En Europe, certains pays ont déjà rouvert, ou prévoient la réouverture de leurs boîtes de nuit. C'est par exemple le cas de l'Espagne dont les discothèques de certaines communautés comme la Catalogne ont rouvert ce dimanche. La France a aussi annoncé le retour des discothèques le 9 juillet, et les Pays-Bas ont eux aussi rouvert le monde de la nuit. D'autres pays sont toujours en phase de test, c'est le cas de l'Allemagne et de l'Italie. Au Royaume-Uni, au Portugal et au Danemark, la réouverture des boîtes de nuit est reportée suite à une situation sanitaire qui s'est dégradée. En Belgique, les discussions autour d'une possible reprise des discothèques n'aboutissent pas encore à une date précise et les travailleurs s'impatientent.

Une date de réouverture encore imprécise

La députée fédérale Sophie Rohonyi (Défi), qui avait déjà présenté un protocole de reprise en juin de l'année passée, se dit aussi surprise de l'absence de réouverture des boîtes de nuit. Elle explique que c'est "un pan très important de l'activité économique qui a dû être mis à l'arrêt. C'est vrai que l'été passé les boîtes de nuit ont pu rouvrir sous forme de bar, à l'extérieur, mais aujourd'hui cette solution fait que ces personnes travaillent à perte. La situation qu'on connaît aujourd'hui n'est pas la même que l'année passée où on n'avait pas la même ventilation, les vaccinations et les mêmes capacités de testing que l'on a aujourd'hui."

Selon elle, cette situation est due à un manque d'anticipation de la part des autorités qui ne considèrent pas assez le monde de la nuit. Elle s'étonne du retard belge par rapport aux autres pays européens : "On voit qu'en France et aux Pays-Bas les boîtes de nuit vont pouvoir rouvrir avec un dispositif très clair alors que la situation sanitaire y est équivalente à celle qu'on connaît en Belgique, et malgré tout en Belgique on ne va nulle part. C'est vraiment le dernier secteur pour lequel il n'y a absolument rien qui est prévu.". En ce qui concerne une possible date de réouverture, les discussions semblent au ralenti. La députée fédérale s'impatiente, "on parle de janvier 2022, peut-être octobre de cette année. J'ai posé la question au ministre de la Santé pour savoir si lors du prochain Codeco programmé au 16 juillet on allait pouvoir au moins discuter de cette réouverture, je n'ai même obtenu de réponse".

Mais comment expliquer ce manque d'intérêt face à un secteur dont la fermeture a généré tant de pertes financières ? Le ministre fédéral de la santé Frank Vandenbroucke (Vooruit) préférerait prioriser la prudence, ce qui n'est pas la meilleure stratégie pour Sophie Rohonyi. En effet, le monde de la nuit est un secteur particulier, le mélange de l'alcool et de la proximité dans des lieux clos pourrait générer des cas de contamination. Cependant, Sophie Rohonyi pense que les gérants de boîtes de nuit ont déjà fait leurs preuves. "C'est quelque part oublier l'expertise et le volontarisme des indépendants, des entrepreneurs du secteur qui par exemple, au mois de septembre dernier ont organisé des soirées en intérieur avec une jauge réduite avec de bulles, des distances entre les tables, les gens ont pu danser et s'amuser et il n'y a aucun cluster qui s'en est dégagé (...) le secteur a déjà prouvé qu'il était responsable et pouvait organiser des soirées et permettre aux gens de s'amuser de manière tout à fait covidsafe".

Ne pas avoir de date précise est un vrai problème, car les établissements doivent s'organiser à l'avance, et l'attente du gouvernement n'aide pas. "C'est important pour le moral, mais aussi pour s'organiser, recontacter le personnel qui a été mis en chômage technique, mobiliser et acheter le matériel nécessaire, les dispositifs de ventilation, etc. Ce n'est pas une réouverture qui s'improvise du jour au lendemain, il faut plusieurs semaines pour s'organiser", explique Sophie Rohonyi.

"Je n'ai cessé de crier au scandale et à la mauvaise gestion"

Si l'Horeca a pu rouvrir pour l'été, le monde de la nuit devra attendre la fin de cette année ou le début de l'année prochaine. À la limite entre ces deux secteurs se trouvent les bars de nuit. Ni discothèque, ni bar de jour, ces établissements ont pu profiter de la réouverture de l'Horeca sans pour autant pouvoir rouvrir complètement. Carl de Moncharline, responsable nuit de la Fédération des cafés de Bruxelles (FedCaf) trouve cette situation injuste "on est dans un entre-deux dont personne ne tient compte". Ces bars, qui n'ouvrent donc que la nuit, ne bénéficient pas d'une ouverture complète, "les bars de nuit on se retrouve amputés d'horaires de manière significative et finalement nous n'avons pas du tout les aides que les discothèques ont reçu avec la prime Tetra, et par contre nos clients n'arrivent pas avant 20h, 21h, et on ferme à 22h lors de la première ouverture et 23h lors de la deuxième".

