La crise sanitaire impacte le commun des mortels en général, mais aussi chacun en particulier dans sa sphère d'activité. À ma connaissance, on a peu étudié le retentissement de la pandémie sur la santé mentale des experts. Il est vrai que ceux-ci, la tête parée de l'auréole scientifique, apparaissent souvent comme situés en dehors ou au-dessus de la mêlée. Souvent aussi, dans les circonstances courantes, "non covidiennes", ils restent à l'intérieur de leur temple. Hormis l'un ou l'autre d'entre eux, courtisés par les médias et prêts à dispenser un avis sur tout, ils préfèrent et pratiquent la discrétion du chercheur plutôt que l'exposition publique.

Or soudain une cohorte non négligeable de ces experts scientifiquement étiquetés virologues, infectiologues, épidémiologistes, professeurs en santé publique, etc., est sortie du bois pour envahir l'espace public. Reconnaissons qu'ils ont été débusqués par les médias, tous canaux confondus. Néanmoins, à voir l'efflorescence de leurs déclarations, faut-il écarter tout de go l'hypothèse d'une répercussion de la crise sur leur psychisme ?

En psychiatrie, la lalomanie - du grec lalô, "bavarder", et mania, "folie" - qualifie le "désir incessant de parler". Certains experts en seraient-ils affectés ? Ce trouble expliquerait-il le caractère intempestif de certains propos, tout en estompant la responsabilité de leur auteur ?

Masques, bulles, distanciation physique, contacts sociaux, surfaces à toucher - carton, plastique, métal, aliments, etc. - ont fait l'objet à l'infini de commentaires d'une diversité déconcertante. Ces avis personnels, que le citoyen risque de croire scientifiquement fondés puisqu'ils émanent de scientifiques, n'aident personne à s'y retrouver.

Au citoyen est adressé un vibrant appel à la solidarité. Où donc se niche la solidarité de ces experts-là ? Peut-être dans leur façon d'appliquer les mesures de précaution de la vie quotidienne. Mais trop rarement dans leurs agissements médiatiques. On ne leur demande pas d'être tous du même avis. Mais comment le simple bon sens ne leur souffle-t-il pas que la disparité d'opinions réputées scientifiques complique à l'extrême la mise en oeuvre de la solidarité, c'est-à-dire l'application raisonnable des mesures définies ?

Un Comité de concertation existe. Selon les cas, il s'entoure d'experts spécifiques censés éclairer les décisions politiques. Le citoyen peut espérer et supposer que les participants ont été choisis pour leur compétence. Sans doute y a-t-il débat et l'échange d'avis produit-il une forme de synthèse dont s'inspire le politique. Une fois la décision prise et les mesures arrêtées, la suite relève de la solidarité de tous, vous et moi. Et tous les autres.

À ce stade, quel est le rôle le plus efficace pour des scientifiques extérieurs au CNS ? Poursuivre leurs recherches bien sûr. Mais aussi garder le silence s'ils ne sont pas convaincus de la pertinence de telle ou telle option retenue par les autorités. Quel intérêt autre qu'une éphémère notoriété médiatique s'ils tendent ipso facto une perche aux réfractaires, aux récalcitrants ou aux hésitants ? Ceux-ci pourraient refuser les gestes qui sauvent en arguant, in petto ou à visage découvert, que le professeur Untel suspecte la limite, la précaution ou la règle arrêtées par le CNS.

Comme chacun de nous, les experts sont invités à la solidarité. En appliquant les mesures qui éloigneront l'épidémie. En ne donnant pas aux autres des raisons de les contourner ou de les boycotter. À bon escient, que le masque se convertisse en bâillon.

François-Xavier Druet

Docteur en Philosophie et Lettres

La crise sanitaire impacte le commun des mortels en général, mais aussi chacun en particulier dans sa sphère d'activité. À ma connaissance, on a peu étudié le retentissement de la pandémie sur la santé mentale des experts. Il est vrai que ceux-ci, la tête parée de l'auréole scientifique, apparaissent souvent comme situés en dehors ou au-dessus de la mêlée. Souvent aussi, dans les circonstances courantes, "non covidiennes", ils restent à l'intérieur de leur temple. Hormis l'un ou l'autre d'entre eux, courtisés par les médias et prêts à dispenser un avis sur tout, ils préfèrent et pratiquent la discrétion du chercheur plutôt que l'exposition publique.Or soudain une cohorte non négligeable de ces experts scientifiquement étiquetés virologues, infectiologues, épidémiologistes, professeurs en santé publique, etc., est sortie du bois pour envahir l'espace public. Reconnaissons qu'ils ont été débusqués par les médias, tous canaux confondus. Néanmoins, à voir l'efflorescence de leurs déclarations, faut-il écarter tout de go l'hypothèse d'une répercussion de la crise sur leur psychisme ?En psychiatrie, la lalomanie - du grec lalô, "bavarder", et mania, "folie" - qualifie le "désir incessant de parler". Certains experts en seraient-ils affectés ? Ce trouble expliquerait-il le caractère intempestif de certains propos, tout en estompant la responsabilité de leur auteur ?Masques, bulles, distanciation physique, contacts sociaux, surfaces à toucher - carton, plastique, métal, aliments, etc. - ont fait l'objet à l'infini de commentaires d'une diversité déconcertante. Ces avis personnels, que le citoyen risque de croire scientifiquement fondés puisqu'ils émanent de scientifiques, n'aident personne à s'y retrouver.Au citoyen est adressé un vibrant appel à la solidarité. Où donc se niche la solidarité de ces experts-là ? Peut-être dans leur façon d'appliquer les mesures de précaution de la vie quotidienne. Mais trop rarement dans leurs agissements médiatiques. On ne leur demande pas d'être tous du même avis. Mais comment le simple bon sens ne leur souffle-t-il pas que la disparité d'opinions réputées scientifiques complique à l'extrême la mise en oeuvre de la solidarité, c'est-à-dire l'application raisonnable des mesures définies ?Un Comité de concertation existe. Selon les cas, il s'entoure d'experts spécifiques censés éclairer les décisions politiques. Le citoyen peut espérer et supposer que les participants ont été choisis pour leur compétence. Sans doute y a-t-il débat et l'échange d'avis produit-il une forme de synthèse dont s'inspire le politique. Une fois la décision prise et les mesures arrêtées, la suite relève de la solidarité de tous, vous et moi. Et tous les autres.À ce stade, quel est le rôle le plus efficace pour des scientifiques extérieurs au CNS ? Poursuivre leurs recherches bien sûr. Mais aussi garder le silence s'ils ne sont pas convaincus de la pertinence de telle ou telle option retenue par les autorités. Quel intérêt autre qu'une éphémère notoriété médiatique s'ils tendent ipso facto une perche aux réfractaires, aux récalcitrants ou aux hésitants ? Ceux-ci pourraient refuser les gestes qui sauvent en arguant, in petto ou à visage découvert, que le professeur Untel suspecte la limite, la précaution ou la règle arrêtées par le CNS.Comme chacun de nous, les experts sont invités à la solidarité. En appliquant les mesures qui éloigneront l'épidémie. En ne donnant pas aux autres des raisons de les contourner ou de les boycotter. À bon escient, que le masque se convertisse en bâillon.François-Xavier DruetDocteur en Philosophie et Lettres