Peut-on décemment nous confiner indéfiniment, j'entends aucune grande perspective en vue, un horizon bouché, qui laisse perplexe, inquiet, sans voix, si ce n'était la voix de la sagesse qui fait malheureusement trop souvent défaut. Les jeunes accusent le coup, les adultes accusent le coup, les "vieux" accusent le coup ! Ca fait beaucoup, ne trouvez-vous pas ! J'ai mis personnellement beaucoup d'espoir dans la vaccination. Mais à l'allure où ça va, je crains le pire !

Covid: J'accuse... le coup

Oserais-je dire chers décideurs que la situation devient complètement ubuesque. Où est le problème ? Je me dis, sans être un véritable expert, que plus on tarde, plus on donne du crédit au virus, plus il sera à même de muter, ses variants devenant de plus en plus virulents, contagieux, insensibles aux vaccins actuellement actifs.

Mais qu'est-ce-qui coince, j'ai vraiment difficile à comprendre ! Déjà que pour les tests massifs, la pilule a été très amère, je ne la digère toujours pas d'ailleurs, nos capacités de testing dépassant et de loin ce que l'on fait dans la réalité. Pourquoi, j'aimerais comprendre. C'est pourtant selon moi un des moyens les plus efficaces pour contrer l'épidémie surtout lorsque le virus montre quelques signes de stagnation, ce qui semble être toujours le cas actuellement. Les chiffres du jour nous autorisent en effet à envisager une politique de "clustering" de la population, isoler les contaminés le temps qu'il faudra, protéger les plus faibles, les plus vulnérables, offrir dès lors des perspectives à l'ensemble de la population. Les dégâts économiques, psychologiques sont nombreux, incalculables sans doute, mais révéleront leurs principales conséquences dans les mois, les années qui viennent.

J'en arrive à la conclusion que le modèle des restrictions liberticides qu'on nous impose ne fonctionne pas comme on le voudrait !

En bon (certains diront ça reste à prouver) scientifique que je suis, j'en arrive à la conclusion que le modèle des restrictions liberticides qu'on nous impose ne fonctionne pas comme on le voudrait ! De vague en vague, les chiffres oscillent inlassablement, éloignant toute perspective positive. Il nous faut un horizon, un but à atteindre, et très sincèrement j'en doute de plus en plus. Soit le modèle n'est pas assez restrictif, mais je n'ose imaginer les conséquences d'un lockdown complet que je ne souhaite évidemment pas, soit il nous faut trouver, expérimenter, un nouveau modèle, et c'est mon choix !

En effet, nous fonctionnons dans un registre très particulier d'autorisations spécifiques pour telle ou telle activité ! Ainsi, les footballeurs professionnels poursuivent leurs compétitions, sans public certes, alors que les divisions amateurs et provinciales, sans compter les jeunes de plus de 12 ans, sont à l'arrêt. Pire, plus aucune perspective pour la saison actuelle puisque c'est entendu dorénavant que les compétitions ne reprendront plus ! Et on n'a même pas pensé à offrir une alternative ! J'ai presqu'envie de pleurer.

C'est aussi vrai dans d'autres sports évidemment. Raisonnable, compréhensible, justifié... je voudrais à nouveau comprendre ! Nos jeunes et moins jeunes encore aptes à pratiquer un sport (généralement à un bon niveau) sont donc privés d'exercices physiques collectifs, privés de tout type de sociabilité, confinés dans un enfermement psychologique dévastateur. Ceci étant, les sports pratiqués dans les écoles sportives ou dans les disciplines sportives sont maintenus, limités certes, mais maintenus ! Et sous contrôle ! A nouveau où est le problème ? La solution est dans un testing massif et dans la vaccination ! Je me répète, mais j'accuse...le coup !

J'accuse le coup d'être tenu enfermé dans une approche qui ne laisse que très peu de place à l'espoir.

J'oserais l'analogie avec nos pauvres restaurateurs, c'est comme si on autorisait les restaurants étoilés à ré-ouvrir, mais que les brasseries restaient closes au public. Heureusement on n'y est pas encore ! La solidarité est de mise et la reprise le sera tout autant !

Ah ces variants qui nous enquiquinent, la faute à pas de chance tenterait-on de nous faire croire ! Mais c'était prévisible, un virus à ARN fonctionne toujours de la sorte non ? Et qui plus est lorsque des réservoirs insensibles assurent sa prolifération, ce qui semble être le cas pour le SARS-Cov-2, dernier virus émergeant transmis de l'animal à l'homme ! La priorité est sans aucun doute dans la gestion de crise, mais la priorité doit aussi se focaliser sur la compréhension des mécanismes de transmission et sur l'identification des facteurs de l'hôte réservoir qui visiblement le protège efficacement de la pathologie. Il est un fait que les mouvements de population et la modification des écosystèmes des espèces réservoirs (l'élevage intensif de visons par exemple) tend à multiplier les risques de pandémie zoonotique. A vos portefeuilles !

