Zakia Khattabi, coprésidente d'Ecolo, a décidé de quitter le réseau social Twitter suite aux nombreuses critiques dont elle a fait l'objet ces dernières semaines et à l'avalanche de messages reçus, certains non dénués de haine ou de sexisme. Elle s'expliquait jeudi au Vif/L'Express, après que nous avions découvert que son compte avait été supprimé.
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Zakia Khattabi, coprésidente d'Ecolo, a décidé de quitter le réseau social Twitter suite aux nombreuses critiques dont elle a fait l'objet ces dernières semaines et à l'avalanche de messages reçus, certains non dénués de haine ou de sexisme. Elle s'expliquait jeudi au Vif/L'Express, après que nous avions découvert que son compte avait été supprimé. Parmi les personnes à l'origine de sa décision, outre les nationalistes et les extrémistes en tous genres, elle citait également les politologues Dave Sinardet (VUB) et Vincent Laborderie (UCL), accusés d'accréditer certaines thèses. Tous deux avaient publié des analyses critiques sur l'attitude des verts francophones, qui ont notamment refusé de participer à la réunion organisée par les informateurs avec la N-VA. Le premier dénonçait "l'amateurisme" des dirigeants Ecolo, le second rappelait ironiquement "le désaveu de Z. Khattabi à Bruxelles (Ndlr - parce qu'elle avait voulu obtenir la nomination d'Isabelle Pauthier, ancienne dirigeante de l'Arau, au gouvernement bruxellois) suivi de sa démission (pardon, de sa non-représentation à la présidence)".Vincent Laborderie s'étonne d'avoir été cité par la dirigeante des verts. "Je n'ai jamais critiqué Zakia Khattabi à titre personnel", souligne-t-il. "J'ai certes critiqué le leadership d'Ecolo en général, et plus précisément en Wallonie, d'ailleurs." Dans une série de tweets, nuancés, le politologue expliquait pourquoi, à ses yeux, la situation interne est délicate au sein d'Ecolo. Parce que "contrairement à ce qui était proclamé par le parti, Ecolo n'a pas gagné les élections en Wallonie" et de ce fait n'a pas pu constituer une majorité avec le seul PS comme il l'aurait voulu. Parce que Zakia Khattabi a donc été désavouée à Bruxelles et que la non-participation à la réunion fédérale est révélatrice. "On a l'image d'un parti instable où le leadership semble on ne peut plus fragile", écrivait-il."Mais je n'ai jamais évoqué le fait qu'elle aurait refusé de se trouver dans la même pièce que le président de la N-VA, Bart De Wever, comme l'a affirmé le vice-président nationaliste, Lorin Parys : je n'étais d'ailleurs même pas au courant de ces propos, explique-t-il. Je suis choqué d'être associé à des 'fake news' relayée par la droite nationaliste ou l'extrême droite. De même, je suis choqué d'être associé à un cyber-harcèlement auquel je n'ai aucunement participé : c'est quelque chose de grave, que je condamne. Je n'ai jamais interpellé directement Zakia Khattabi ni me suis adressé à elle." Vincent Laborderie précise surtout qu'il doit être possible pour un politologue de faire des analyses critiques des décisions d'un parti sans se faire accuser de la sorte.Dave Sinardet, politologue à la VUB, réagit sur le même ton à 7 sur 7. "Je suis choqué qu'elle m'accuse d'accréditer des thèses d'extrême-droite ou nationalistes ainsi que des fake news. Celui-ci admet avoir critiqué l'attitude d'Ecolo donnant l'image "d'un parti qui ne veut gouverner qu'avec lui-même, ou juste avec Groen et le PS, niant des réalités démocratiques tant en Wallonie qu'au fédéral". Il avait aussi reproché à Zakia Khattabi son tweet sur son départ en vacances le jour de la réunion convoquée par les informateurs, qui était surtout une façon pour elle de dire qu'elle quittait les extrémistes et les 'haters' en tous genres. "Ironiquement, c'est bien cette accusation qui est une 'fake news', dit Sinardet. Je n'ai accrédité nulle part la fameuse citation à son sujet de Lorin Parys dont elle parle. Je n'ai pas envoyé de tweet ou de communiqué de presse à son sujet. J'ai simplement répondu à des questions spécifiques d'un journaliste de la VRT et d'un autre de la RTBF sur l'attitude d'Ecolo et notamment de sa co-présidente concernant la réunion organisée par les informateurs royaux dimanche dernier"."Il faut aussi constater que malheureusement tous ceux qui participent au débat public doivent aujourd'hui vivre avec, prolonge Dave Sinardet. Ayant moi-même été victime d'attaques injurieuses, j'ai déjà pris mes distances avec les médias sociaux dans le passé (Ndlr - Il avait lui aussi déserté Twitter durant plusieurs semaines). Donc, je peux comprendre que Zakia Khattabi veuille (temporairement) quitter cette atmosphère. Des présidents de partis et autres responsables politiques importants sont bien sûr, à cause de leur fonction et pouvoir, encore plus exposés que des politologues ou journalistes. Certains d'entre eux - et je ne peux que constater que ça a parfois aussi été le cas de Zakia Khattabi - utilisent parfois un ton particulièrement cassant et volontairement polémique, ce qui peut renforcer cette dynamique justement dénoncée", conclut-il.Cela dit, sans qu'il soit possible d'être exhaustif, il faut bien reconnaître que le départ de Zakia Khattabi du réseau social a encore été salué par un "bruit" nauséabond dont Twitter a malheureusement le secret. Certains pointaient du doigt son "incompétence" ou l'accusaient d'être "sectaire, revancharde, arrogante, islamo complice", d'autres fustigeaient une "dramaqueen" (Hendrik Vuye), tandis que Theo Francken ironisait sur le fait qu'elle ne voulait pas se trouver dans le même espace de Twitter que lui. "Donc, Zakia Khattabi quitte Twitter et on trouve encore le moyen de le lui reprocher, résume justement le journaliste Benoît Jacquemart. Le harcèlement sur les réseaux, vous savez ce que c'est?". Joëlle Milquet (CDH) est même venue à son secours : "Question anodine face à une certaine malveillance gratuite lue sur Twitter: ne serait-ce pas élégant de laisser un peu Zakia Khattabi tranquille? On peut ne pas être d'accord avec ses idées, cela ne demande pas de cibler la femme avec quelques relents d'acharnement." De fait...A lire tout cela, il est sans doute heureux que la dirigeante Ecolo ait quitté Twitter, au moins pour sa sérénité. Mais ce faisant, elle s'interrogeait elle-même en nous justifiant son choix : "N'est-ce pas les menteurs et les diffuseurs de haine qui ont gagné ?". La question mérite aussi d'être posée.