"La vérité du moment. Covid-19, une aventure humaine." C'est le nom de l'opération lancée depuis novembre sur YouTube par l'Ihecs, école de journalisme bruxelloise, au sujet de la crise sanitaire dantesque que nous traversons. Avec, à la clé, une volonté de prendre du recul par rapport à cette vérité martelée qui ne sera - peut-être... pas celle des lendemains. Le premier résultat, que nous avons scruté, contient des expressions intéressantes, sans que ce ne soit une thèse bien sûr : davantage des bribes pour nourrir la réflexion.
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"La vérité du moment. Covid-19, une aventure humaine." C'est le nom de l'opération lancée depuis novembre sur YouTube par l'Ihecs, école de journalisme bruxelloise, au sujet de la crise sanitaire dantesque que nous traversons. Avec, à la clé, une volonté de prendre du recul par rapport à cette vérité martelée qui ne sera - peut-être... pas celle des lendemains. Le premier résultat, que nous avons scruté, contient des expressions intéressantes, sans que ce ne soit une thèse bien sûr : davantage des bribes pour nourrir la réflexion.Amandine Bisqueret, chargé de communication à l'Ihecs, est à la source de ce projet. En raison d'un mal être personnel et d'une réflexion plus large. "Pour moi, la crise que l'on vit aujourd'hui, cela a été un révélateur, explique-t-elle à Mammouth, le média créé par l'Ihecs. On a pressé sur un bouton rouge et toutes les crises qui étaient latentes ou qui existaient déjà, comme le climat, ont été amplifiées. Je suis devenue complètement parano." Chez elle, cela s'est traduit par une expression réellement physique. "Tous les symptômes que l'on décrit comme les symptômes Covid, je les ai eus, prolonge-t-elle. Et pourtant, j'ai été testée trois fois et j'étais négative. Donc, je pense vraiment que j'ai été victime d'un effet nocébo, l'inverse de l'effet placébo. Je suis allée voir de nombreux médecins, parce que cela a duré quatre mois. Je suis une privilégiée, qu'est-ce que ce doit être pour les autres." Voilà pourquoi elle s'est dit : "Le fait d'aborder la crise d'un point de vue, c'est passer à côté de toute une série d'explications du phénomène""Quand Amandine est venue nous parler de ses interrogations, on s'est dit : pourquoi pas faire quelque chose?, prolonge Jean-François Raskin administrateur délégué de l'Ihecs. Les questions qu'elles se posaient nous paraissaient pertinentes. On s'est lancé dans cette opération en se disant qu'il y avait quelque chose qui se passait, une façon dont les médias racontent l'histoire, une manière dont le gouvernement raconte une histoire, une manière dont les scientifiques racontent une histoire. L'idée est d'essayer de voir si ces histoires sont cohérentes et de voir s'il n'y a pas quelque chose derrière. On n'est pas dans les théories du complot, on n'est pas dans les a priori ou dans une opération visant à révéler "la" vérité. On est justement dans une phase d'interrogation."Le patron de l'école de journalisme ajoute : "Quand un avocat à Liège, professeur de droit, pose la question de la façon dont on restreint nos libertés fondamentales par le gouvernement, c'est à chacun à se faire son opinion, mais il y a quelque chose d'interpellant : ce n'est pas anodin de décider d'un couvre-feu, ce n'est pas anodin de décider que les magasins seront fermés et qu'on ne peut plus se déplacer, ce n'est pas anodin de décider que dans la sphère privée on doit se décider à deux, trois ou quatre personnes." Quatre étudiants se sont embarqués dans l'aventure. Un projet qui s'inscrit dans la mission de service à la citoyenneté ou à la collectivité de l'enseignement supérieur, justifie-t-il.Voyageons un peu sur la chaîne YouTube qui a été créé pour l'occasion : "La Vérité du moment". Et évoquons trois sujets qui portent à réflexion, à travers ce regard.Plusieurs vidéos concernent le récit médiatique. Avec des interpellations de différents responsables de rédaction, patrons de télévision ou