Le 17 mars, l'Université de Namur, réinvente une technique pour détecter rapidement et massivement le Covid-19. Deux jours plus tard, le jeudi 19 mars, le Ministre de l'Intérieur Pieter De Crem intervient pour bloquer 180.000 tests et un stock de réactifs d'une mystérieuse société wallonne. Motif : l'entreprise risquait de vendre ces précieux produits à l'étranger. La mesure est exceptionnelle. "Il est de mon devoir, en tant que Ministre de l'Intérieur et de la Sécurité, de faire ce qui est dans l'intérêt de la population de notre pays, y compris de procéder à cette saisie", assure Pieter De Crem dans un communiqué.

L'épisode tient malheureusement du gag (ou heureusement, vu l'absence de conséquences graves). La saisie du Ministre était destinée à...l'Université de Namur. L'action musclée du Ministre aurait pu détruire la totalité des réactifs stockés. Retour sur un couac du gouvernement.

Pas de moufles

La planète entière cherche à enrayer la pandémie du coronavirus. A Namur, les virologues échangent, cherchent. Le professeur Benoit Muylkens et son équipe veulent mettre au point d'un protocole pour réaliser le test de dépistage avec les plateformes automatisées.

Le vendredi13 mars, le chercheur Nicolas Gillet de l'Université de Namur prend contact avec un de ses amis qui travaille à Eurogentec. Basée à Seraing, cette société de biotechnologie est spécialisée dans la trituration du génome humain. Elle pourrait aider les chercheurs. "Il nous a parlé de ses besoins de réactifs pour une nouveau test de dépistage 'coronavirus', raconte Lieven Janssens, CEO d'Eurogentec. Les chercheurs ont travaillé le week-end sur le protocole et en début de semaine, tout en étant en contact avec l'AFMPS (l'agence de médicaments belge, Ndlr), ils nous ont signalé le besoin de produire les réactifs."

Eurogentec se montre très efficace. Le mercredi 18 mars, son site en Angleterre produit 150 kits de réactifs, permettant à terme la fabrication de 180.000 tests. On ne parle donc pas de caisses de tests sérologiques type 'tests de grossesse'. "Ce réactif, c'est la pierre angulaire d'un super puzzle, c'est une pièce hyper importante mais elle n'est permet pas de faire le test en soi, explique le chercheur Gillet. C'est une petite fiole à maintenir à moins 80° et qui doit être processé dans un labo universitaire."

Jeudi 19 en matinée, les 150 précieux kits sont livrés.

L'après-midi, la police et la protection civile débarquent avec une ordonnance du Ministre De Crem. Le réactif doit être saisi. Problème: les kits sont dans un congélateur adapté à ce type de produits. Les agents ont oublié leurs moufles et n'avaient pas prévus que les produits seraient gelés... "Nous avons expliqué que ces réactifs avaient spécifiquement été fabriqués pour les hôpitaux belges, raconte Lieven Janssens. Nous étions un peu surpris de cette action. Ils comptaient prendre les caisses mais elles doivent être gardées à -80°. Si on avait laissé faire, nous aurions perdu tous les réactifs. On a eu une discussion constructive et ils ont compris que c'était mieux de les laisser chez nous."

Précipitations et méconnaissance

Le Ministre assurait intervenir dans l'intérêt de son propre pays ? Il a failli détruire un stock de réactifs à destination d'une université belge. Pourquoi une telle démarche ? "Le facteur "urgence" était crucial, le besoin était identifié par la Santé publique, explique Erik Eenaerts, porte-parole de Pieter De Crem. On n'a pas voulu perdre de temps. Nous, nous ne sommes pas au courant de la destination des tests."

Ce stock est toujours aujourd'hui propriété de l'Etat. Le Ministre a promis un dédommagement. "Nous avons été informés entretemps que les kits seront payés par les laboratoires qui les utilisent" explique Eurogentec. Hors de question pour l'entreprise de polémiquer. "Ce ne fut pas très agréable comme expérience mais tout le monde est sous pression, nous essayons d'être constructifs et notre priorité est de lutter contre cette maladie."

"Eurogentec n'a jamais eu l'intention de vendre ces réactifs à l'étranger, poursuit Nicolas Gillet. Pour le chercheur, un tel couac, " c'est probablement de la précipitation mêlée avec de la méconnaissance du produit." Une histoire belge sans conséquence, et quelques interrogations sur la pertinence de cette action gouvernementale.

