La Belgique a donc opté pour la "voie radicale", vendredi soir. A part la réouverture des commerces, à partir de ce mardi 1er décembre, le Comité de concertation n'a laissé guère de perspectives pour les Belges à l'approche des fêtes. L'allègement des mesures n'est pas encore un déconfinement progressif. Depuis, une série d'indices laissent à penser qu'il faudra bien toute la vigilance... et toute la cohérence des autorités pour que les règles soient respectées. Or, c'est loin d'être gagné, alors que la période est, par essence, sensible et propice aux contacts humains.
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La Belgique a donc opté pour la "voie radicale", vendredi soir. A part la réouverture des commerces, à partir de ce mardi 1er décembre, le Comité de concertation n'a laissé guère de perspectives pour les Belges à l'approche des fêtes. L'allègement des mesures n'est pas encore un déconfinement progressif. Depuis, une série d'indices laissent à penser qu'il faudra bien toute la vigilance... et toute la cohérence des autorités pour que les règles soient respectées. Or, c'est loin d'être gagné, alors que la période est, par essence, sensible et propice aux contacts humains.La décision sévère du Comité de concertation, annoncée vendredi en fin de journée, a bel et bien fait l'objet de débats sereins mais disputés lors de la réunion. Plusieurs ministres, singulièrement francophones mais pas uniquement, ont plaidé pour une respiration le soir du réveillon de Noël. Les libéraux avaient plaidé à plusieurs reprises en ce sens, son président Georges-Louis Bouchez se faisant notamment critiquer lorsqu"il affirmait que l'on ne 'fêtera pas Noël par Skype", tandis que le ministre David Clarinval multipliait les sorties sur la nécessité de sauver l'économie. Le ministre-président wallon, Elio Di Rupo (PS), souhaitait notamment un assouplissement du couvre-feu lors du réveillon. L'intransigeance du ministre fédéral de la Santé, Frank Vandebroucke (SP.A), a fait pencher la balance. Et tout le monde s'est rangé derrière la décision.Depuis, pourtant, il y a eu un petit début de cacophonie. Annelies Verlinden (CD&V), ministre de l'intérieur, a laissé entendre qu'un "geste" pourrait être fait lors du prochain Comité de concertation si les chiffres continuent à s'améliorer, vers le 15 décembre, ce que Frank Vandenbroucke a immédiatement exclu. Le porte-parole interfédéral, Yves Van Laethem, met lui aussi en doute la sévérité de la décision, ce lundi matin dans un entretien à la DH: "Je pense qu'autoriser deux personnes en plus aux couples n'aurait pas été un drame. On aurait pu le faire ! Le comité de concertation n'a pas voulu légalement l'autoriser, sachant bien que de toute façon, beaucoup de personnes ne le respecteront pas. Autour de moi, j'entends des gens qui disent : non, on ne sera pas dix, mais quatre ou cinq" D'ores et déjà, il existe donc une petite faille à côté de l'annonce officielle, avant tout un signal de fermeté. Siegfried Bracke (N-VA), ancien président de la Chambre, l'a relevé avec des mots critiqués sur Twitter: il a souligné que la ministre CD&V de l'Intérieur devait suivre la ligne... du "Führer" (sic), suscitant immédiatement quelques exclamations stupéfaites.Forcément, la période des fêtes est particulièrement délicate, parce qu'elles charrient inévitablement leur lot de contacts affectifs et de détente bienvenue. Les autorités en sont conscientes, c'est d'ailleurs une des raisons principales pour laquelle elles n'ont pas voulu trop relâcher la pression: cela a été exprimé explicitement par le Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD). La foule présente ce week-end à la Grand-Place de Bruxelles pour profiter d'un temps pur et admirer les lumières de Noël en a témoigné. "N'avons-nous rien appris ?", s'est indignée l'infectiologue Erika Vlieghe. La police est intervenue et la Ville de Bruxelles a annoncé qu'elle limiterait la présence dans ce périmètre.La réouverture des commerces non-essentiels, mardi, pourrait provoquer de tels afflux, même si elle a lieu en milieu de semaine pour éviter un effet cumulatif avec le week-end. C'est ce qui s'est produit certains endroits en France, masi c'était un samedi. La décision du Comité de concertation s'accompagne d'ailleurs d'un dispositif de sécurité mis en place par les provinces et les autorités locales afin de gérer les files et de veiller au respect des gestes barrières. Mais le shopping de Noël risque de draîner du monde ces prochaines semaines.Les propos controversés de Frank Vandenbroucke, ministre de la Santé, n'aideront pas non plus: en déclarant que le fait même de faire du shopping n'était pas un risque majeur et en précisant que la fermeture des commerces, il y a un mois, était avant tout une "décision choc", il accrédite la conviction de ceux qui s'y opposaient. Même si la décision politique avait précisément été prise pour éviter un afflux dans les rues commercantes et les galeries commerciales, la craine étant moindre dans les commerces proprement dit.À la vue des foules de Belges qui se sont notamment rués à Maastricht, mais aussi suite aux rues de Bruxelles et Bruges bondées ce week-end, Frank Vandenbroucke avertit dans Het Nieuwsblad: "Les commerces non essentiels ne pourront pas rouvrir là où les bourgmestres ne pourront pas garantir qu'il n'y aura pas de mouvements de foules".La lassitude des Belges à l'égard des mesures et l'activisme d'une minorité qui s'oppose à des mesures "liberticides" devront également être tenus à l'oeil. Samedi, en fin de journée, quelque 500 personnes ont manifesté dans les rues de Liège en bravant le couvre-feu. Le cortège dénonçait "les mesures sécuritaires inadaptées (comme le couvre-feu) face à la crise socio-sanitaire actuelle".Ce n'est pas un hasard si ce rassemblement, certes minoritaire, s'est déroulé dans la Cité ardente: le suicide d'Alysson,une indépendante de 24 ans, a provoqué un émoi considérable, il y a deux semaines, et le désespoir de toute une catégorie de populations exacervent le risque de défiance. Une réponse politique plurielle à la crise, y compris dans ses dimensions psychologiques et économiques, sera essentielle ces prochaines semaines/Dans un registre plus radical encore, les partisans des thèses complotistes, de plus en plus nombreux sur les réseaux sociaux, alimentent la défiance à l'égard des mesures prises. Ils mettent également en péril la phase suivante de la gestion de l'épidémie, cette vaccinatin massive mais non obligatoire qui devrait débuter chez nous avant le printemps.C'est dire combien le message porté par le gouvernement De Croo- visant à encourager l'effort soutenu d'une "équipe de onze millions" de Belges, devra être porté avec conviction durant ce mois de décembre et pendant tout l'hiver.