Je suis étudiante. J'ai 18 ans et je suis en première Bac. Comme beaucoup d'autres, je souffre de ma situation. Les cours en virtuel, les bugs techniques, l'isolement. La routine mortifère du Lever -Etudier- Coucher, le tête à tête prolongé avec l'ordinateur, l'horizon réduit aux quatre murs de ma chambre. Par-dessus tout, l'incertitude, et la crainte que cette période de malaise permanent se prolonge indéfiniment. Tout ça, j'en ai ras le bol. Mais vous connaissez la chanson: la détresse étudiante a fait tant de bruit ces derniers temps que vous ne pouvez plus l'ignorer.

Avant toute chose, je me permets une première demande: la considération. Prenez le temps de nous considérer. Le temps de nous écouter. Cessez de réduire notre parole aux excès qui peuvent y apparaître.

Si de la hargne transparait dans les propos des étudiant-e-s, et que parfois, leurs revendications vous semblent inappropriées, je vous demande de faire l'effort de distinguer le poids de la frustration de la critique, qui elle, est le plus souvent sensée. Nous sommes capables de nuances, que croyez-vous? Nous sommes parfaitement conscients que vous n'êtes pas responsables de cette situation, que c'est ce virus qu'il faut blâmer en premier plan. Mais en second plan -sur le plan de la gestion- n'est-ce pas à vous, le politique, d'entrer en jeu? N'existe-t-il pas d'autres alternatives que la suspension totale de tout contact réel sur le campus? Je pense qu'il existe d'autres réponses. Parce que la politique que vous nous proposez depuis novembre, ce n'est pas une solution. C'est une impasse. Nette, et profondément déstructurante.

Ne pensez pas que nous n'avons pas compris les enjeux de votre politique: votre objectif est avant tout d'éviter la saturation des hôpitaux, et nous partageons cette préoccupation. Pour permettre le maintien d'une vie économique et éducative, vous avez opéré des choix stratégiques qui impliquent des sacrifices. Dans le monde de l'enseignement, le secondaire a pu rester partiellement ouvert, et nous qui venons de le quitter, nous savons à quel point les contacts sociaux sont essentiels à ces âges. L'enseignement supérieur, lui, a été entièrement soumis à la règle du travail à distance. Les dégâts qui s'ensuivent sont incommensurables: ils s'appellent décrochage, anxiété, dépressions, passages à l'acte, désespoir abyssal.

Cette détresse, j'ai l'impression que vous l'entendez. C'est vrai, vous me semblez plutôt compatissants dans vos discours. Mais rien ne bouge. Jusqu'à aujourd'hui, l'horizon que vous nous imposez est insoutenable. Allégez ce poids, donnez-nous des perspectives, et accordons-nous pour discuter des conditions dans lesquelles nous pourrons rapidement reprendre le chemin des auditoires. Nous n'exigeons rien d'irraisonné, rien d'imprudent. Nous n'attendons évidemment pas la reprise complète de tous les cours en présentiel. Ce que nous voulons alors? Rien de plus que le dialogue, la volonté d'un compromis, des mots et des mesures pour ouvrir l'avenir.

Autant que la réouverture des auditoires, c'est donc la réouverture du dialogue que nous demandons. Après tout, nous sommes civilisés, et capables de discuter avec maturité. Nous sommes conscients des risques sanitaires. Je pense ne pas me tromper en affirmant que la plupart d'entre nous sont tout à fait prêts à rentrer chez eux directement après les cours, à s'en tenir strictement aux mesures de sécurité. J'appelle donc à la révision de votre position, j'appelle à ce que vous desserriez la bride : juste ce qu'il faut pour que nous nous sentions considérés. Et vivants.

Insérez du dialogue pour équilibrer la balance. Faites-le, et vite. Avant que notre souffrance finisse par avoir raison de notre vaillance.

Alix Lejeune

Je suis étudiante. J'ai 18 ans et je suis en première Bac. Comme beaucoup d'autres, je souffre de ma situation. Les cours en virtuel, les bugs techniques, l'isolement. La routine mortifère du Lever -Etudier- Coucher, le tête à tête prolongé avec l'ordinateur, l'horizon réduit aux quatre murs de ma chambre. Par-dessus tout, l'incertitude, et la crainte que cette période de malaise permanent se prolonge indéfiniment. Tout ça, j'en ai ras le bol. Mais vous connaissez la chanson: la détresse étudiante a fait tant de bruit ces derniers temps que vous ne pouvez plus l'ignorer. Avant toute chose, je me permets une première demande: la considération. Prenez le temps de nous considérer. Le temps de nous écouter. Cessez de réduire notre parole aux excès qui peuvent y apparaître. Si de la hargne transparait dans les propos des étudiant-e-s, et que parfois, leurs revendications vous semblent inappropriées, je vous demande de faire l'effort de distinguer le poids de la frustration de la critique, qui elle, est le plus souvent sensée. Nous sommes capables de nuances, que croyez-vous? Nous sommes parfaitement conscients que vous n'êtes pas responsables de cette situation, que c'est ce virus qu'il faut blâmer en premier plan. Mais en second plan -sur le plan de la gestion- n'est-ce pas à vous, le politique, d'entrer en jeu? N'existe-t-il pas d'autres alternatives que la suspension totale de tout contact réel sur le campus? Je pense qu'il existe d'autres réponses. Parce que la politique que vous nous proposez depuis novembre, ce n'est pas une solution. C'est une impasse. Nette, et profondément déstructurante. Ne pensez pas que nous n'avons pas compris les enjeux de votre politique: votre objectif est avant tout d'éviter la saturation des hôpitaux, et nous partageons cette préoccupation. Pour permettre le maintien d'une vie économique et éducative, vous avez opéré des choix stratégiques qui impliquent des sacrifices. Dans le monde de l'enseignement, le secondaire a pu rester partiellement ouvert, et nous qui venons de le quitter, nous savons à quel point les contacts sociaux sont essentiels à ces âges. L'enseignement supérieur, lui, a été entièrement soumis à la règle du travail à distance. Les dégâts qui s'ensuivent sont incommensurables: ils s'appellent décrochage, anxiété, dépressions, passages à l'acte, désespoir abyssal.Cette détresse, j'ai l'impression que vous l'entendez. C'est vrai, vous me semblez plutôt compatissants dans vos discours. Mais rien ne bouge. Jusqu'à aujourd'hui, l'horizon que vous nous imposez est insoutenable. Allégez ce poids, donnez-nous des perspectives, et accordons-nous pour discuter des conditions dans lesquelles nous pourrons rapidement reprendre le chemin des auditoires. Nous n'exigeons rien d'irraisonné, rien d'imprudent. Nous n'attendons évidemment pas la reprise complète de tous les cours en présentiel. Ce que nous voulons alors? Rien de plus que le dialogue, la volonté d'un compromis, des mots et des mesures pour ouvrir l'avenir.Autant que la réouverture des auditoires, c'est donc la réouverture du dialogue que nous demandons. Après tout, nous sommes civilisés, et capables de discuter avec maturité. Nous sommes conscients des risques sanitaires. Je pense ne pas me tromper en affirmant que la plupart d'entre nous sont tout à fait prêts à rentrer chez eux directement après les cours, à s'en tenir strictement aux mesures de sécurité. J'appelle donc à la révision de votre position, j'appelle à ce que vous desserriez la bride : juste ce qu'il faut pour que nous nous sentions considérés. Et vivants.Insérez du dialogue pour équilibrer la balance. Faites-le, et vite. Avant que notre souffrance finisse par avoir raison de notre vaillance.Alix Lejeune