Olivier Bailly

Le 17 mars, l'Université de Namur, réinvente une technique pour détecter rapidement et massivement le Covid-19. Deux jours plus tard, le jeudi 19 mars, le Ministre de l'Intérieur Pieter De Crem intervient pour bloquer 180.000 tests et un stock de réactifs d'une mystérieuse société wallonne. Motif : l'entreprise risquait de vendre ces précieux produits à l'étranger. La mesure est exceptionnelle. "Il est de mon devoir, en tant que Ministre de l'Intérieur et de la Sécurité, de faire ce qui est dans l'intérêt de la population de notre pays, y compris de procéder à cette saisie", assure Pieter De Crem dans un communiqué.L'épisode tient malheureusement du gag (ou heureusement, vu l'absence de conséquences graves). La saisie du Ministre était destinée à...l'Université de Namur. L'action musclée du Ministre aurait pu détruire la totalité des réactifs stockés. Retour sur un couac du gouvernement.La planète entière cherche à enrayer la pandémie du coronavirus. A Namur, les virologues échangent, cherchent. Le professeur Benoit Muylkens et son équipe veulent mettre au point d'un protocole pour réaliser le test de dépistage avec les plateformes automatisées.Le vendredi13 mars, le chercheur Nicolas Gillet de l'Université de Namur prend contact avec un de ses amis qui travaille à Eurogentec. Basée à Seraing, cette société de biotechnologie est spécialisée dans la trituration du génome humain. Elle pourrait aider les chercheurs. "Il nous a parlé de ses besoins de réactifs pour une nouveau test de dépistage 'coronavirus', raconte Lieven Janssens, CEO d'Eurogentec. Les chercheurs ont travaillé le week-end sur le protocole et en début de semaine, tout en étant en contact avec l'AFMPS (l'agence de médicaments belge, Ndlr), ils nous ont signalé le besoin de produire les réactifs."Eurogentec se montre très efficace. Le mercredi 18 mars, son site en Angleterre produit 150 kits de réactifs, permettant à terme la fabrication de 180.000 tests. On ne parle donc pas de caisses de tests sérologiques type 'tests de grossesse'. "Ce réactif, c'est la pierre angulaire d'un super puzzle, c'est une pièce hyper importante mais elle n'est permet pas de faire le test en soi, explique le chercheur Gillet. C'est une petite fiole à maintenir à moins 80° et qui doit être processé dans un labo universitaire."Jeudi 19 en matinée, les 150 précieux kits sont livrés.L'après-midi, la police et la protection civile débarquent avec une ordonnance du Ministre De Crem. Le réactif doit être saisi. Problème: les kits sont dans un congélateur adapté à ce type de produits. Les agents ont oublié leurs moufles et n'avaient pas prévus que les produits seraient gelés... "Nous avons expliqué que ces réactifs avaient spécifiquement été fabriqués pour les hôpitaux belges, raconte Lieven Janssens. Nous étions un peu surpris de cette action. Ils comptaient prendre les caisses mais elles doivent être gardées à -80°. Si on avait laissé faire, nous aurions perdu tous les réactifs. On a eu une discussion constructive et ils ont compris que c'était mieux de les laisser chez nous."Le Ministre assurait intervenir dans l'intérêt de son propre pays ? Il a failli détruire un stock de réactifs à destination d'une université belge. Pourquoi une telle démarche ? "Le facteur "urgence" était crucial, le besoin était identifié par la Santé publique, explique Erik Eenaerts, porte-parole de Pieter De Crem. On n'a pas voulu perdre de temps. Nous, nous ne sommes pas au courant de la destination des tests." Ce stock est toujours aujourd'hui propriété de l'Etat. Le Ministre a promis un dédommagement. "Nous avons été informés entretemps que les kits seront payés par les laboratoires qui les utilisent" explique Eurogentec. Hors de question pour l'entreprise de polémiquer. "Ce ne fut pas très agréable comme expérience mais tout le monde est sous pression, nous essayons d'être constructifs et notre priorité est de lutter contre cette maladie.""Eurogentec n'a jamais eu l'intention de vendre ces réactifs à l'étranger, poursuit Nicolas Gillet. Pour le chercheur, un tel couac, " c'est probablement de la précipitation mêlée avec de la méconnaissance du produit." Une histoire belge sans conséquence, et quelques interrogations sur la pertinence de cette action gouvernementale.Olivier Bailly