La longue interview accordée par Bart De Wever, président de la N-VA, à nos confrères de Knack, a au moins le mérite de la clarté pour les francophones. On y découvre un homme figé dans ses certitudes de droite, que la presse flamande ennuie tant elle défend une pensée unique de gauche. Un homme, aussi, qui se plonge bien plus volontiers dans Ciceron et les penseurs romains que dans ses contemporains. Ce n'est guère étonnant. C'est d'ailleurs une constante de cette suédoise: elle a tendance à mépriser ses contradicteurs, jusqu'à ne plus les lire ou les écouter avec un zeste de condescendance.
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La longue interview accordée par Bart De Wever, président de la N-VA, à nos confrères de Knack, a au moins le mérite de la clarté pour les francophones. On y découvre un homme figé dans ses certitudes de droite, que la presse flamande ennuie tant elle défend une pensée unique de gauche. Un homme, aussi, qui se plonge bien plus volontiers dans Ciceron et les penseurs romains que dans ses contemporains. Ce n'est guère étonnant. C'est d'ailleurs une constante de cette suédoise: elle a tendance à mépriser ses contradicteurs, jusqu'à ne plus les lire ou les écouter avec un zeste de condescendance.Mais au-delà de cet air hautain, l'homme abat ses cartes pour les prochaines élections de législatives et régionales de 2019, confirmant en passant qu'il se verrait bien rempiler à la présidence de son parti - contrairement à ce qu'il avait prétendu jusqu'ici. Et cela concerne au premier plan le sud du pays, comme de bien entendu. Passons brièvement sur ce que l'on subodorait sans se tromper: les grèves sauvages des dernières semaines en Wallonie furent du pain béni pour le parti nationaliste flamand. "Chaque jour, les grévistes wallons ont démontré que la N-VA avait raison", souligne-t-il. Mais pour le reste, voici comment De Wever veut peser sur le choix démocratique francophone. Bien qu'il s'en défend: lorsqu'il demande quand il compte créer une section de la N-VA en Wallonie, il rétorque qu'"il ne faut jamais se mêler d'une autre démocratie"...Ah bon? Indirectement, alors! Car voici ce qu'il exprime à notre intention: "Lors des élections de 2019, les partis de la majorité devront rendre des comptes sur la politique menée dans les deux démocraties. J'espère que la tendance de centre-droit sera renforcée en Wallonie. Parce que si la gauche venait à progresser en 2019 en Wallonie, alors nous nous trouverions dans un scénario de 'failed nation', cela ne pourrait pas continuer de la sorte. Si l'on dit en Wallonie que l'on ne peut pas accepter la démocratie belge et que l'on n'accepte pas que la Belgique soit gouvernée par une majorité démocratique, il faut en accepter les conséquences. Alors la Wallonie doit dire: nous voulons être un petit pays de gauche, une sorte de petite Grèce dans le Nord."Merci du conseil. Ce faisant, la N-VA balise très bien les enjeux du prochain scrutin. Cette information doit d'ailleurs être mise en relation avec la possibilité laissée ouverte par Elio Di Rupo de poursuivre son rôle de président au-delà de 2019 - très symboliquement, passé le cap des 67 ans. Bien que critiqué en interne, d'aucuns lui prêtent la volonté de savourer sa revanche sur le MR en reprenant le 16 à Charles Michel. Tant Di Rupo que Magnette ont en outre, pour des raisons très stratégiques, entrouvert une porte au PTB.Voici donc, chers électeurs francophones, vos choix possibles pour 2019:- Votez à droite pour le MR et vous sauverez le pays. Bart vous adoube en ce sens. Mais vous prolongerez aussi directement la suédoise avec sa politique ultré-libérale largement décriée en Wallonie.- Votez à gauche et vous opterez pour le chaos, à géométrie variable selon que ce soit pour le PS ou pour ses "satellites". Bart vous met en garde. Car vous créerez les conditions d'un Etat défaillant, à réformer selon les principes vertueux (selon la N-VA) du confédéralisme. Précision d'importance: pour ce faire, la N-VA et le PS devraient, d'une manière ou d'une autre, se mettre ensemble autour de la table. Pour vous motiver, Bart rappelle que, dans un second temps, la Wallonie (à la N-VA, on oublie toujours Bruxelles, et pour cause) deviendrait une "petite Grèce". Heureuse perspective.Ceci dit, sans nous mêler nous non plus de ce qui ne nous regarde pas, chers électeurs flamands, vous pouvez vous aussi peser sur la décision ultime.Votez un peu plus au centre ou à gauche (pour le SP.A, Groen voire le CD&V) et vous ouvrez une troisième perspective. Car si la famille socialiste redevient la première place du pays et que les conditions sont remplies, elle pourra toujours opter pour une coalition progressiste au niveau fédéral, quitte à ce qu'elle soit minoritaire du côté flamand. C'est là le principe, très sain, de l'alternance idéologique. Et c'est sans doute, cher Bart, le rêve d'Elio. A bon entendeur...