Journal télévisé français, mercredi soir. Le président Emmanuel Macron prend la parole - un peu tard selon certains analystes français, les mesures étant décidées depuis quelques heures - pour inciter son peuple à "tenir", expliquer de façon pédagogique les options qui étaient sur la table et arriver à celle qui a été choisie : le reconfinement quasi intégral. Sur le monde de: "Ce sera dur, mais nous y arriverons." Précisions importantes: la France laisse les crèches et écoles ouvertes et fait en sorte que l'économie tourne. Ce n'est pas très différent de chez nous, en somme. Deux différences de taille, au moins: les commerces non essentiels sont arrêtés et les déplacements fortement limités, comme durant le premier confinement (avec, chez nos voisins, la fameuse "attestation").
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Journal télévisé français, mercredi soir. Le président Emmanuel Macron prend la parole - un peu tard selon certains analystes français, les mesures étant décidées depuis quelques heures - pour inciter son peuple à "tenir", expliquer de façon pédagogique les options qui étaient sur la table et arriver à celle qui a été choisie : le reconfinement quasi intégral. Sur le monde de: "Ce sera dur, mais nous y arriverons." Précisions importantes: la France laisse les crèches et écoles ouvertes et fait en sorte que l'économie tourne. Ce n'est pas très différent de chez nous, en somme. Deux différences de taille, au moins: les commerces non essentiels sont arrêtés et les déplacements fortement limités, comme durant le premier confinement (avec, chez nos voisins, la fameuse "attestation").Journal télévisé belge, mercredi soir. Une vidéo de notre Premier ministre, Alexander De Croo, insiste sur la nécessité de ne pas se diviser et parle d'un "reconfinement partiel". Leitmotiv, répété ce jeudi matin par les ministres: "harmoniser les règles dans tout le pays pour gagner en lisibilité". Les Wallons apprennent donc, après avoir bien épluché le Moniteur belge, que les lieux culturels sont fermés chez eux aussi, comme à Bruxelles et Flandre, à quelques exceptions près. Par contre, l'horaire du couvre-feu, lui, reste différent selon les Régions parce que la Flandre ne désirait pas bouger sur ce point.C'est une bonne chose que le fédéral reprenne la main et veille à une communication plus harmonieuse en cette période ultra-délicate. Le gouvernement flamand de Jan Jambon (N-VA) freinait des quatre fers et restait à cheval sur ses compétences. Il a été fortement critiqué en Flandre même pour avoir réagi trop tard et le fédéral lui a même permis d'anticiper ses mesures à mercredi soir. Ce n'est pourtant pas fini... "Si les mesures ne sont pas jugées suffisantes pour infléchir la courbe de cette deuxième vague, la Wallonie est prête à aller plus loin en termes de reconfinement", annonce déjà le ministre wallon Christophe Collignon (PS).Comparaison n'est évidemment pas raison, mais la prestance de nos voisins contraste une nouvelle fois avec notre complexité. Faut-il rappeler que la situation à Liège, par exemple, était bien plus dramatique depuis deux semaines que certains foyers français, comme Saint-Etienne? Le président français le rappelait: toute l'Europe est confrontée à une recrudescence vive du virus, plus forte qu'attendue en raison d'un phénomène saisonnier. Bref, nous serons tous logés à la même enseigne et les mesures de confinement réapparaissent partout. En Belgique, il faudra toutefois attendre... vendredi pour connaître un nouveau tour de vis sur le tour de vis harmonisé. Un nouveau Comité de concertation est organisé et le ministre-président wallon, Elio Di Rupo (PS), a déjà annoncé qu'il réclamerait un couvre-feu plus large au nom de son gouvernement. Le gouvernement fédéral a visiblement repris la main pour décider et les mesures devraient être valables pour tout le territoire, maintenant que la Flandre fortement touchée par l'épidémie, elle aussi. Mais de nouveau bras de fer ne sont pas à exclure - on songe aux commerces.Une nouvelle fois, nous aurons perdu quelques jours précieux, alors que les politiques eux-mêmes mettent en garde contre "la situation très grave dans les hôpitaux", comme le disait encore mercredi Paul Magnette, président du PS. Rappelons que l'on parle quand même d'un risque imminent de saturation hospitalière.L'heure est à la solidarité et comme le soulignait judicieusement l'épidémiologiste français Martin Blachier hier au Soir: "Il y a une rage très forte, les gens sont très inquiets. Mais tourner cette rage vers les politiques, c'est leur faire un mauvais procès." Le même soulignait aussi qu'il était sans doute illusoire de vouloir "sauver Noël". La crise du Covid est "un marathon qui durera au moins jusqu'à l'été prochain", martèle Alexander De Croo.Nous sommes tous dans le même navire, inquiets pour notre santé, angoissés à l'idée de voir le système hospitalier craquer et préoccupés pour les conséquences économiques. Mais en Belgique, cette angoisse sourde se double de celle de devoir attendre une nouvelle fois que tout le monde se mette d'accord.