experts de la question"Très vite, nous avons pris la mesure de la crise et nous avons fait une communication à l'ensemble du personnel, dès le 15 mars, souligne Jean-Paul Philippot, administrateur délégué de la RTBF. Nous avons déterminé nos priorités éditoriales. Le premier objectif, c'est l'information dans toutes ses dimensions, sur la situation, mais également le décryptage et l'explication. Deuxième priorité : la création de liens et de contacts entre les gens. Nous allons devoir être passerelle dans une période pendant laquelle les contacts sociaux seront distendus, voir interdits. Et puis il y a un troisième objectif, d'expression des solidarités. Et on dit le 15 mars qu'on devra également divertir, parce que l'on s'attend à une période de grande morosité." La RTBF se profile donc dans sa mission de service public. Il en va de même concernant le port du masque à l'antenne, rendu obligatoire dans certains cas depuis la seconde vague. "C'est un sujet qu'on a débattu avec des épidémiologistes, des virologues et nos services de prévention et de sécurité, souligne Jean-Paul Philippot. Certains ont dit que cela renforçait le caractère anxiogène. Il y a un principe pour nous de protection de nos équipes et de nos invités. Et je pense qu'on est aussi dans l'exemplarité de ce qu'on doit faire."Plusieurs responsables de rédaction sont interpellés au sujet des experts mis en avant dans leur média. "Ce sont des gens qui sont spécialistes : épidémiologistes, virologues, médecin biologistes, dit Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l'info à la RTBF. On a analysé leur rigueur scientifique et leur action réelle." Ils doivent être, à ses yeux, assez critiques et forts dans leur domaine... "En aucun cas, une quelconque autorité autre que la rédaction est intervenue pour dire vous pouvez inviter telle personne et vous devez rejeter telle ou telle personne", ajoute-t-il.Dorian de Meeus, rédacteur en chef de La Libre, estime qu'il s'agit avant tout pour les journalistes de "faire un bon choix par rapport à la question qu'on lui pose". "Ce n'est pas le rôle d'un média de décider qui est plus fréquentable ou qui ne l'est pas, ajoute-t-il, je sais que certains médias ont fait des choix, il fallait les taire parce que certains étaient trop anxiogènes ou trop laxistes." "Notre rôle est surtout de distinguer le vrai du faux", estime encore Joan Conditjs, directeur de LN24, la chaîne en continu. Pour contrer les thèses complotistes ou les nouvelles qui n'en sont pas.Les responsables de "La vérité du moment" recueillent aussi des témoignages illustrant l'impact de certains choix rédactionnels. Ainsi en est-il de Audrey, maman de Martin, qui évoque sa déception de ne pas avoir vu son message relayé au sujet du port du masque. Elle dit avoir été contactée par une télévision pour faire une interview à la sortie de l'école. "J'ai accepté parce que je me suis dit que les choses bougent, raconte-t-elle. L'interview se passe très bien, il m'accorde assez bien de temps. Je suis contente, j'ai l'occasion de m'exprimer. Il me demande quelle solution pour changer ? Là je suis assez radicale, je lui dis qu'il suffit que demain tout le monde se présente sans masque. Un mouvement de désobéissance." Le soir, elle déplore que son "message ne soit" absolument pas passé."Les médias, c'est l'image de la société et s'ils ont autant parlé du virus, c'est aussi parce que les gens étaient tellement obnubilés par le virus, estime dans une autre interview Marie Peltier, enseignante et chercheuse sur les théories du complot. Je pense souvent que l'on fait l'erreur de croire que ce sont les médias qui guident les opinions. Moi, je pense que cela va dans les deux sens, c'est aussi l'opinion qui guide les médias." Sa thèse : dans ces moments de grande peur collective, les médias voient ça comme une manière de répondre à la peur des gens, alors qu'ils l'alimentent aussi.Mais la vérité du moment tente donc de scruter les différentes dimensions de la