La prime Tetra a en effet été une aide pour les établissements de nuit, cette prime versée par la région Bruxelles Capitale va de 75 000 à 125 000 euros par établissement suivant ses caractéristiques. En ce qui concerne les primes versées à l'Horeca et aux bars de nuit, pour Carl de Moncharline, elles ne sont pas suffisantes "ces primes ne tiennent pas compte des particularités. Il y a des gens qui vont payer des petits loyers et d'autres qui vont payer des loyers à 10 000 euros. Donc ça n'a pas de sens."

La prime reçue par certains bars s'élève actuellement à 1 500 euros. Mais si le responsable nuit de la FedCaf est révolté, il est aussi dans l'action. Cela fait depuis le début de la pandémie qu'il lutte pour défendre le monde de la nuit, "je n'ai cessé de crier au scandale et à la mauvaise gestion", et il est même allé jusqu'à attaquer la région en justice. En ce qui concerne la suite, il n'y a plus qu'à attendre. Carl de Moncharline compte bien continuer sa lutte acharnée, "Je passerai en justice en février 2022 J'attends, je fais confiance en la justice. En attendant, on continue le combat, on continue à mobiliser les uns et les autres en disant que ce n'est pas acceptable en faisant le focus sur nos particularités qui sont propres à chacune".

Un secteur qui fait des efforts

La réouverture de ces établissements implique des gestes barrière particuliers qui seraient compliqués, voire impossibles à mettre en place pour certaines discothèques. La proposition de protocole présentée au début du mois de juin annonçait comme mesures sanitaires, entre autres, des tests rapides à l'entrée des établissements, des installations spécifiques pour améliorer la ventilation, ou encore un port du masque obligatoire sur la piste de danse et des groupes réduits à quatre ou six personnes. Cependant certaines de ces conditions de réouverture posent problème, car elles ne rentrent pas en adéquation avec un secteur qui repose sur la liberté de ses clients. Quelques établissements se sont déjà équipés du matériel de ventilation permettant de réduire la concentration de co2 en intérieur. C'est le cas de Carl de Moncharline, qui explique que beaucoup ont "consenti à des investissements qui sont très lourds, pour justement des problèmes de ventilation qui ont été pointés du doigt.".

Pour prouver leur bonne organisation, une soirée test est organisée le 3 juillet à La Madeleine, à Bruxelles. L'événement Dance again, dont les tickets seront disponibles le 28 juin, a été coorganisé par la Ville de Bruxelles, Brussels Expo, le CHU Saint-Pierre, LHUB-ULB, Brussels By Night Fédération et Brussels Major Event. Si c'est une réussite, il se pourrait que cela convainque les autorités publiques d'au moins discuter d'une date précise de réouverture.

Angèle Bilégué.

