Les organisateurs de la grand-messe du monde agricole et rural n'avaient pas connaissance de gros problèmes liés à la chaleur, vendredi en fin de journée. Diverses mesures avaient été prises pour soulager tant que faire se peut les visiteurs mais aussi les animaux.

Le thème de cette année, "Qui construira nos villes demain?", marque la volonté des organisateurs de mettre en avant la filière bois wallonne comme solution dans la lutte contre le réchauffement climatique. "La canicule de ces jours-ci nous rappelle dans nos corps l'urgence des impératifs climatiques", a souligné le président de la Foire, Jean-François Piérard, dans son discours inaugural, citant les mots prononcés par Jacques Chirac au Sommet de la Terre de Johannesburg, en 2002: "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs".

Le bois, matériau noble, durable et local, est une ressource précieuse et pourtant quelque peu dédaignée, a-t-on regretté. "Ce bois de construction est là, à portée de main. Or, que voyons-nous trop souvent? De magnifiques grumes chargées dans d'énormes conteneurs maritimes partir de l'autre côté de la terre pour y être transformées et revenir dans nos contrées sous forme d'objets manufacturés après avoir parcouru des milliers de kilomètres", a déploré le président de la Foire de Libramont. "C'est quand même incroyable. Nous n'avons pas de pétrole, nous n'avons pas de gaz mais nous avons le bois; pourtant on fait quasi comme s'il n'existait pas".

Par ailleurs, l'accord de libre-échange récemment conclu entre l'Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay) était sur toutes les lèvres vendredi, d'aucuns dénonçant le volet agricole d'un texte qui risque de nuire aux agriculteurs européens, et singulièrement wallons, déjà confrontés à de multiples crises. Les agriculteurs ont l'impression d'avoir été sacrifiés par "l'Europe" sur l'autel des intérêts d'autres secteurs, comme l'industrie automobile allemande et française, l'industrie pharmaceutique ou la viticulture.

"Pourquoi importer cette agriculture que l'on ne veut pas chez soi? Pourquoi importer ce qu'on produit ici en qualité et en quantité? Pourquoi ce non-respect tant des agriculteurs que des consommateurs européens? Pourquoi mettre en péril l'agriculture familiale d'ici et de là-bas?", a interrogé la présidente de la Fédération wallonne de l'agriculture (Fwa), Marianne Streel, plaidant pour des politiques cohérentes. "On ne peut exiger des normes environnementales et sociales, une traçabilité de plus en plus stricte, un budget agricole européen de plus en plus réduit, laver ici toujours de plus en plus blanc et accepter de nous mettre en concurrence avec des produits venant de fermes usines du Mercosur, par exemple, qui ne respectent nullement nos critères de production", a-t-elle encore dénoncé.

La Fwa a invité les nombreux ministres et parlementaires présents à Libramont à signer sa pétition contre l'accord UE-Mercosur. Celui-ci autorise notamment les pays du Mercosur à exporter vers le Vieux Continent des quotas de viande bovine, de volailles, de sucre et d'éthanol à des tarifs douaniers réduits. Pour la viande bovine, la possibilité est offerte aux pays sud-américains d'exporter vers l'Union européenne 99.000 tonnes à des tarifs de 7,5% au lieu de 40%.

Le ministre-président wallon sortant, Willy Borsus (MR), les ministres wallons MR Jeholet, Crucke et De Bue, mais aussi le ministre de l'Agriculture, René Collin (cdH), qui n'a pas de mots assez durs contre un accord tantôt qualifié de "peste", tantôt de "gifle" aux agriculteurs et consommateurs, mais aussi la présidente du Sénat, Sabine Laruelle (MR), le président du cdH, Maxime Prévot, et plusieurs parlementaires Ecolo ont signé la pétition de la Fwa.

Le ministre fédéral de l'Agriculture, Denis Ducarme (MR), n'a pas signé la pétition mais a averti que "la messe n'(était) pas dite". "Nous allons continuer à mettre la pression, tous ensemble, afin que la Commission européenne nous garantisse une équivalence en termes de normes sanitaires et de respect des normes environnementales. Nous ne désarmons pas, ni au niveau fédéral ni au niveau régional. Cet accord n'est pas encore un traité et ce traité n'a pas encore été ratifié. Nous nous mobiliserons pour que nos agriculteurs ne souffrent pas davantage", a-t-il assuré.

Quant au ministre wallon de l'Agriculture sortant, René Collin, il vit à Libramont ses derniers jours en tant que ministre, cinq ans après avoir accédé aux responsabilités, déjà à l'occasion de la Foire agricole. S'il devait retenir une réforme, une seule, de ses cinq ans passés aux commandes de l'agriculture wallonne? Le nouveau bail à ferme, adopté dernièrement et qui entrera en vigueur le 1er janvier 2020. "On n'y avait plus touché depuis 1969, à l'exception d'une petite réforme en 1988. C'était un pari: on disait que j'allais me casser les dents. Ce n'est pas une réformette, on a réalisé un équilibre entre les droits des propriétaires et des locataires. On a rendu davantage de sens au droit de propriété, tout en maintenant une sécurité d'exploitation pour les agriculteurs. On a donné du souffle à l'accès des jeunes à la terre. On a renforcé la sécurité juridique", a déclaré René Collin à l'agence Belga.

La Foire de Libramont se poursuivra jusqu'à lundi, avant deux jours de démonstrations forestières à Bertrix, mardi et mercredi. L'évènement ardennais est la foire agricole en plein air la plus importante d'Europe. Libramont accueille chaque année plus de 200.000 visiteurs et quelque 800 exposants, auxquels s'ajoutent quelque 40.000 visiteurs lors des démonstrations en forêt.