crise. La parole est à François Gemenne, chercheur FNRS et spécialiste des questions de géopolitique environnementale. "Quelle société pour demain ? Je l'espère un peu plus amusante qu'aujourd'hui, souligne-t-il. Je trouve que le climat aujourd'hui, politique et médiatique, est particulièrement pesant. Je comprends bien évidemment que l'on parle du coronavirus tous les jours, toutes les heures, mais je pense que cela installe un climat qui devient très pesant dans tous les secteurs de la vie et singulièrement pour les jeunes. J'espère une société un peu plus légère et un peu plus optimiste. Je suis frappé de voir comment cette crise du coronavirus, tendu les gens, comme ils ont peur, comme elle a distendu les rapports sociaux de rapport familiaux, amicaux et de ce fait que le climat politique s'est tendu, polarisé."Le chercheur liégeois, fort écouté à Paris, poursuit : "A travers toute son histoire, l'Humanité a parfois été touchée ou décimée par de grandes épidémies. Ce qui est frappant, c'est que l'on est toujours dans une démarche réactive par rapport à cela. On sait que les trois quarts des nouvelles maladies infectieuses aujourd'hui sont des zoonoses, c'est-à-dire des maladies qui nous sont transmises par les animaux. On sait que la destruction de la biodiversité, donc la réduction de la taille des habitats de la faune sauvage, accentue la proximité avec les établissements humains, donc toute une série de grandes épidémies comme Ebola, le sida, la grippe H1N1, la grippe aviaire, évidemment, et comme à nouveau la Covid-19 les zoonoses, et sont donc directement liées à des contacts qu'il y a eu entre les humains et la faune sauvage." Il serait possible de réduire considérablement l'émergence de zoonoses en protégeant davantage la biodiversité."Cette semaine, un dernier volet a été consacré à la question de la vaccination. En se demandant si elle pourrait devenir un jour obligatoire. "C'est une pratique médicale, donc c'est une atteinte à l'intégrité physique et au respect de la vie privée, qui est justifiée par un impératif supérieur de préservation de la santé publique et d'éviter les contagions, donc il est tout à fait possible de rendre un vaccin obligatoire dans ce but-là, souligne Gilles Genicot, avocat à la Cour de cassation et maître de conférence en droit de la santé (ULg).Mais dans ce sujet comme dans tous les autres, la nuance est de mise. Le docteur Martin Zizi, CEO d'Aerendir et ancien professeur de neurophysiologie à la VUB, suggère : "Un vaccin peut être mandaté quand il a une vraie efficacité thérapeutique. On appelle ça l'indice thérapeutique, c'est-à-dire le rapport entre l'action d'avoir un vaccin, quel est le bénéfice et ses risques, et le fait de ne pas avoir de vaccin, quel est le risque encore une fois. Je vais prendre l'exemple de la rougeole. Tout le monde est vacciné contre la rougeole et personne, sauf si on est... je dirais, à côté de ses pompes, ne va refuser le vaccin contre la rougeole. Pourquoi ? Il n'y a pas photo, 100% des enfants font la rougeole et il y a trois chance sur mille de décéder d'encéphalite sclérosante." Mais dans la cadre de la Covid, en citant des chiffres qui prêtent à discussion, il évoque la possibilité d'une obligation "inéthique de forcer un produit qui n'a pas un rapport coût-bénéfices notable"."Ici il n'est pas question de vacciner les enfants ou de vacciner parce qu'on choisit d'aller dans un pays où il y a un risque particulier, ajoute Gilles Génicot. Ici, c'est beaucoup plus large puisqu'il s'agirait d'être vacciné pour avoir accès à toute une série d'activités ou de pratiques presque de la vie quotidienne. Avec cette conséquence que les personnes devraient dire si elles sont vaccinées ou pas, révéler un aspect de leur santé, ce qui pose question sous l'angle du respect du secret médical."Par-delà les complots relayés par certains de façon parfois un peu complaisante, cette crise aux dimensions multiples nourrit, en effet, de nombreux débats de société.