Elle était assise sur les bancs réservés au public. Pas sur ceux des avocats: Corinne Herrmann ne portait pas la toge. Pas encore. Mais cette juriste écoutait, scrutait, jaugeait Michel Fourniret. Pour le faire condamner, elle qui conseillait alors l'avocat des parties civiles, Didier Seban. Mais aussi parce qu'elle était déjà persuadée que la liste de ses victimes était bien plus longue que celle des crimes pour lesquels le psychopathe était jugé, lors de son procès à Charleville-Mézières en mai 2008.
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Elle était assise sur les bancs réservés au public. Pas sur ceux des avocats: Corinne Herrmann ne portait pas la toge. Pas encore. Mais cette juriste écoutait, scrutait, jaugeait Michel Fourniret. Pour le faire condamner, elle qui conseillait alors l'avocat des parties civiles, Didier Seban. Mais aussi parce qu'elle était déjà persuadée que la liste de ses victimes était bien plus longue que celle des crimes pour lesquels le psychopathe était jugé, lors de son procès à Charleville-Mézières en mai 2008. L'ogre des Ardennes est mort, le 10 mai dernier. Enterré avec ses derniers secrets. Corinne Herrmann aura toutefois réussi à lui en faire cracher quelques-uns: les meurtres de Joanna Parrish, Marie-Angèle Domèce et Estelle Mouzin. Toutes trois portées disparues, toutes trois négligées par la justice et les enquêteurs. Jusqu'à ce que la juriste française se batte pour rouvrir leurs dossiers, enfin clos par les aveux de Michel Fourniret et son épouse Monique Olivier. Tel est son mode opératoire: spécialiste de cold cases, ces affaires anciennes non résolues, Corinne Herrmann rassemble des faits, compare les profils des victimes, établit des similitudes, tisse des liens géographiques, analyse les dossiers criminels de la région... Puis, sur la base des similitudes obtenues - parfois en faisant appel à un détective privé -, pousse la justice à rouvrir les dossiers qui, en leur temps, furent souvent assez mal traités. "On déroule toutes les pistes qui n'ont pas été exploitées pour les fournir à un juge d'instruction, à des enquêteurs, décrivait-elle en décembre dernier lors d'une interview à Brut. Une fois que tout le monde regarde dans le même sens [...], on avance assez vite et, en règle générale, on identifie assez rapidement l'auteur des faits." Sur le mur de son bureau parisien du boulevard Saint-Germain, une carte de France où elle épingle les affaires criminelles et un tableau de chasse des tueurs confondus grâce à son acharnement. Comme Pascal Jardin, ouvrier agricole qui avait violé et poignardé 123 fois Christelle Blétry en 1996, puis qui avait refait tranquillement sa vie pendant dix-huit ans. Marié, père de deux enfants. Condamné grâce à des traces ADN. Ou encore Jean-Pierre Mura, reconnu coupable du meurtre de Christelle Maillery, 29 ans après les faits. "Beaucoup y voient l'explication de ce que je fais", racontait-elle à Marie-Claire en décembre, évoquant l'enlèvement de sa petite soeur alors qu'elle avait 14 ans. Le ravisseur la relâche au bout de quelques heures, trompé par sa coupe courte: il préfère les garçons... Plus tard, Corinne Herrmann étudia le droit (des affaires) mais ne le pratiqua pas tout de suite. Elle fit d'abord carrière dans la distribution, comme chargée de développement d'une enseigne de linge de maison. Elle tomba malade, s'arrêta deux ans, fut ensuite embauchée comme juriste au cabinet de son oncle avocat, Pierre Gonzalez de Gaspard. Elle travailla sur l'affaire des disparues de l'Yonne (elle rédigera un livre du même nom), ces sept jeunes handicapées enlevées et assassinées par le tueur en série Emile Louis. Mais son oncle entend alors confier cette affaire médiatique à son fils. Virée, dégoûtée, elle rejoignit le cabinet de Didier Seban et prêta enfin serment comme avocate en 2010. Selon les potins télévisés français, elle aurait inspiré et participé à l'écriture d'une prochaine sérié produite par TF1, Post Mortem. Affaire non classée.