Ce début de semaine ensoleillé met les mesures de restriction sanitaires à rude épreuve dans notre pays. Les trains bondés vers la Côte et les parcs remplis suscitent bien des commentaires acerbes ou des critiques répétées à l'encontre des décisions du Comité de concertation, prises la semaine dernière. Tandis que, fait peu commun, la CEO de la SNCB, Sophie Dutordoir, et le ministre de tutelle, Georges Gilkinet (Ecolo) soulignent combien il est peu aisé de faire respecter les décisions prises.
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Ce début de semaine ensoleillé met les mesures de restriction sanitaires à rude épreuve dans notre pays. Les trains bondés vers la Côte et les parcs remplis suscitent bien des commentaires acerbes ou des critiques répétées à l'encontre des décisions du Comité de concertation, prises la semaine dernière. Tandis que, fait peu commun, la CEO de la SNCB, Sophie Dutordoir, et le ministre de tutelle, Georges Gilkinet (Ecolo) soulignent combien il est peu aisé de faire respecter les décisions prises.Ce mercredi, comme mardi, l'affluenc est importante. "Les trains à destination de la côte sont déjà bien remplis, il y a du monde à bord", a déclaré ce mercredi Bart Crols, porte-parole de la SNCB, à Het Nieuwsblad.Même si la fréquentation semble toutefois à ce stade moins importante que mardi: "Le plan d'urgence n'a pas encore été activé. S'il y a plus de monde, nous serons prêts à répartir les voyageurs et à canaliser les foules". La SNCB a une nouvelle fois incité les voyageurs à ne pas se rendre à la mer, ce mercredi matin, et déconseiller d'ailleurs de le faire jusqu'à la fin des vacances de Pâques.La gestion de ce début de semaine ne va pas sans poser de questions. Les responsables politiques flamands, y compris au sein des partis de la majorité, sont remontés.Les images des trains et des gares bondés défèrlent depuis mardi matin. "Cette affluence était prévue, d'autant qu'il n'y a comme on le sait aucune limitation qui est de mise sur les voyages en Belgique, souligne, légèrement acerbe, Sophie Dutordoir, dans un entretien au Soir. Il fait beau, les écoles sont en congé, les gens ont légitimement envie de sortir de chez eux, on leur a offert des billets de trains gratuits: c'est toute la Belgique qui a été invitée à se déplacer..."Elle précise que la SNCB n'a pas pour vocation de faire la police, alors qu'il avait été décidé de limiter le nombre de voyageurs, en n'autorisant de s'asseoir que le long de la fenêtre. "C'est une responsabilité collective, qui doit amener tous les maillons d'une même chaîne à travailler de concert, dit-elle. La pandémie n'aime pas les jeux politiques, il ne sert à rien de se refiler la patate chaude et je refuse qu'avec la SNCB, on tire sur l'ambulance. La Belgique politique a décidé qui peut ou non se déplacer et n'a pas limité les déplacements touristiques dans le pays. C'est un fait, comme c'est un fait que les gens veulent se déplacer. On ne peut donc pas demander à la seule SNCB, où se présentent tous les candidats au voyage, d'organiser l'entonnoir."Georges Gilkinet, vice-Premier Ecolo en charge de la Mobilité, a été soumis au feu des critiques, mardi en commission de la Chambre. Il a soutenu les mesures prises par la SNCB pour tenter de canaliser le flux.Le ministre a également défendu la décision de ne pas limiter la liberté de déplacement, qu'il juge "cruciale pour le bien-être mental", une décision assumée par le Comité de concertation de la semaine dernière. Georges Gilikinet a également tenté de décourager la foule d'aller à la mer en appelant les candidats touristes à découvrir "les autres destinations de notre beau pays"."Interdire les activités à l'extérieur, fermer les écoles, imposer le télétravail, s'en prendre aux groupes de jeunes dans les parcs, mais laisser les trans bondés partir vers la côte... la politique belge contre le coronavirus est surréaliste", estime l'économiste Geert Noëls, très suivi en Flandre.Au nord du pays, les politiques sont remontés. Le gouverneur de Flandre-Occidentale, Carl Decaluwé (CD&V, membre de la majorité fédérale), affirme assister, impuissant, à l'arrivée massive de personnes dans les stations côtières. Et il se lamente: "Les nouvelles mesures, qui prévoient un taux d'occupation de 50 % seulement dans les trains, ne s'appliquent qu'à partir du 3 avril. Qui peut comprendre ça ? Et pendant ce temps, nous sommes impuissants. Nous ne pouvons rien faire d'autre que de regarder les gens arriver en masse. Au lieu d'écouter à l'avance quand nous disons quelque chose. Par exemple, nous demandons depuis des mois la suppression de la gratuité des abonnements de train. Mais on se moquait de nous."Le turbulent gouverneur a également menacé de "fermer les routes", mais le gouvernement fédéral a, donc, souligné l'importance de préserver la liberté de se déplacer.Parmi d'autres, Bart Tommelein (Open VLD, membre de la majorité fédérale), bourgmestre d'Ostende, s'étonne que la SNCB n'ait pas mis en place un système de réservation plus efficace. Il relaie aussi l'éditorial de Het Laatste Nieuws de ce mercredi matin, précisant que tant que la SNCB continuera à vendre des billets de la sorte, les gens continueront à se rassembler dans les gares;Joris Vandenbroucke, député fédéral et conseiller communal Vooruit (nouveau nom du SP.A), plaide lui aussi en faveur d'un système de réservation et estime que le secteur événementiel, à l'arrêt depuis des mois, pourrait être mobilisé pour aider à gérer la situation.Ces critiques à l'encontre des vacanciers d'un jour qui prennent d'assaut la mer rejoignent celles énoncées à l'égard des jeunes se ruant dans les parcs pour profiter de beaux jours, à l'extérieur. Le tout témoigne d'une adhésion plus compliquée aux règles de restriction sanitaires. Simont Moutquin, député fédéral Ecolo, y voit autre chose: une défaillance structurelle. "Pas opportun de dénoncer les comportements des jeunes qui se réunissent ou des vacanciers d'un jour quand on est incapable de remettre en question des politiques publiques qui mènent à ces injustices structurelles", dit-il. Une référence aux investissements nécessaires en matière de mobilité douce ou de politique de la jeunesse.Sans évoquer directement tout cela, la députée fédérale Sophie Rohonyi (DéFI) se félicite de l'initiative annoncée par la ministre francophone de l'Enseignement supérieur, Valérie Glatigny (MR), d'organiser des Assises de la jeunesse pour donner la parole à ceux qui souffrent particulièrement de cette crise. "Enfin une volonté politique d'écouter la voix des jeunes, dit-elle. Depuis deux mois je demande la tenue d'une Conférence interministérielle Jeunesse mais aussi la concertation des jeunes danss les mesures les concernant." Alors que le "printemps des libertés" promis par le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) a été reporté, les Belges sont las et il semble difficile de garder le cap ou empêcher les divisions.