" Pour l'entreprise, oui, c'est une bonne chose. Pour les mille personnes qui vont être débarquées, évidemment, moins. " Pascal (1), cadre depuis une vingtaine d'années chez GSK, décrit les petites baronnies, la compétition entre services, la non-concertation... Il en est donc persuadé : la restructuration annoncée le 5 février sera bénéfique. Et était devenue quasi inévitable. " Il y a trop de personnel. Tout le monde en est convaincu. " A cause du rachat du département vaccins de Novartis à Rixensart, en 2016, qui avait entraîné son lot de doublons. A cause des engagements massifs, ces dernières années. A cause des évolutions de carrière. " Les personnes qui travaillent en production subissent beaucoup de stress, de pression. Au bout de dix, quinze, vingt ans, elles essaient d'en sortir et évoluent davantage vers des fonctions de support. " Gonflant la masse de cadres.
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" Pour l'entreprise, oui, c'est une bonne chose. Pour les mille personnes qui vont être débarquées, évidemment, moins. " Pascal (1), cadre depuis une vingtaine d'années chez GSK, décrit les petites baronnies, la compétition entre services, la non-concertation... Il en est donc persuadé : la restructuration annoncée le 5 février sera bénéfique. Et était devenue quasi inévitable. " Il y a trop de personnel. Tout le monde en est convaincu. " A cause du rachat du département vaccins de Novartis à Rixensart, en 2016, qui avait entraîné son lot de doublons. A cause des engagements massifs, ces dernières années. A cause des évolutions de carrière. " Les personnes qui travaillent en production subissent beaucoup de stress, de pression. Au bout de dix, quinze, vingt ans, elles essaient d'en sortir et évoluent davantage vers des fonctions de support. " Gonflant la masse de cadres. Fabien (2), fraîchement débauché par une start-up pharmaceutique, raconte la lasagne hiérarchique de son ancienne unité de production. " Un directeur, un senior manager, un manager logistique, un manager de production, des cadres superviseurs, plus un premier technicien par unité. Pour moi, il y avait des postes bidon, des profils qui ne servaient pas à grand-chose. " Alors, bon, il ne s'est pas non plus senti révolté par l'annonce de cette réorganisation. " La seule chose qui choque, renchérit Pascal, c'est que l'entreprise annonce une année excellente. " Plus de 500 millions de bénéfices pour la division belge, 3,6 milliards au niveau mondial, a calculé le PTB. " Toutes les restructurations restent interpellantes, car elles sont le signe d'une stratégie qui n'a pas fonctionné, rappelle Paul Verdin, professeur d'économie à la Solvay Brussels School. Une société qui anticipe bien ne devrait pas avoir à licencier de la sorte. " 720 employés et 215 contrats à durée déterminée qui ne seront pas renouvelés. Un dixième des 9 000 salariés du plus gros employeur privé de Wallonie. Même si l'annonce n'a nullement surpris en interne, où la direction, depuis quelque temps, incitait aux départs volontaires, elle n'a évidemment ravi personne, bien que tout le monde ignore encore s'il pourrait être concerné ou non. " Il y a ceux, comme moi, qui avaient jusqu'ici connu une époque où l'on était protégé et qui se sentent davantage affectés, dépeint Pascal. Puis il y a ceux qui ont déjà connu un scénario similaire ailleurs et qui sont fatalistes. " Voilà pour l'ambiance. Pas de catastrophisme. " La firme a du cash, poursuit le cadre. Donc, les gens sont persuadés que, même s'ils sont virés, ce sera avec un bon package de départ. " Convaincus, peut-être aussi, qu'ils pourront retrouver du travail. Plus facilement qu'un ouvrier de Caterpillar ou d'ArcelorMittal. Depuis 2005, dans le secteur pharmaceutique wallon, l'emploi a connu une croissance annuelle de 7,5 %, selon Biowin. Le pôle de compétitivité santé estime, sur la base de cette tendance et des perspectives d'embauche avancées par ses membres, qu'entre 1 800 et 3 000 emplois pourraient être vacants d'ici à trois ans. Or, déjà aujourd'hui, le recrutement est une fameuse galère. Les universités et les hautes écoles diplôment insuffisamment. Pour Sylvie Ponchaut, directrice de Biowin, les licenciements de GSK pourraient donc, paradoxalement, " doper l'écosystème pharmaceutique wallon ". Une manne inespérée de talents à recruter. " Pour les travailleurs concernés, la restructuration est bien sûr une mauvaise nouvelle, mais qui peut être relativisée par une note d'espoir et d'optimisme, anticipe-t-elle. Environ 185 sociétés sont actives dans le secteur des sciences de la vie et nous arrivons à un stade où la plupart des pépites, parfois après quinze à vingt ans de développement d'un produit, sont prêtes à s'industrialiser et à recruter. " Et de citer Mithra à Flémalle, Xpress Biologics à Herstal, Promethera à Mont-Saint-Guibert, Delphi Genetics et Masthercell à Charleroi, UCB à Braine-l'Alleud, qui va investir 300 millions dans la construction d'une nouvelle usine et créer 150 emplois... Bref, l'annonce de GSK ne semble pas augurer la mort d'un secteur, à la différence des licenciements massifs annoncés, ces dernières années, dans les secteurs industriels, bancaires ou de la grande distribution. " Par rapport à Caterpillar, à Ford, à la sidérurgie, on n'est pas confronté à la fin d'un modèle, mais plutôt à un groupe qui se restructure principalement, je pense, pour des raisons financières ", analyse Bruno Bauraind, spécialiste des multinationales au Gresea (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative). Frédéric Druck, administrateur délégué d'essenscia wallonie (la fédération de la chimie et des sciences de la vie), prédit que la multinationale " continuera à avoir un effet structurant sur l'écosystème du biotech wallon. Les collaborations avec les centres de recherche, avec les universités, avec les entreprises de service ne vont pas cesser. Peut-être même que la firme va encore plus outsourcer qu'avant ! " Retour probable à la case " pénurie de talents ". " Ce n'est pas de la science- fiction d'imaginer que les gens qui vont perdre leur emploi ne retrouveront peut-être pas un poste dans une grande entreprise, mais pourraient être embauchés par des PME, pressent le professeur Jean-Luc Balligand (UCLouvain), ancien vice-président de Biowin. Il existe aussi toute une série de spin-off, de toutes petites firmes naissantes qui recherchent des CEO et des CFO. " Peut-être qu'il sera, effectivement, plus facile à Pascal ou à d'autres cadres de retrouver un emploi qu'un ouvrier en sidérurgie ou une caissière de Carrefour. " Mais on ne sait pas qui sont ceux qui vont être remerciés, nuance-t-il. Les critères seront-ils basés sur l'âge, l'ancienneté, la performance ? Ce ne sont peut-être pas les meilleurs 10 % qui vont partir. " La proximité d'un départ à la pension et l'approximation des compétences ne sont, aux dernières nouvelles, effectivement pas des atouts sur le marché de l'emploi. Même en cas de pénurie.