Georges-Louis Bouchez (MR) et Joachim Coens (CD&V) sont les nouveaux "faiseurs de roi", dont les partis constituent désormais la charnière "centrale" d'un paysage politique fédéral dominé par le PS et la N-VA. Ils doivent tenter de sortir le pays de l'ornière et forcer des compromis.

Pour réussir leur mission, les présidents du CD&V et du MR devront vraisemblablement fermer une porte et tenter d'en ouvrir une autre.

Première étape : les deux hommes pourraient rouvrir une porte à la N-VA. Joachim Coens, peu après son élection à la tête du CD&V, a dit qu'elle devrait "jouer un rôle" dans la formation du futur gouvernement fédéral. Du côté flamand, Open VLD et CD&V prendraient un risque énorme en entrant dans une majorité "kamikaze", minoritaire dans leur groupe linguistique, sans avoir au moins donné la possibilité aux nationalistes de jouer cartes sur table. Georges-Louis Bouchez, durant la campagne électorale du MR, a répété qu'il serait malsain de laisser de côté le premier parti du pays. Tous deux devraient donc mettre réellement Bart De Wever à l'épreuve. Le leader nationaliste a-t-il vraiment l'envie de réussir ? On peut en douter à l'écoute de ses diatribes contre les "électeurs passifs francophones". Mais on ne peut le laisser éternellement dans sa posture préférée de Calimero. Cette première étape viserait à forcer ce dialogue PS - N-VA qui n'a pas eu lieu. Quitte à constater que la N-VA ne voit d'autre issue que le confédéralisme, inacceptable côté francophone.

Deuxième étape : Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens pourraient, une fois cette porte refermée, prolonger le travail entamé par Paul Magnette et "bleuir" sa note. Le président du PS a eu le mérite de construire un récit cohérent et de travailler sur le fond des politiques à mener. Sa note finale a été recalée par le MR, l'Open VLD et le CD&V, mais... temporairement. Et elle a balisé un chemin qui a le mérite d'exister. Il manquait l'un ou l'autre geste complémentaire - surtout sur le terrain de la flexibilité socio-économique - pour convaincre ces trois partis de monter dans une coalition d'unité nationale alliant socialistes, libéraux, sociaux-chrétiens et écologistes. Les présidents du MR et du CD&V peuvent réorienter la rédaction de ce récit commun. Le retour vers la N-VA serait une façon intelligente ou machiavélique - c'est selon... - de forcer de nouvelles concessions du PS.

La réussite de Coens et Bouchez passera par leur capacité à mettre leurs tripes sur la table.

"Au vu des coalitions fédérales possibles, il n'y a qu'une certitude : il faudra bien, à terme, qu'un parti cède, en sachant qu'il risque de préparer sa défaite en 2024", avançait le politologue Jean-Benoit Pilet (ULB), au soir des élections. Pour atteindre ce point de basculement, la crise risquerait de pourrir longtemps et d'abîmer en profondeur notre vivre ensemble. Voilà pourquoi la nouvelle mission royale doit avancer à rythme soutenu. Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens remettront un premier rapport au Palais le 20 décembre. Ils ont une obligation de résultat. Car l'alternative serait un retour aux urnes qui creuserait encore le fossé belgo-belge.

Ces deux informateurs pourront-ils faire le pari de l'audace, de la créativité et de l'ambition pour négocier un programme gouvernemental susceptible d'affronter les défis de notre temps - socio-économiques, climatiques, identitaires, démocratiques ? L'équation complexe du moment ne laisse pas augurer de folles ambitions. Mais leur réussite passera précisément par leur capacité à mettre leurs tripes sur la table et à affronter les vents mauvais.

Vous voulez en savoir plus sur la formation du gouvernement fédéral ? Retrouvez les commentaires et les analyses de nos spécialistes dans Le Vif/L'Express de ce jeudi 12 décembre et sur levif.be.

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Georges-Louis Bouchez (MR) et Joachim Coens (CD&V) sont les nouveaux "faiseurs de roi", dont les partis constituent désormais la charnière "centrale" d'un paysage politique fédéral dominé par le PS et la N-VA. Ils doivent tenter de sortir le pays de l'ornière et forcer des compromis. Pour réussir leur mission, les présidents du CD&V et du MR devront vraisemblablement fermer une porte et tenter d'en ouvrir une autre.Première étape : les deux hommes pourraient rouvrir une porte à la N-VA. Joachim Coens, peu après son élection à la tête du CD&V, a dit qu'elle devrait "jouer un rôle" dans la formation du futur gouvernement fédéral. Du côté flamand, Open VLD et CD&V prendraient un risque énorme en entrant dans une majorité "kamikaze", minoritaire dans leur groupe linguistique, sans avoir au moins donné la possibilité aux nationalistes de jouer cartes sur table. Georges-Louis Bouchez, durant la campagne électorale du MR, a répété qu'il serait malsain de laisser de côté le premier parti du pays. Tous deux devraient donc mettre réellement Bart De Wever à l'épreuve. Le leader nationaliste a-t-il vraiment l'envie de réussir ? On peut en douter à l'écoute de ses diatribes contre les "électeurs passifs francophones". Mais on ne peut le laisser éternellement dans sa posture préférée de Calimero. Cette première étape viserait à forcer ce dialogue PS - N-VA qui n'a pas eu lieu. Quitte à constater que la N-VA ne voit d'autre issue que le confédéralisme, inacceptable côté francophone.Deuxième étape : Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens pourraient, une fois cette porte refermée, prolonger le travail entamé par Paul Magnette et "bleuir" sa note. Le président du PS a eu le mérite de construire un récit cohérent et de travailler sur le fond des politiques à mener. Sa note finale a été recalée par le MR, l'Open VLD et le CD&V, mais... temporairement. Et elle a balisé un chemin qui a le mérite d'exister. Il manquait l'un ou l'autre geste complémentaire - surtout sur le terrain de la flexibilité socio-économique - pour convaincre ces trois partis de monter dans une coalition d'unité nationale alliant socialistes, libéraux, sociaux-chrétiens et écologistes. Les présidents du MR et du CD&V peuvent réorienter la rédaction de ce récit commun. Le retour vers la N-VA serait une façon intelligente ou machiavélique - c'est selon... - de forcer de nouvelles concessions du PS. "Au vu des coalitions fédérales possibles, il n'y a qu'une certitude : il faudra bien, à terme, qu'un parti cède, en sachant qu'il risque de préparer sa défaite en 2024", avançait le politologue Jean-Benoit Pilet (ULB), au soir des élections. Pour atteindre ce point de basculement, la crise risquerait de pourrir longtemps et d'abîmer en profondeur notre vivre ensemble. Voilà pourquoi la nouvelle mission royale doit avancer à rythme soutenu. Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens remettront un premier rapport au Palais le 20 décembre. Ils ont une obligation de résultat. Car l'alternative serait un retour aux urnes qui creuserait encore le fossé belgo-belge.Ces deux informateurs pourront-ils faire le pari de l'audace, de la créativité et de l'ambition pour négocier un programme gouvernemental susceptible d'affronter les défis de notre temps - socio-économiques, climatiques, identitaires, démocratiques ? L'équation complexe du moment ne laisse pas augurer de folles ambitions. Mais leur réussite passera précisément par leur capacité à mettre leurs tripes sur la table et à affronter les vents mauvais.