J'accuse donc le coup d'être tenu enfermé dans une approche qui ne laisse que très peu de place à l'espoir. J'accuse donc le coup de voir à quel point on peut être inefficace, la vaccination annoncée se fait attendre, peine, se ralentit même (à ce rythme là, on sera tous vaccinés en 2024) - ma maman, 80 ans, en dialyse trois fois par semaine (en insuffisance rénale, un des facteurs, si pas le plus, à risque de développer des formes graves de Covid-19) n'est toujours pas vaccinée. Je croise les doigts à chacune de ces visites à l'hôpital !

J'accuse le coup de voir à quel point nos jeunes sont "sacrifiés"

J'accuse le coup de voir à quel point nos jeunes sont "sacrifiés", et il ne suffit pas de s'en émouvoir comme beaucoup le font dans les médias et à leur tribune ! S'en rendre compte c'est déjà bien, agir c'est mieux !

J'accuse le coup de voir à quel point les alternatives ne sont même pas envisagées par nos experts. Sont-ils à ce point têtus ? Est-ce complètement irréaliste de cibler les personnes à risque, de les protéger "individuellement" et avec leur consentement, et surtout de les inscrire dans un plan de vaccination planifié, urgent, autorisant les autres, les moins sensibles, à une reprise d'une activité plus ou moins à la normale. Les gestes arrière peuvent (doivent) être maintenus évidemment. Le testing doit être étendu à l'ensemble de la population active, seule option vraiment rationnelle et raisonnable d'un suivi et d'un contrôle de l'épidémie. J'accuse le coup psychologique d'un enseignement à distance (que je ne souhaite plus, autant pour moi que pour mes étudiants) qui pèse et qui rend "ma" pédagogie de l'échange obsolète, inutile, inefficace, impossible. J'accuse le coup pour notre personnel soignant, qui lui aussi, et surtout, a besoin de perspectives, et de visions surtout sur le moyen et le long terme. Ils et elles ont besoin d'y croire !

J'accuse le coup tout simplement ! Et pour paraphraser mon modèle, pour ceux et celles qui l'auront compris, ma protestation enflammée n'est que le cri de mon âme.

