion... Vous estimez qu'accueillir les personnes discriminées parce qu'elles sont homosexuelles ou qui risquent de se faire exciser dans leur pays d'origine n'est pas un moyen de lutter contre ces injustices. Comment faire, alors ? Non, je dis qu'on ne peut pas accueillir tous les homosexuels d'Afrique ou toutes les femmes menacées d'excision. On n'a pas d'obligation de résoudre tous les problèmes de toute la planète et de toutes les cultures. Il y a des programmes de la Coopération au développement, il y a des ONG, donc on fait ce qu'on peut. Donc je ne pense pas qu'on ait une obligation d'accueillir les millions de femmes qui courent ce risque d'excision. On ne doit pas être indifférent, bien sûr. Mais l'indifférence n'est pas non plus un délit. Vous décrivez l'immigration comme une bombe sociale. Pourquoi les principales mesures devraient-elles être d'ordre culturel plutôt que socio-économique ? Je ne fais pas de hiérarchie entre les problèmes économiques et culturels. Mais je constate qu'on sous-estime ces problèmes culturels, et c'est pour ça que j'y attache une importance particulière. Ma conception de l'intégration, c'est de s'opposer au multiculturalisme et au communautarisme, c'est de demander à l'immigré de s'adapter à notre culture, mais aussi de ne pas dépendre de l'Etat. Bea Cantillon, de l'université d'Anvers, l'affirmait en 2017 : 90 % des personnes qui reçoivent des allocations sociales à Bruxelles sont d'origine étrangère. Le raisonnement de la gauche, qui consiste à être simultanément pour l'immigration et contre les inégalités est un sophisme intellectuel et politique complet. Si on veut lutter contre les inégalités, il faut réduire l'immigration. Page 119, vous posez une question : " A-t-on déjà vu ces dernières années des émeutes qui n'impliquaient pas de populations immigrées ou d'origine immigrée ? " Ces dernières années, la Belgique a connu des émeutes de gilets jaunes, de hooligans et de supporters de football, de dockers anversois... Ecoutez, si vous cherchez à me dire que sur un livre de 250 pages, écrit serré, il n'y a pas quelques phrases qu'on peut mal interpréter si on les tire de leur contexte... Factuellement, il y a un problème... Peut-être, je veux bien vous faire quelques concessions au cours de cet entretien... Mais c'est comme pour votre raisonnement par rapport à la religion catholique. J'essaie de pointer un problème lié à l'islam, et vous me dites " oui, mais la religion catholique... " C'est vrai, je vous accorde que cette phrase aurait pu être formulée autrement, et qu'elle n'est pas 100 % accurate. Mais ce que je veux dire, c'est qu'on a toujours eu des manifestations de dockers et de syndicalistes. Ce qu'il y a, c'est que des émeutes de type ethnique, ou communautariste, des bandes urbaines, des " crimes d'honneur ", des mariages forcés, des " bébés papiers ", ça, c'est récent. Ça remonte à quinze-vingt ans. C'est un phénomène criminel que l'on ne connaissait pas. De la même manière, les attentats de 2016 n'ont pas été perpétrés par des immigrés... Ils sont souvent nés en Belgique, mais ils sont d'origine immigrée, musulmans, et ils ont commis ces attentats au nom de valeurs très étrangères à la société belge. La sécurité, c'est le grand tabou. Parfois, j'avance sur du terrain sûr, parce que les chiffres existent, mais parfois le politiquement correct fait que je ne suis pas en terrain aussi sûr, parce que les données ne le permettent tout simplement pas. C'est toujours votre biais : vous isolez une phrase, mais vous ne regardez pas l'image globale. Mais le fait demeure que l'immigration apporte un supplément d'insécurité, depuis la petite délinquance jusqu'au terrorisme, tout ça dans un cadre de réduction généralisée de la criminalité dans les pays occidentaux... Bref, vous avez surtout essayé de me piéger !