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La police est par nature apolitique. Comme les autres fonctionnaires, les policiers doivent être fidèles au principe de neutralité. Dans le cadre de leur fonction et de leurs missions, ils ne font pas de politique. Cependant, force est de constater que l'univers policier exerce un attrait particulier pour l'extrême droite. Au service de la Nation, la police s'attaque de front à l'insécurité, défend l'ordre, utilise la manière forte - notamment pour réprimer les manifestations... La répression étant endogène à l'extrême droite, il y a donc des synergies possibles. Il n'est dès lors pas étonnant que des militants d'extrême droite s'engagent dans la police. Pour faire carrière, mais également pour y développer leur vision politique. Le phénomène s'observe également dans d'autres organes de sécurité : parmi les gardiens de prison, dans des sociétés de gardiennage ou au sein de l'armée. Dans leurs programmes politiques, les partis d'extrême droite vont également défendre la police et la sécurité. Auprès d'un électorat fragile, la sécurité est un mantra à succès. Ils vont la mettre en avant comme étant "la première des libertés", devise à succès à la droite de la droite. Parce qu'ils défendent le droit à la sécurité, le Rassemblement national, en France, ou le Vlaams Belang, en Belgique, représentent dans l'imaginaire collectif les "partis de l'ordre". Pour les citoyens inquiets et terrifiés par la violence, avec le RN ou le VB, c'est la garantie d'une main de fer, sans gant de velours : intraitables avec les malfrats, sans pitié contre les voyous, avec une absence totale de laxisme et un refus catégorique de la compréhension sociologique pour expliquer les phénomènes de société. La répression est pour l'extrême droite l'unique réponse. Le VB informe : "Nous plaidons pour une lutte sans merci contre la criminalité." Entre 2011 et 2018, le Front national, ainsi qu'il s'appelait alors, a pris publiquement près de quarante fois la défense de la police en général, de policiers impliqués dans des faits de violences en particulier. Après chaque bavure policière, l'extrême droite va organiser, selon les moyens dont elle dispose, une campagne de soutien aux agents mis en cause. Lors de "mouvements sociaux" qui agitent aussi les forces de l'ordre, elle est encore présente. Quand des policiers protestent contre leurs conditions de travail, elle se rallie inconditionnellement à leurs revendications. Ainsi, en octobre 2013, le Vlaams Belang apporte son soutien aux 4.000 policiers qui défilent à Bruxelles, à l'appel de leurs centrales syndicales, pour dénoncer les violences qu'ils subissent dans l'exercice de leurs fonctions. La crème de la crème de la direction du VB est sur place avec une banderole portant le slogan : "U wordt geflikt door de regering" (vous êtes trahis par le gouvernement). Les VB-Jongeren y scandent : "Veiligheid door en voor politie" (sécurité par et pour la police). Des structures internes au sein de partis d'ultradroite ont même été mises en place pour accueillir leurs membres provenant des forces de l'ordre. Dans sa stratégie pour arriver au pouvoir, le FN français s'est lancé, il y a plus de vingt ans, dans la création de corporations professionnelles de type syndical : pour les gardiens de prison, les enseignants, les salariés de la presse, les petits patrons, les postiers et les policiers. Ces "syndicats" frontistes furent invalidés par la justice. Mais au sein de syndicats de police actifs sur la place publique, la présence de "policiers radicalisés "reste une réalité. Aujourd'hui, comme hier, pour l'extrême droite, la police doit être restructurée et réadaptée afin de faire face aux "nouvelles menaces". Elle plaide pour sa militarisation, comme c'est le cas aux Etats-Unis. Le corpus de la droite musclée a toujours incorporé un vocabulaire guerrier. Un lexique belliqueux partagé par certaines franges réactionnaires de la police. L'existence d'ennemis communs explique encore les liens réels et historiques entre des policiers avec l'extrême droite. Dans les années 1930, l'anticommunisme avait permis des collaborations directes entre des commissaires chargés de la lutte contre la subversion et des ligues fascistes contre-révolutionnaires pour sauver l'"Occident chrétien" du "péril bolchevique". Depuis la fin de l'URSS, le danger n'est plus "rouge" mais "vert". Les communistes d'hier sont les islamistes d'aujourd'hui. Autres ennemis communs : les partis politiques traditionnels. La défiance envers le monde politique serait importante au sein des forces de l'ordre. Leurs dysfonctionnements sont le plus souvent associés au manque de moyens que leur octroient les autorités. C'est ce contexte qui permet d'affirmer que l'attrait de l'extrême droite pour la police est une réalité. Et que des policiers adhèrent aux partis liberticides. En France, le Centre de recherches politiques de Sciences Po en apporte même la preuve. Pour le scrutin européen de l'année dernière, 52% des policiers qu'il a interrogés ont voté pour le Rassemblement national. Ils étaient même 54% à avoir choisi, au premier tour de l'élection présidentielle, Marine Le Pen. En Belgique, de telles études n'existent pas. Mais lors d'une interpellation mortelle, celle de Jozef Chovanec, il y a deux ans, une policière ira, elle, jusqu'à lever le bras à la manière hitlérienne. Le danger d'une fascisation d'agents des forces de sécurité dans notre pays est donc bien réel. Il serait temps de l'étudier pour mieux l'éradiquer. Comme nous pouvons le constater, le soutien total à la police et aux recrutements de policiers fait partie intégrante de la stratégie de l'extrême droite. Mais pas que. Lorsque la N-VA accède au sommet de l'Etat belge, le titre de ministre de l'Intérieur est élargi. Jan Jambon, membre du Vlaams Belang avant son adhésion à la N-VA, devient en octobre 2014 le ministre fédéral de l'Intérieur et... de la Sécurité. Le mot idéologiquement marqué, qui permet de constater le déplacement du curseur de la N-VA dans une direction politique bien particulière.