En Europe, certains pays ont déjà rouvert, ou prévoient la réouverture de leurs boîtes de nuit. C'est par exemple le cas de l'Espagne dont les discothèques de certaines communautés comme la Catalogne ont rouvert ce dimanche. La France a aussi annoncé le retour des discothèques le 9 juillet, et les Pays-Bas ont eux aussi rouvert le monde de la nuit. D'autres pays sont toujours en phase de test, c'est le cas de l'Allemagne et de l'Italie. Au Royaume-Uni, au Portugal et au Danemark, la réouverture des boîtes de nuit est reportée suite à une situation sanitaire qui s'est dégradée. En Belgique, les discussions autour d'une possible reprise des discothèques n'aboutissent pas encore à une date précise et les travailleurs s'impatientent.Une date de réouverture encore impréciseLa députée fédérale Sophie Rohonyi (Défi), qui avait déjà présenté un protocole de reprise en juin de l'année passée, se dit aussi surprise de l'absence de réouverture des boîtes de nuit. Elle explique que c'est "un pan très important de l'activité économique qui a dû être mis à l'arrêt. C'est vrai que l'été passé les boîtes de nuit ont pu rouvrir sous forme de bar, à l'extérieur, mais aujourd'hui cette solution fait que ces personnes travaillent à perte. La situation qu'on connaît aujourd'hui n'est pas la même que l'année passée où on n'avait pas la même ventilation, les vaccinations et les mêmes capacités de testing que l'on a aujourd'hui." Selon elle, cette situation est due à un manque d'anticipation de la part des autorités qui ne considèrent pas assez le monde de la nuit. Elle s'étonne du retard belge par rapport aux autres pays européens : "On voit qu'en France et aux Pays-Bas les boîtes de nuit vont pouvoir rouvrir avec un dispositif très clair alors que la situation sanitaire y est équivalente à celle qu'on connaît en Belgique, et malgré tout en Belgique on ne va nulle part. C'est vraiment le dernier secteur pour lequel il n'y a absolument rien qui est prévu.". En ce qui concerne une possible date de réouverture, les discussions semblent au ralenti. La députée fédérale s'impatiente, "on parle de janvier 2022, peut-être octobre de cette année. J'ai posé la question au ministre de la Santé pour savoir si lors du prochain Codeco programmé au 16 juillet on allait pouvoir au moins discuter de cette réouverture, je n'ai même obtenu de réponse". Mais comment expliquer ce manque d'intérêt face à un secteur dont la fermeture a généré tant de pertes financières ? Le ministre fédéral de la santé Frank Vandenbroucke (Vooruit) préférerait prioriser la prudence, ce qui n'est pas la meilleure stratégie pour Sophie Rohonyi. En effet, le monde de la nuit est un secteur particulier, le mélange de l'alcool et de la proximité dans des lieux clos pourrait générer des cas de contamination. Cependant, Sophie Rohonyi pense que les gérants de boîtes de nuit ont déjà fait leurs preuves. "C'est quelque part oublier l'expertise et le volontarisme des indépendants, des entrepreneurs du secteur qui par exemple, au mois de septembre dernier ont organisé des soirées en intérieur avec une jauge réduite avec de bulles, des distances entre les tables, les gens ont pu danser et s'amuser et il n'y a aucun cluster qui s'en est dégagé (...) le secteur a déjà prouvé qu'il était responsable et pouvait organiser des soirées et permettre aux gens de s'amuser de manière tout à fait covidsafe".Ne pas avoir de date précise est un vrai problème, car les établissements doivent s'organiser à l'avance, et l'attente du gouvernement n'aide pas. "C'est important pour le moral, mais aussi pour s'organiser, recontacter le personnel qui a été mis en chômage technique, mobiliser et acheter le matériel nécessaire, les dispositifs de ventilation, etc. Ce n'est pas une réouverture qui s'improvise du jour au lendemain, il faut plusieurs semaines pour s'organiser", explique Sophie Rohonyi."Je n'ai cessé de crier au scandale et à la mauvaise gestion"Si l'Horeca a pu rouvrir pour l'été, le monde de la nuit devra attendre la fin de cette année ou le début de l'année prochaine. À la limite entre ces deux secteurs se trouvent les bars de nuit. Ni discothèque, ni bar de jour, ces établissements ont pu profiter de la réouverture de l'Horeca sans pour autant pouvoir rouvrir complètement. Carl de Moncharline, responsable nuit de la Fédération des cafés de Bruxelles (FedCaf) trouve cette situation injuste "on est dans un entre-deux dont personne ne tient compte". Ces bars, qui n'ouvrent donc que la nuit, ne bénéficient pas d'une ouverture complète, "les bars de nuit on se retrouve amputés d'horaires de manière significative et finalement nous n'avons pas du tout les aides que les discothèques ont reçu avec la prime Tetra, et par contre nos clients n'arrivent pas avant 20h, 21h, et on ferme à 22h lors de la première ouverture et 23h lors de la deuxième". La prime Tetra a en effet été une aide pour les établissements de nuit, cette prime versée par la région Bruxelles Capitale va de 75 000 à 125 000 euros par établissement suivant ses caractéristiques. En ce qui concerne les primes versées à l'Horeca et aux bars de nuit, pour Carl de Moncharline, elles ne sont pas suffisantes "ces primes ne tiennent pas compte des particularités. Il y a des gens qui vont payer des petits loyers et d'autres qui vont payer des loyers à 10 000 euros. Donc ça n'a pas de sens."La prime reçue par certains bars s'élève actuellement à 1 500 euros. Mais si le responsable nuit de la FedCaf est révolté, il est aussi dans l'action. Cela fait depuis le début de la pandémie qu'il lutte pour défendre le monde de la nuit, "je n'ai cessé de crier au scandale et à la mauvaise gestion", et il est même allé jusqu'à attaquer la région en justice. En ce qui concerne la suite, il n'y a plus qu'à attendre. Carl de Moncharline compte bien continuer sa lutte acharnée, "Je passerai en justice en février 2022 J'attends, je fais confiance en la justice. En attendant, on continue le combat, on continue à mobiliser les uns et les autres en disant que ce n'est pas acceptable en faisant le focus sur nos particularités qui sont propres à chacune".Un secteur qui fait des effortsLa réouverture de ces établissements implique des gestes barrière particuliers qui seraient compliqués, voire impossibles à mettre en place pour certaines discothèques. La proposition de protocole présentée au début du mois de juin annonçait comme mesures sanitaires, entre autres, des tests rapides à l'entrée des établissements, des installations spécifiques pour améliorer la ventilation, ou encore un port du masque obligatoire sur la piste de danse et des groupes réduits à quatre ou six personnes. Cependant certaines de ces conditions de réouverture posent problème, car elles ne rentrent pas en adéquation avec un secteur qui repose sur la liberté de ses clients. Quelques établissements se sont déjà équipés du matériel de ventilation permettant de réduire la concentration de co2 en intérieur. C'est le cas de Carl de Moncharline, qui explique que beaucoup ont "consenti à des investissements qui sont très lourds, pour justement des problèmes de ventilation qui ont été pointés du doigt.".Pour prouver leur bonne organisation, une soirée test est organisée le 3 juillet à La Madeleine, à Bruxelles. L'événement Dance again, dont les tickets seront disponibles le 28 juin, a été coorganisé par la Ville de Bruxelles, Brussels Expo, le CHU Saint-Pierre, LHUB-ULB, Brussels By Night Fédération et Brussels Major Event. Si c'est une réussite, il se pourrait que cela convainque les autorités publiques d'au moins discuter d'une date précise de réouverture.Angèle Bilégué.