Rudi CLOOTS vice-recteur à l'Université de Liège

Peut-on décemment nous confiner indéfiniment, j'entends aucune grande perspective en vue, un horizon bouché, qui laisse perplexe, inquiet, sans voix, si ce n'était la voix de la sagesse qui fait malheureusement trop souvent défaut. Les jeunes accusent le coup, les adultes accusent le coup, les "vieux" accusent le coup ! Ca fait beaucoup, ne trouvez-vous pas ! J'ai mis personnellement beaucoup d'espoir dans la vaccination. Mais à l'allure où ça va, je crains le pire ! Oserais-je dire chers décideurs que la situation devient complètement ubuesque. Où est le problème ? Je me dis, sans être un véritable expert, que plus on tarde, plus on donne du crédit au virus, plus il sera à même de muter, ses variants devenant de plus en plus virulents, contagieux, insensibles aux vaccins actuellement actifs. Mais qu'est-ce-qui coince, j'ai vraiment difficile à comprendre ! Déjà que pour les tests massifs, la pilule a été très amère, je ne la digère toujours pas d'ailleurs, nos capacités de testing dépassant et de loin ce que l'on fait dans la réalité. Pourquoi, j'aimerais comprendre. C'est pourtant selon moi un des moyens les plus efficaces pour contrer l'épidémie surtout lorsque le virus montre quelques signes de stagnation, ce qui semble être toujours le cas actuellement. Les chiffres du jour nous autorisent en effet à envisager une politique de "clustering" de la population, isoler les contaminés le temps qu'il faudra, protéger les plus faibles, les plus vulnérables, offrir dès lors des perspectives à l'ensemble de la population. Les dégâts économiques, psychologiques sont nombreux, incalculables sans doute, mais révéleront leurs principales conséquences dans les mois, les années qui viennent.En bon (certains diront ça reste à prouver) scientifique que je suis, j'en arrive à la conclusion que le modèle des restrictions liberticides qu'on nous impose ne fonctionne pas comme on le voudrait ! De vague en vague, les chiffres oscillent inlassablement, éloignant toute perspective positive. Il nous faut un horizon, un but à atteindre, et très sincèrement j'en doute de plus en plus. Soit le modèle n'est pas assez restrictif, mais je n'ose imaginer les conséquences d'un lockdown complet que je ne souhaite évidemment pas, soit il nous faut trouver, expérimenter, un nouveau modèle, et c'est mon choix !En effet, nous fonctionnons dans un registre très particulier d'autorisations spécifiques pour telle ou telle activité ! Ainsi, les footballeurs professionnels poursuivent leurs compétitions, sans public certes, alors que les divisions amateurs et provinciales, sans compter les jeunes de plus de 12 ans, sont à l'arrêt. Pire, plus aucune perspective pour la saison actuelle puisque c'est entendu dorénavant que les compétitions ne reprendront plus ! Et on n'a même pas pensé à offrir une alternative ! J'ai presqu'envie de pleurer. C'est aussi vrai dans d'autres sports évidemment. Raisonnable, compréhensible, justifié... je voudrais à nouveau comprendre ! Nos jeunes et moins jeunes encore aptes à pratiquer un sport (généralement à un bon niveau) sont donc privés d'exercices physiques collectifs, privés de tout type de sociabilité, confinés dans un enfermement psychologique dévastateur. Ceci étant, les sports pratiqués dans les écoles sportives ou dans les disciplines sportives sont maintenus, limités certes, mais maintenus ! Et sous contrôle ! A nouveau où est le problème ? La solution est dans un testing massif et dans la vaccination ! Je me répète, mais j'accuse...le coup !J'oserais l'analogie avec nos pauvres restaurateurs, c'est comme si on autorisait les restaurants étoilés à ré-ouvrir, mais que les brasseries restaient closes au public. Heureusement on n'y est pas encore ! La solidarité est de mise et la reprise le sera tout autant !Ah ces variants qui nous enquiquinent, la faute à pas de chance tenterait-on de nous faire croire ! Mais c'était prévisible, un virus à ARN fonctionne toujours de la sorte non ? Et qui plus est lorsque des réservoirs insensibles assurent sa prolifération, ce qui semble être le cas pour le SARS-Cov-2, dernier virus émergeant transmis de l'animal à l'homme ! La priorité est sans aucun doute dans la gestion de crise, mais la priorité doit aussi se focaliser sur la compréhension des mécanismes de transmission et sur l'identification des facteurs de l'hôte réservoir qui visiblement le protège efficacement de la pathologie. Il est un fait que les mouvements de population et la modification des écosystèmes des espèces réservoirs (l'élevage intensif de visons par exemple) tend à multiplier les risques de pandémie zoonotique. A vos portefeuilles !J'accuse donc le coup d'être tenu enfermé dans une approche qui ne laisse que très peu de place à l'espoir. J'accuse donc le coup de voir à quel point on peut être inefficace, la vaccination annoncée se fait attendre, peine, se ralentit même (à ce rythme là, on sera tous vaccinés en 2024) - ma maman, 80 ans, en dialyse trois fois par semaine (en insuffisance rénale, un des facteurs, si pas le plus, à risque de développer des formes graves de Covid-19) n'est toujours pas vaccinée. Je croise les doigts à chacune de ces visites à l'hôpital ! J'accuse le coup de voir à quel point nos jeunes sont "sacrifiés", et il ne suffit pas de s'en émouvoir comme beaucoup le font dans les médias et à leur tribune ! S'en rendre compte c'est déjà bien, agir c'est mieux !J'accuse le coup de voir à quel point les alternatives ne sont même pas envisagées par nos experts. Sont-ils à ce point têtus ? Est-ce complètement irréaliste de cibler les personnes à risque, de les protéger "individuellement" et avec leur consentement, et surtout de les inscrire dans un plan de vaccination planifié, urgent, autorisant les autres, les moins sensibles, à une reprise d'une activité plus ou moins à la normale. Les gestes arrière peuvent (doivent) être maintenus évidemment. Le testing doit être étendu à l'ensemble de la population active, seule option vraiment rationnelle et raisonnable d'un suivi et d'un contrôle de l'épidémie. J'accuse le coup psychologique d'un enseignement à distance (que je ne souhaite plus, autant pour moi que pour mes étudiants) qui pèse et qui rend "ma" pédagogie de l'échange obsolète, inutile, inefficace, impossible. J'accuse le coup pour notre personnel soignant, qui lui aussi, et surtout, a besoin de perspectives, et de visions surtout sur le moyen et le long terme. Ils et elles ont besoin d'y croire ! J'accuse le coup tout simplement ! Et pour paraphraser mon modèle, pour ceux et celles qui l'auront compris, ma protestation enflammée n'est que le cri de mon âme.Rudi CLOOTS vice-recteur à l'Université de Liège