Cette semaine s'annonce décisive pour la progression du coronavirus dans notre pays et ce n'est pas un faible mot de le dire. Si sa croissance exponentielle ralentit un petit peu, l'épidémie n'est toutefois pas sous contrôle et des hôpitaux appellent à l'aide, tant la saturation menace. Il reste à attendre les effets des mesures qui, de l'avis du personnel soignant, ont été trop tardives et, de l'avis général, trop confuses.
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Cette semaine s'annonce décisive pour la progression du coronavirus dans notre pays et ce n'est pas un faible mot de le dire. Si sa croissance exponentielle ralentit un petit peu, l'épidémie n'est toutefois pas sous contrôle et des hôpitaux appellent à l'aide, tant la saturation menace. Il reste à attendre les effets des mesures qui, de l'avis du personnel soignant, ont été trop tardives et, de l'avis général, trop confuses.Il est vrai que le chaos politique des derniers jours n'a pas rassuré quant à la capacité de notre pays à ne plus être le "mauvais élève" de la classe européenne.Tentons donc de résumer le contexte dans lequel les Belges peuvent gérer leur vie quotidienne, désormais. Voici dix jours, le gouvernement fédéral décidait de la fermeture - rapidement controversée - des bars et restaurants, d'un couvre-feu de minuit à 5h et de l'instauration d'une bulle sociale d'une personne. Vendredi passé, le matin, le fédéral se contentait, à la stupéfaction générale, de compléter le dispositif par des mesures dans le sport (stades sans public, notamment) et la culture. Il y avait, souligne encore ce lundi matin le ministre-président wallon Elio Di Rupo (PS) le sentiment qu'en Flandre, cela va mieux.Trop peu, trop tard aux yeux des partis francophones, la situation étant il est vrai davantage périlleuse à Bruxelles et en Wallonie. Résultat ? Des annonces complémentaires des entités fédérées. Vendredi, la Wallonie et la Fédération Wallonie-Bruxelles étendent le couvre-feu de 22h à 6h et ferment les universités à partir de ce lundi. Samedi, la Région bruxelloise suit le mouvement et ferme en outre les lieux culturels. Et dimanche soir, alors que le leitmotiv était jusqu'ici de laisser les écoles ouvertes, la Fédération Wallonie-Bruxelles annonce quand même des cours à distance les 28, 29 et 30 octobre dans le secondaire, avant des vacances de Toussaint attendues comme jamais pour tenter de briser la chaîne de propagation du virus.Quand on pense à ces députés plaidant en faveur d'une "unité de commandement" dans la lutte contre le virus...Politiquement dit, on paye la situation politique inédite du pays, avec des pouvoirs asymétriques et la N-VA dans l'opposition fédérale, mais à la tête de l'exécutif flamand. Les nationalistes feront tout pour démontrer que ce pays ne fonctionne pas bien, pour préserver sa chasse gardée régionale et pousser les francophones vers le confédéralisme. Quant aux francophones, ils commencent à assumer le fédéralisme quasi confédéral de notre pays, mais du bout des lèvres.Il n'est guère aisé de retrouver ses jeunes dans ces annonces à répétition, qui n'aident certainement pas à faciliter l'adhésion des Belges. Pourtant, il y a urgence. Les experts ont d'ailleurs pris le relais dès vendredi en misant sur les influenceurs pour faire passer le message - ce qui est certainement une action bienvenue, complémentaire à celle des autorités.Que l'on ne s'y trompe pas: il est certes naturel dans un Etat fédéral que des mesures soient adaptées aux réalités régionales. Mais la séquence de vendredi et de ce week-end a été désastreuse parce que le consensus forcé au fédéral était minimaliste et que les francophones ont dû agir dans l'urgence après avoir docilement présenté les mesures le matin, Bruxelles devant attendre le lendemain pour des raisons d'organisation. L'annonce inattendue pour les écoles francophone, tombée le dimanche à l'heure de la fin du JT, en a surpris plus d'un et rajouté une couche l'impression de panique.Comme le dit le proverbe, il ne sert à rien de pleurer le lait répandu. L'heure est à la "solidarité nationale", au respect des mesures et les Belges doivent se comporter comme une équipe de onze millions de personnes", dixit le Premier ministre Alexander De Croo. Nous n'avons tout simplement pas le choix alors que la barre des hospitalisations a dépassé les 500 sur un jour, que le taux de positivité est de 20% et que le nombre de contaminations ne veut plus dire grand-chose vu que le système des tests est submergé. L'épidémie semble bel et bien hors de contrôle et on croise les doigts pour que ce ne soit pas le cas.Partout en Europe, on regarde notre pays avec inquiétude. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung, un quotidien allemand de référence pour les milieux économiques, analyse les raisons pour lesquelles la situation en Belgiqueest complètement hors de contrôle. Résumé d'un internaute : "Masques non-obligatoires depuis fin septembre sous Wilmès, puis récemment réintroduit, les résultats de tests peuvent prendre jusqu'à une semaine afin d'être obtenus, les asymptomatiques plus testés et on demande de rester à la maison (sans contrôle), le tracing déficient..." Autant de chaos évitables. Une source de haut niveau nous disait vendredi que l'on payait sans aucun doute le vide de pouvoir et les négociations fédérales, qui ont empêché de prendre les premières mesures à temps alors que l'épidémie repartait de plus belle.Karoline Haese, fondatrice de HealthCare for Tomorrow, assène : "Tout est compliqué en Belgique. Commandes de matériel, approbation de tests mêmes reconnus ailleurs, shift de compétences, processus de remboursement, prise de décision, communication... les partis extrémistes flamands n'ont plus qu'à attendre et à ramasser. Triste."Le constat est terrible. En attendant, il s'agit de faire le gros dos pour inverser la courbe s'il est encore temps. Restez chez vous!