Ce lundi midi, Jean-Michel De Waele organise un colloque exceptionnel : à l'occasion d'un webinaire diffusé en ligne, ce professeur de sciences politiques de l'ULB réunit des chercheurs de nombreux pays pour une première analyse politique de la gestion de la crise du coronavirus. Du Japon au Texas, ses collèges vont s'exprimer en direct au cours d'une réunion sur laquelle le soleil ne se couchera jamais. C'est un moment symbolique pour ce réseau comptant déjà 300 chercheurs, initié par le Belge avec un collègue de Marseille, Laurent Sermet, professeur de droit. Jean-Michel De Waele nous explique la démarche et tire déjà quelques conclusions.
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Ce lundi midi, Jean-Michel De Waele organise un colloque exceptionnel : à l'occasion d'un webinaire diffusé en ligne, ce professeur de sciences politiques de l'ULB réunit des chercheurs de nombreux pays pour une première analyse politique de la gestion de la crise du coronavirus. Du Japon au Texas, ses collèges vont s'exprimer en direct au cours d'une réunion sur laquelle le soleil ne se couchera jamais. C'est un moment symbolique pour ce réseau comptant déjà 300 chercheurs, initié par le Belge avec un collègue de Marseille, Laurent Sermet, professeur de droit. Jean-Michel De Waele nous explique la démarche et tire déjà quelques conclusions.Comment est né ce réseau de chercheurs sur le coronavirus?L'idée m'est venue au tout début du confinement en Belgique. En réfléchissant à ce qui se déroulait sous mes yeux, je me suis dit que, pour la première fois depuis le début de la mondialisation, tous les pays vivaient la même crise, au même moment, en étant touché de la même manière. Pour quelqu'un comme moi qui travaille sur la politique comparée, c'est un défi extraordinaire d'analyser la façon dont les Etats allaient réagir. Pour être complet, je précise que cette idée m'est venue en faisant la file devant mon supermarché habituel : c'était l'heure où les gens se ruaient pour acheter du papier-toilette en masse. Certains de mes collèges avaient visiblement déjà tout compris de ce phénomène sans avoir pris le temps de l'analyser, moi je cherchais à comprendre.Comment concrétiser cette volonté?En en parlant autour de moi, j'ai appris qu'un collègue de Marseille, Laurent Sermet, se posait les mêmes questions. Nous avons échangé par Skype, avant de lancer un appel à la constitution d'un réseau de recherche international. Nous ne nous faisions guère d'illusion, on pensait avoir 20 ou 25 réponses, mais nous en sommes déjà à plus de 300, très bien répartis géographiquement. La langue officielle du réseau est le français. Nous voulions aussi toucher l'Afrique, ce qui est le cas. Mais très rapidement, de nombreux collègues d'Amérique latine nous ont rejoint. Aujourd'hui, ce réseau se répand hors de notre contrôle.Quels sont vos objets d'étude?Nous faisons des réunions régulièrement pour évoquer des grandes thématiques : les politiques publiques, les effets sur les organisations internationales, les conséquences sur les échanges économiques... Cela donne lieu à des rencontres très drôles à distance, avec le collègue du Canada qui prend son croissant pendant que le Japonais nous presse parce qu'il est l'heure pour lui d'aller se coucher. Nous aurons, par exemple, un travail particulier sur les experts parce que tout le monde a été frappé par leur importance : qui sont-ils ? quel est leur rapport aux politiques ? cela révèle-t-il un renouveau de la recherche scientifique ? Nous évoquerons encore le rôle de la religion dans les différents pays ou l'effet de l'organisation de l'Etat, selon qu'il soit centralisé ou décentralisé. Un de nos objectifs est aussi de travailler sur les récits nationaux, sur la façon dont la crise a été évoquée. Il y a des pays qui ont été fiers de leurs réactions d'autres où les politiques sont traités d'incapables.Vous organisez un webinaire exceptionnel ce lundi...Nous en avons déjà organisé un au sujet plus spécifiquement de l'Europe centrale et orientale, pour évoquer la façon dont ces pays ont finalement été peu touchés alors que l'on y prédisait le pire au vu de leurs systèmes de santé peu performants. Cette fois, il s'agit vraiment d'un tour du monde qui débute au Japon et se termine au Texas pour faire des premières comparaisons en vue d'un livre qui sera éditions aux éditions de l'ULB. Nous aurons de nombreux collègues, y compris dans des pays comme la Russie ou la Turquie, pour évaluer la façon dont des régimes autoritaires ont réagi.Vous avez aussi initié un blog où se trouvent déjà de nombreuses contributions. Les premières conclusions?C'est évidemment tôt vu que le Brésil est encore en plein crise et que le Texas commence son confinement. Mais ce qui frappe à la lecture de ses contributions, c'est de voir que tous les pays ont réagi avec leur culture politique nationale, alors qu'il s'agit d'une crise mondiale. On peut le voir en comparant la Belgique et la France. Notre pays a répété le chaos institutionnel permanent, en donnant l'impression de gérer les choses de façon peu efficace et en générant des déceptions par rapport au monde politique. La France, au contraire, était très centralisée, avec Macron venant à la télévision, le verbe haut. Mais au final, notre Première ministre venait avec des interventions très pragmatiques, peut-être au raz-des-pâquerettes, mais donnant des mesures concrètes. En France, au-delà de grandes idées pour changer la société, il n'y avait pas grand-chose.Pour suivre le webinaire en ligne: https://cuni-cz.zoom.us/meeting/register/tJEpf-ipqzIsHtGYajqn1fiZFVdSIYb-SzQW